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170 PHILOSOPHIE ORECQUB.
donne le charme de sa grâce ? La beauté est dans la forme, elle est la forme même; mais, tandis que le regard de rintelligence embrasse cette forme de la beauté, Tâme en franchit les limites et aspire à un principe supérieur ; car partout où l'âme voit encore une forme, elle sent qu*il y a quelque chose au delà à désirer (1) : sous le fini elle devine et entrevoit l'infini. Si l'objet propre de l'intelligence est le beau, l'objet propre de Tamour est le bien. Le beau, nous voulons seulement le contempler ; le bien, nous voulons nous unir à lui. a L'objet suprême du c désir est le plus désiré et le plus aimé, précisément parce qu*il ff n'a aucune figure ni aucune forme ; Tamour qu'il inspire est « sans mesure et sans bornes, parce que son objet lui-même n'en a a pas; il est infini, parce que la beauté de son objet dépasse c toute beauté... Puissance génératiice de tout ce qui est beau, « c'est le bien qui donne à la beauté sa fleur (2). » Déjà Platon avait compris que la beauté véritable est pure et sans mélange, non revêtue de chairs et de couleurs humaines. Mais ce n*est pas assez de lui retirer toute forme sensible : il faut selon Plotin l'élever au-dessus des formes intelligibles elles-mêmes, des essences et des Idées. Seul, l'infini peut sufiire à cet amour infini qui inquiète nos âmes; or, l'infini est sans forme, er non « qu'il en manque, mais parce qu'il est le principe d'où les « formes intelligibles dérivent (3). » « L'intelligible ne devient u désirable que quand le Bien l'illumine et le colore pour « ainsi dire, donnant à ce qui est désiré les grâces et à ce « qui désire les amours. Avant de ressentir l'influence du Bien, « Tdme n'éprouve aucun transport devant la beauté de l'inc telligence : car cette beauté est morte tant qu'elle n'est pas « illuminée par le Bien. Mais, dès qu'elle ressent la douce cha- « leur du Bien, elle prend des forces, elle s'éveille et elle ouvre « ses ailes ; et^ au lieu de s'arrêter à admirer l'Intelligence, qui m est devant elle, elle s'élève à un principe plus haut encore. Car, « tant qu'il y a quelque chose de supérieur à ce qu'elle possède, t elle monte, entraînée par l'attrait naturel qu'elle a pour Celui 0 qui inspire l'amour; elle franchit la région de rintelligence, et « elle s'ari été enfin au Bien, parce qu'il n'y a plus rien au delà (4}»