I. — lÉTAPHYSIQUE DES PHILOSOPHES CHKÊTIEHS
I. Dieu conçu comme bien suprême. — Les principes de la philosophie platooicienoe et aristotélique se retrouvent dans la philosophie chré* tienne, élevés à nue puissance Douvelle et conciliés avec les antres doctrines grecques et orientales. — La Bible, Philon, Plotin et Platon sont les principales sources de la philosophie chrétienne. — Analogie de la conception platonicienne du Bien supérieur à Tintelligence et à l'essence avec la conception chrétienne du Père incompréhensible et ineffable. Témoignages de Justin, de Tertullien, de Clément d'Alexandrie, d'Origène, de urégoire de Nazianze, d*Âthanase» de Denys TAréopagite et de saint Augustin.
II . Dieu conçu gomme raison suprême. — La méthode d'induction platonicienne et la théorie des idées sont adoptées par les chrétiens. — La raison divine ou le Verbe, ^ôyoç, contient éminemment les idées de toutes choses. — La Raison ou le fils procède du père éternellement, sans qu'il y ait infériorité du fils par rapport au père.
m. Dieu conçu comme esprit suprême. — Platon avait conçu Tàme divine comme intermédiaire entre la Raison divine et le monde. Les chrétiens conçoivent cette âme comme é^ale à la Raison divine et à rUnité divine. — Dieu s'aime lui-même : il est amour ou charité, il est esprit. — Dieu aime le monde et le crée |)ar liberté et amour. Change* ment accompli dans la théorie de la création. Substitution du bien libre au bien nécessaire.
IL — IGBALE DES PHiLOS:PHES CHlitTIENS.
L Théorie de la charité. — La charité est Tamour de Dieu et l'amour de tous les hommes en Dieu. — La charité est le suprême principe de la morale. — Elle est le souverain bien.
II. Théorie de la lirerté. — La charité est libre en essence. — Difficultés nées du rapport de la liberté et de la grâce. Effacement de l'idée de liberté.
m. Théorie de la société. — La société fondée sur l'autorité, non sur le droit proprement dit. — Question de la liberté religieuse ; question de l'esclavage ; question de la propriété.
Les principes essentiels de la philosophie platonicienne et aristotélique se retrouvent dans la philosophie chrétienne, élevés à une puissance nouvelle et conciliés avec les autres doctrines grecques ou orientales. Les livres saints, Philon, Plotin et Platon, sont les
principales sources de la philosophie chrétienne. Soit directement, Boit indirectement par Philon et Plotin, Platon exerça sur le christianisme rinfluence la plus incontestable. Les Pères grecs Tavouent eux-mêmes (i). Ce christianisme compréhensif des premiers Pères ne pouvait manquer de fondre peu à peu eu une même doctrine philosophique et religieuse toutes les théories éparses chez les anciens philosophes.
I. Dieu conçu comme le Bien suprême. — Le point culminant de la philosophie platonicienne était la conception d'un Bien suprême identique à l'unité, supérieure l'essence et à l'intelligence ; telle est aussi la conception la plus élevée de la philosophie chrétienne : Dieu, considéré dans l'absolu de son être, est incompréhensible et ineffable (2).
1. « Tout ce qui a été enseigné de bon par tous les philosophes nous fl appartient, à nous chrétiens, dit saint Justin. (Apologie, l, 51.) Tous les c hommes participent au Verbe divin, dont Ja semence est implantée dans fl leur âme... C'est en vertu de cette raison séminale, dényant du Verbe, fl q^ue les anciens sages ont pu, de temps à autre, enseigner de belles vé-
• rites... Car tout ce que les philosophes ou les législateurs ont dit ou fl trouvé de bon, ils le devaient à une vue ou connaissance partielle du f Verbe. Socrate, par exemple, connaissait le Christ d'une certaine mat nière, parce que le Verbe pénètre toute chose de son influence... yoUk
• pourquoi les doctrines de Platon ne sont pas tout à fait contraires à « celles du Christ, bien qu'elles ne soient pas absolument semblables... » Tous ceux ()ui ont vécu selon le Verbe sont chrétiens, bien qu'ils aient fl été regardes comme athées : tels étaient Socrate et Heraclite chez les f Grecs, et parmi les barbares, Abraham, Ananias, Azarias, Misaêl, Elie, « ainsi que beaucoup d'autres. » Cf. Saint Clément d'Alex., Strom. I, c. IX, p. 348 : c Semblables aux bacchantes qui ont dispersé les membres de f Penthée, les diverses sectes de philosophie, soit grecque, soit barbare^ t éparpillent en fragments l'indivisible lumière du Verbe divin. »
2. • Aucun nom, dit saint Justin (Apol.^ I, 46 ; II, 8, 10, 13, 14), ne convient au principe suprême de l'univers. Dieu, lePdre, le Créateur, le . Seigneur^ ne sont pas des noms (]ui définissent son essence, mais de simples qualifications tirées de ses bienfaits et de ses œuvres. > (ApoL, l, 44; 11, 94.) De même, pourTertullien, c Dieu en soi est caché et inaccessible; il s'est révélé par le Verbe, comme le soleil, trop éclatant pour être vu dans sa substance même, se laisse apercevoir dans ses rayons. • {Adv, Prax,, p, 14.) (^'est la célèbre comparaison du vi« livre de la République, « Dieu, dit à son tour saint Clément d'Alexandrie, étant indémontrable, n*est point objet de science. » (Strom. IV, p. 135.) On n'arrive à concevoir cet
t abîme » que par abstraction, c'est-à-dire par l'élimination complète de tous les attributs des êtres créés, et particulièrement des attributs physiques. (Ch.V. p. 582.) f De cette façon, si on ne peut dire ce qu'il est,'on peut du moins savoir ce qu'il n'est pas. Le nom qui lui convient le mieux. rUn, ne définit pas son essence, mais exprime seulement la simplicité absolue de sa nature. Les autres dénominations sont toutes empruntées aux rapports que Dieu soutient avec les choses. Lorsqu'on en vient à con* sidérer Dieu sous ce point de vue^ on lui attribue la bonté. » (I6ici., I, XVII|