‹ Histoire de la philosophieChapitre 108 sur 397 · I.-LE PYRRHONISxME · texte numérisé non relu

I.-LE PYRRHONISxME

Pyrrhon, d'abord disciple des Mégariques, apprit auprès d'eux à envisager tout sous deux points de vue contraires, et finit par douter de toutes choses. Il n'affirme rien, il ne dit rien. « Pas plus une chose qu*une autre », telle est sa maxime. La sagesse théorique consiste selon lui dans la suspension du jugement.

Qu'est-ce qui trouble les hommes 7 Les opinions qu'ils ont sur les biens et les maux, et par suite le désir des premiers, la crainte des seconds. Le sage s'abstient de juger sur le bien et le mal. Tout lui est donc égal, richesse ou pauvreté, santé ou maladie ; la vertu seule est ou paraît bonne : il faut la suivre et, par elle, arriver à l'absence de trouble ou imperturbabilité: alaraxie

(âTa/i«ïî«).

l'épicurismb. 145

n. - L'ÉPICURISMB.

Selon Épicure (1), la sensation est la seule source de la connaissance. « L'idée universelle n'est que le souvenir de plusieurs sensations semblables (2).» Ce souvenir, une fois fixé dans Tintel* ligence, nous permet d'attendre l'avenir d'après le passé, et devient ane antieipatio7i {npohr^tç).

A cette logique sensualisle vient se joindre de nouveau le matérialisme de Démocrile. Toute la réalité se réduit à des corpuscules matériels, inertes et inaltérables, dont la combinaison mécanique produit les phénomènes. L*atomisme d'Épicure différa pourtant du système de Démocrite par la substitution du hasard à la nécessité. Pour expliquer la combinaison des atomes, Épicure se vit forcé de leur attribuer, outre leurs propriétés matérielles» un pouvoir qui dépasse la sphère de la pure inertie et de la pure matière, un élément actif et dynamique qui échappe à la nécessité "^es lois mécaniques : c'est le pouvoir de changer d'une quantité imperceptible la direction naturelle du mouvement, et cela en un point du temps et de l'espace absolument indéterminables et incertains. Cette sorte de hasard détruit la nécessité et se résout lui-même dans la spontanéité des atomes.

L'Ame, atome subtil, possède le même pouvoir sous le nom de liberté, et par là elle peut se mettre à l'écart du tumulte extérieur, dans les régions sereines de la sagesse et de Tataraxie. G*est d'ailleurs une pure liberté d'indifférence. Il n'en faut pas moins savo:r gré aux Épicuriens d'avoir combattu d'une manière originale la croyance stoïcienne au déterminisme universel, en même temps que les doctrines religieuses du paganisme sur le destin (3}. A quoi

1. Epicure naquit probablement à Athènes. Son père était grammairien, sa mère, magicienne ; tous deux, pauvres. Epicure se vante d'avoir philosophé dès sa douzième ou quatorzième année. Il déclare n'avoir jamais eu de maîtres de philosophie ; tout au moins a-t-il puisé une partie de sa philosophie dans les ouvrages des philosophes antérieurs, surtout de Démocrite. Après une jeunesse a«sez açitce, il se fixa, vers l'âge de trente-six ans, à Athènes, et ouvrit l'école de philosophie qu'il présida jusqu'à sa mort. Il enseignait au milieu des jardins, où se réunissaient en grand nombre tous ses disciples, ou plutôt ses amis : l'amitié des Epicuriens entre eux et pour leur maître est restée célèbre. Ce « héros déguisé en kmmen, suivant les paroles de Sénèque. supporta courageusement et en se vantant d'un parfait bonheur une maladie cruelle qui entraîna sa mort (Diogène Uërte, X, 2, 3, 4.)

2. Oiog., Xy 33, 59. Lucrèce^ II, 221. Née regione lod eerta nec tempore eerto.

3. Voir sur Epicure Touvra^re de M. Guyau : La morale (TÉpicure et ses rapports avec le$ doctrines contemporaines ^ 1 vol. in tt».

servirait, disait Épicure, d^avoir détruit la peur des dieux, si c*est la volonté pour substituer à la volonté redoutable des divinités un destin plus redoutable et plus inéluctable encore 7 a La volonté, dit Lucrèce, s*arracbe à la fatalité : fatis avuUa voluntas. » Les- Épicuriens combattent ainsi pour la liberté, à laquelle ils aspirent ; mais ils finissent par Tidentifier avec le hasard.

Une fois délivré par la logique et la physique de la croyance à Timmatériel et au divin, de la religion qui nous menace comme un monstre terrible des hauteurs du ciel et enfin du destin ou enchaînement fatal des causes, imaginé par les philosophes; rhomme doit chercher le bien dans la nature même, et vivre conformément à la nature. Or la sensation, interrogée sur le bien^ répond que le bien est le plaisir.

L'Épicurisme n*ose cependant placer le bien dans le c plaisir mobile » dont Platon a fait ressortir Tin suffisance, mais dans le « plaisir stable », dans la tranquillité absolue, Vataraœie. Imitant la déclinaison spontanée de l'atome, la volonté dévie, se soustrait au destin et se met à Técart : c'est là sa liberté. Ëpicure, par se» théories sur le c plaisir du ventre » ou de la nutrition, considéré comme la base physiologique des modes de sensibihté plus élevés,, par sa doctrine de l'amitié réduite à l'habitude et à Tassociation des idées, par ses vues sur le contrat social et sur le progrès d;^ l'humanité, est le prédécesseur des positivistes et des utilitaires^ modernes.

Les disciples d'Épicure vouèrent un véritable culte à leur maître, comme à un rédempteur qui avait délivré le monde desterreurs de la superstition religieuse. On célébrait le jour de sa naissance dans des réunions solennelles ; on portait son image vénérée sur des anneaux et des médailles, et Lucrèce adora presque comme un dieu celui qui avait brisé les idoles des dieux.

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