LA PR0CB8SI0N DANS LE MONDE
La théorie du beau, dans Plotin, est des plus profondes. T^e beau est la forme dominant la matière et Tassujettissant à sa propre unité : c'est le reflet de Tàme dans le corps, de l'intelligence dans l'âme (1). Pourquoi la lumière est-elle belle ? Parce qu'elle est ce qu'il y a de plus incorporel dans les corps, et comme Tâme de la matière (2). Dans toute beauté sensible, Tâme reconnaît quelque chose d'intime et de sympathique à sa propre essence ; elle l'accueille et se l'assimile (3). Etant d'une nature supérieure aux êtres sensibles, sitôt qu'elle aperçoit au dehors un être identique ou du moins analogue à son essence, elle se réjouit et s'exalte ; elle se replie sur elle-même et sur son essence intime; il semble qu'elle se reconnaît et se retrouve dans les objets extérieurs, et qu'elle prend par là conscience de tout ce qu'elle contient. Les harmonies que font les voix donnent à l'âme le sentiment des harmonies qui sont en elle; en entendant ces harmonies au dehors, la beauté lui en devient plus sensible (4). « Quand les « sens aperçoivent dans un objet la forme qui enchaîne, unit et tt maîtrise une substance sans forme et par conséquent d'une « nature contraire à la sienne, alors Tâme, réunissant ces élé- « ments multiples, les rapproche, les compare à la forme iiidivi- « sible qu'elle porte en elle-même, et prononce leur accord, leur a affinité, leur sympathie avec ce type intérieur (5). » La forme étant le principe de la beauté, le corps est beau par la forme de Tâme, et l'âme par la forme de Tintelligence, et l'intelligence, qui est la forme même (6), est la beauté même. Au-dessus, ce n'est plus le beau, mais le principe du beau, c'est-à-dire le bien.
Le beau ne s'adresse à l'intelligence que pour Teatraîner audessus d'elle-même, c On éprouve à sa vue un sentiment d'admi- • ration, un doux saisissement, un transport de désir et d'amour. « Tels sont les sentiments que doivent éprouver et qu'éprouvent c en effet pour les beautés invisibles presque toutes les âmes, mais c celles surtout qui sont naturellement les plus aimantes (7). » Est-ce par elle-même, est-ce par elle seule que la beauté a le pouvoir d'exciter ainsi l'amour ? Ou plutôt, par delà la lumière de la beauté, n'apercevons-nous pas le foyer dont elle émane et qui lui