LA PROCESSION EN DIB
dans sa réalité tout le bien possible et réalisable, Dieu le communiquera par degrés à des êtres gui ne pourront Tégaler : voilà le principe d'où part Plotin. Mais cette communication ya-t-elle 8e faire en commençant par l'inférieur pour produire ensuite le supérieur^ ou va-t-elle commencer par le supérieur pour descendre peu à peu à l'inférieur ? Dans le premier cas, Dieu produirait immédiatement la matière» puis Tàme, Inintelligence et l'amour, toutes choses dont l'évolution constitue le développement historique du monde, la réalisation progressive du divin dans la nature et l'humanité. Ce progrès de la matière à Dieu se trouve bien dans Plotin, mais à la fin et non au commencement. Gomment en effet le premier objet de la pensée et de l'activité divine, le premier produit de Dieu, serait-il l'imperfection radicale? Dieu serait donc réduit à commencer par le plus imparfait ? Il semble à Plotin que le premier effet de la fécondité divine doit être aussi parfait qu^il est possible, et par conséquent aussi près de Dieu qu'une chose peut Têtre. S'il en est ainsi, le Bien devra engendrer, du sein de son inaltérable perfection, un être qui ne différera de lui-même qu'infiniment peu, qui sera seulement distinct de lui sans en être séparé. Cet être est le Fils. Mais, outre le Bien et son fils, on peut concevoir encore un degré de perfection immédiatement inférieur aux deux premiers. Ce degré peut être réalisé sans que les deux pi*emiers y perdent rien ; il vaut donc mieux qu'il le soit, et il le sera. G*est l'Ame ou Esprit. Cet être qui diffère infiniment peu du a premier-né », sans pourtant se confondre avec lui, engendrera à son tour le monde ; et ainsi de suite, jusqu'aux dernières limites du bien communicable, jusqu'au degré le plus infime de l'être et de la perfection. Telle est la procession des êtres.
Est-ce tout, et le possible est-il épuisé ? — Pas encore. Ce dernier degré, ce minimum de perfection auquel nous sommes arrivés, ne restera pas tel qu*il est; car il y a au-dessus de lui au degré de perfection réalisable pour lui-même et déjà réalisé dans le principe immédiatement supérieur. Le dernier des êtres va donc se retourner vers celui qui l'engendre et le précède, se rendre semblable à lui, se suspendre et s'unir à lui. Par là il se perfectionnera, et, remontant de degré en degré, se convertira vers le Bien-Un. Ce mouvement de conversion et d'amour se retrouve à tous les degrés de l'être. Dès le premier degré, le Fils, à peine engendré, se retourne vers le Père et rentre dans son sein ; en même temps, il engendre l'Ame ou Esprit, qui
se retourne aussitôt vers son principe générateur. Ainsi descendent et montent tous les biens engendrés, sortant et ne sortant pas du Bien générateur, existant en lui, vivant en lui, toujours portés par son sein fécond. Considéré dans cette descente infinie, qui s'annule elle-même à tous les degrés par une ascension infinie, le produit du Bien est digne de son producteur : tout le bien possible est épuisé, le mieux se réalise dans tous les sens, et le mal ne semble plus être qu'une ombre fugitive qui s*évanouit dans la lumière du bien.
Ainsi, à vrai dire, Plotin croit devoir admettre deux mondes produits par Dieu : l'un déjà réalisé, le monde céleste des hypostases ou substances divines, l'autre se réalisant sans cesse dans la nature et l'humanité ; l'un descendant et l'autre ascendant. D*une part la procession ou yt^oBo;^ d'autre part I9 inversion ou
fO'JOÇ.
La procession en Dieu produit la trinité divine. Le premîernô de Dieu, nous l'avons dit, est l'Intelligence. « De même « que la vue du del et de l'éclat des astres fait chercher et < concevoir leur auteur, de même la contemplation du monde « intelligible et l'admiration qu'elle inspire conduisent à en « chercher le Père; on se dit alors: Quel est celui qui a donn6 «t l'existence au monde intelligible ? Où et comment a-t-il engen- « dré cet Intellect si pur, ce fils si beau, qui tient de son pêbb « toute sa plénitude? Ce principe suprême n'est lui-même ni inc tellect, ni fils ; il est supérieur à l'Intellect, qui est son fils. « L'Intellect, son fils, est après lui, parce qu'il a besoin de rece* t voir de lui son intellection et la plénitude qui est sa nourriture; « il lient le premier rang après Celui qui n'a besoin de rien, pas « même d'intellection (1). »
L'Intelligence, à son tour, procède et engendre l'Âme. L'Âme c est le verbe et Vacte de l'Intelligence, comme l'Intelligence est • le verbe et l'acte de TUn. »
Telle est la Trinité alexandrine, dans laquelle les trois hypostases ou substances sont inégales sous le rapport de l'antériorité mêlapliysique, bien qu'elles soient toutes trois éternelles. La pre-
t. III, vni, 10. On a dit que, quand Plotin appelait la première hj-
Sostasc le Père, il entendait seulement, comme Platon, le père du monde. Il voit par ce passage combien cette opinion est erronée. L'Un est le Père ; le Verbe, l'Intellect, le Aôyo,- est le Fils, comme dans la théologie chrétienne.