Nouveaux Essais, livre I, ch. L
INTRODUCTION. IIl
les âges. L'histoire est donc la contre-épreuve de la théorie : tantôt elle la confirme ou la complète ; tantôt elle en corrige ou en prévient les erreurs.
De plus, rhistoire de la philosophie nous met en commerce avec les grands penseurs, et dans cette féconde familiarité, nous con* tractons quelque chose de leurs habitudes, de leurs sentiments, de leur esprit : nous apprenons à aimer et à découvrir la vérité. Par cela même, nous aimons ceux qui l'ont aimée comme nous, et gui Tout déjà en partie découverte. L'histoire de la philosophie nous inspire ainsi l'admiration et la gratitude à Tégard de nos devanciers ; elle nous montre que tous les philosophes, au lieu de se considérer comme des adversaires et presque comme des ennemis, sont des amis et des compagnons de recherche. Contradicteiirs et partisans d'une doctrine, ne servent-ils pas également la vérité que cette doctrine peut contenir?
Mais s'il n'est pas bon que l'homme soit seul, enfermé dans une pensée tout individuelle et étranger à l'histoire, il n'est pas bon non plus qu'il ne soit rien par lui-même et ne pense rien par lui-même. L'histoire, en se substituant à la philosophie théorique, 4X)mme elle a tendu parfois à le faire, entraînerait l'absence d'originalité et remplacerait l'invention par la compilation. Il faut donc étudier l'histoire de la philosophie non pour l'histoire, mais pour la philosophie. Cette histoire même, en nous montrant que les vrais philosophes ont été les grands inventeurs, doit exciter en nous l'esprit de recherche et de découverte. « Puisqu'ils ne se c sont servis, > dit Pascal, c des inventions qui leur avaient été I laissées que comme de moyens pour en avoir de nouvelles,
• et que cette heureuse hardiesse leur a ouvert le chemin aux
• grandes choses, nous devons prendre celles qu'ils nous ont acc quises de la même sorte, et, à leur exemple, en faire les moyens « et non pas la fin de notre étude, et ainsi tâcher de les surpasser « en les imitant (1). »
II. L'histoire de la philosophie n*est pas moins utile à l'histoire générale qu'à la philosophie môme. Les dernières raisons des faits historiques se trouvent dans les idées dominantes aux diverses époques , et ces idées directrices du mouvement social ne sont autres que les grandes conceptions morales, religieuses et scientifiques. Comment telle époque a-t-elle compris le devoir et le droit, la moralité dans l'individu et dans la société? Com-