JSjwi., VI, vin, 10. 16., 10. 16., VI, vm, tO
Sans doute, Dieu n'a pas besoin du monde; mais il n'a pas non plus besoin de demeurer unique et solitaire. Il n'a aucune raison de ne pas créer, et il a au contraire une raison de créer ; raison qui n'est point une nécessité supérieure au Bien, mais une nécessité identique au Bien même. Le Bien produit parce qu'il est le Bien (1).
Ainsi Plotin, comme Platon, place la raison du monde dans la bonté de Dieu, mais dans une bonté qui semble encore tout intrinsèque, identique à la perfection, et qui n'est pas, à proprement parler, la bienveillance, l'amour. Plotin s'approche parfois très-près de cette idée d'une bouté bienveillante et aimante. S'il exclut de son Dieu l'amour, c'est qu'il entend par l'amour un désir et un besoin ; mais il admet en Dieu Vabsence (Tenvie ; Dieu ne veut pas le mal d'autrui, dit-il avec Platon. — Donc il veut le bien des autres êtres, c'est là une idée voisine de la première. — Et pourtant ce n'est pas cette bienveillance que Plotin aperçoit surtout en Dieu, mais plutôt le Bien intrinsèque : il ne s*élève pas jusqu'à une idée claire de Tidentité entre la Perfection idéale et TAmour.
11 en résulte que la procession néoplatonicienne semble se confondre avec l'émanation orientale. Le Dieu des Chrétiens engendre et crée par amour et par liberté ; le Dieu de Plotin engendre par nature, et par quelque chose de supérieur à la liberté comme à la nécessité : il produit par son existence même. Néanmoins, on a beaucoup exagéré la différence des deux doctrines. Le fond dernier de la pensée de Plotin, c'est que Dieu doit avoir engendré par une raison suprême, qui est à la fois amour, liberté, nécessité, qui par conséquent n'est aucune de ces choses, et qui enfin ne diffère pas de Dieu même.
Voyons maintenant ce que Dieu va engendrer. Enveloppant
1. « Nous voyons que tout ce qui arrive à la perfection ne peut se repo-
• ser stérilement en soi-même, mais engendre et produit. Non-seulement t les êtres capables de choix, mais encore ceux aui sont privés de réfleiion
• et même d'âme, font participer, autant qu'ils le peuvent, les autres êtres « à ce qui est en eux : ainsi le feu émet de la chaleur, et la neige du c froid ; les sucs des plantes tendent à communiquer leurs propriétés.
• Toutes choses dans la nature imitent le Principe premier en enp^endrant
• pour arriver à la perpétuité et manifester leur bonté. Gomment donc t celui qui est souverainement parfait, qui est le Bien suprême, resterait-il c renfermé en lui-même, comme si un sentiment de jalousie Tempêcliait « de faire part de lui-même, ou comme s'il était impuissaut, lui qui est la
• puissance de toutes choses T • (Y, l, 0, 7.)