‹ Histoire de la philosophieChapitre 109 sur 397 · III. - LE stoïcisme · texte numérisé non relu

III. - LE stoïcisme

I. D'après les Stoïciens (1), toute substance est une force, dont

1. Le stoïcisme, ou philosophie Hu Portique, fot ainsi appelé du lieu où* Zenon enseignait. Zenon naquit à Cittium, petite ville de Tile de Chypre. Son' père, qui était marchand, lui rapporta un jour, en revenant d'Athènes, lesouvrages des socratiques, ce qui éveilla Tamourde Zenon pour la philosophie. Un naufrage lui ayant enlevé sa fortune, il vint à Athènes, et fréquenta l'école des cyniaues ; mais sa pudeur morale se révolta contre la grossièreté de leur vie. Alors il erra pendant vingt ans d'école en école (Dioç., XII, 4), jusqu'au moment où il en tint une lui-môme dans la galerie qui, après avoir été autrefois le lieu de réunion des poètes, était alors déserte : ses disciples emprunlcrent leur nom à cette galerie ou portique, Zroz. Oa

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l'activité s'exprime par la tension ou Teffort. L'acte pur et immobile d'Aristote est aussi abstrait que l'Idée de Platon : ce qui est réel, c'est l'action dans le mouvement et le travail, l'action dans la nature et dans l'humanité (1).

Point de matière sans force, point de force sans matière ; point d'âme sans corps, point de corps sans âme ; au fond, corps et âme sont une môme chose, la force agissant. L'abstraction seule sépare les éléments indivisibles de l'être (2).

Platon et Âristote ont donc eu tort, selon les Stoïciens, de considérer la raison des choses comme extérieure à la nature, et de poser dans une sphère à part soit les Intelligibles soit l'Intelligence. Sans doute il y a une raison des choses, une loi suivant laquelle le mouvement se développe, et il est vrai d'ajouter que cette raison des choses est la pensée, la Raison môme. Mais il ne faut pas la séparer des choses qu'elle piXMluit ; car, comme Héradite l'avait compris, elle agit à l'intérieur de l'être et projette sa forme au dehors; elle est cet être môme. La Raison, tendue dans la matière, est Télément actif qui en développe les puissances par une expansion graduelle, semblable à une semence qui contient à l'avance en son unité une succession indéfinie de formes.

Le Dieu des Stoïciens n'est que l'âme du monde (3) : mêlée au vaste corps qu'elle anime, elle se meut en lui, et en relie tous les membres par le lien indissoluble de la nécessité. Causa pendet ex causa; privata ac publica longus ordo rerum trahit (4). Tout découle de l'enchatnement infini des causes au sein de la cause universelle. Au reste, le destin est en même temps une provi-

prétcnd que Zenon, parvenu à' un Age très-avancé, se donna lui-même la mort, d'après les principes de sa doctrine. L'austérité des mœurs de Zenon était passée en proverbe ; on raconte qu'après sa mort les Athéniens lui élevèrent des monuments portant cet éloge, que sa vie n'avait pas cessé de ressembler à sa philosophie. (Diog. Laerte, VU, 10.)

1. c On ne peut pas appeler le mouvement tmpar/iaiï, sous prétexte qu'il « n'est pas acte ; car, au contraire, il est tout acte ; s'il offre succession et « progrès, ce n'est pas pour venir à l'acte, car il est déjà actuel, mais pour « produire celte œuvre extérieure qu'il laisse après lui. i (Simplicius, in Categor. Aristotelis, f. 3, b.) L'œuvre seule du mouvement passe donc de rimperfection à la perfection, de la possibilité à la réalité ; mais le mouvement est dès l'abord parfait et tout acte : il est le principe suprême au delà duquel on ne peut remonter, et qui produit toutes choses dans la succession du temps. A l'origine de la nature est un acte éternel do mouvement, une éternelle génération, dans laquelle s'unissent d*unc manière inséparable l'activité et la passivité.

2. Diog., VII, 34. Sext., IX, 11. Sén., epist, 65. Cic, Acad., I, G.

3. Scnèque, Quœst. nat.^ II, 45. Diog., VII, 118. •4. 8cn., De provid., 5.

dence, parce qu*au fond il est la raison intérieure à l'univers. Les Stoïciens n'admirent que cette divinité immanente au monde : ils divinisèrent Teffort aniverseL

II. Dans le grand monde est un monde plus petit, riiumanité, et dans Thumanité se retrouvent les deux éléments universels, matière et foi*ce, passion et action. Or^ la raison ou volonté, luttant et se tendant contre la passion, c'est la vertu. La vertu contient le secret du monde.

La morale de Platon et celle d'Aristote avaient deux dérauls communs et inséparables Tun de l'autre : en premier lieu, subordonnant l'individu à l'État, ces philosophes méconnaissaient la liberté intérieure de la personne humaine ; en second lieu, n'éta* blissant les liens d'amitié et de philanthropie qu'entre les citoyens de rÉtat, ils ne donnaient à ces liens qu une extension limitée el ne généralisaient point assez le titre d'homme. D'une part donc une idée insuffisante de l'individualité morale; d'autre part, eï pour la même raison, une idée insuffisante de Tuniversalité morale. Le progrès qui restait à accomplir, c'était de rétablir l'homme à la place du citoyen, et par cela même ï humanité h la place d& la cité. Ce fut l'œuvre du stoïcisme.

Les Stoïciens cherchent d'abord dans l'individu même un principe de liberté intérieure qui puisse le soustraire aux coups de la fortune et des hommes. Ce principe, selon eux, c'est la volonté luttant et peinant, c'est l'efiTort, c'est le pouvoir sur soimême, qui est indépendant de tout pouvoir extérieur. Il y a de& choses qui dépendent de nous et il y en a qui ne dépendent pas de nous : voilà la distinction profonde sur laquelle repose toute la philosophie d'Épictète, en qui s'achève le stoïcisme. <c Les choses qui dépendent de nous, dit-il, sont nos opinions, nos mouve* ments, nos désirs, nos inclinations, nos aversions, en un mot toutes nos actions. Celles qui ne dépendent point de nous sont le corps, les biens, la réputation, les dignités, en un mot toutes les choses qui ne sont point du nombre de nos actions. Les choses qui dépendent de nous sont libres par nature : rien ne peut ni les arrêter ni leur faire obstacle ; quant à celles qui ne dépendent pas de nous, elles sont faibles, esclaves, sujettes à mille obstacles et à mille inconvénients^ et entièrement étrangères à l'homme. Souviens-toi donc que, si tu prends pour libres les choses qui de leur nature sont esclaves, et pour tiennes en propre celles qui dépendent d'autrui, tu trouveras partout des obstacles ; tu

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seras affligé, tronblô, et lu te plaindras des dieiu et des hommes ; au lieu que, si tu prends pour tien ce qui t'appartient en propre et pour étranger ce qui est à autrui, jamais personne ne te forcera de faire ce que tu ne veux points ni ne t'empêchera de faire ce que tu veux : tu ne te plaindras de personne, tu n'accuseras personne... La maladie, par exemple, est un empêchement du corps, et nullement de la volonté, à moins qu'elle-même ne le veuille. Je suis boiteux, voilà un empêchement pour mon pied ; mais pour ma volonté, point. Pour tous les accidents qui t'arrêteront, dis-toi la même chose ; et tu trouveras qulis 8ont toujours un empêchement pour quelque autre chose, non pour toi (1). » Voilà donc la volonté posée par Épictète en face de tout le reste, dans son inflexible liberté : l'individu reprend conscience de soi.

De là, par une conséquence capitale, dérive une idée entièrement neuve du bien, et qui, malgré les critiques auxquelles elle a donné lieu, marque un progrès considérable dans la vérité morale.

Avant le stoïcisme, on avait toujours plus ou moins placé le bien dans les objets de rintelligence, dans l'intelligible suprême ou dans le suprême désirable ; les Stoïciens, revenant au sujet moral, à la personnalité maîtresse d*elle-même, placent le bien dans la volonté et seulement dans la volonté. « Notre bien et notre mal, dit expressément Epictète, ne sont que dans notre volonté. » Or, c'est là un principe essentiel de toute philosophie vraiment morale. Prodiguer le nom de bien à tout ce qui n'est pas la volonté bonne, la volonté morale, la moralité, c'est confondre le bien proprement dit, soit avec l'agréable ou l'utile, soit avec le vrai, soit avec le beau. Il n'y a de vraiment bon que la volonté bonne.

Il u'y a donc pas, selon les Stoïciens, d'autre vrai bien que la vertu, d'autre vrai mat que le vice. « La matière du bien et du mal, dit Épictète, c'est la volonté propre par laquelle chacun se dirige (2). » — « Où donc est le bien? dans le choix volontaire. Où est le mal I dans le choix volontaire. Où est ce qui n'est ni bien ni mal ? dans ce qui n'est point objet de choix. »

Le tort des Stoïciens, ce n'est pas d'avoir placé le vrai bien dans la liberté et la moralité, mais d'avoir représenté d'une ma-

1, Epicfctc, Manvcl, î.

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