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LE MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE

doané à la doctrine d'Abélârd. Cette doctrine rappelle celle d'Aristote, qu'Abélard semble avoir devinée par quelques traits de YOrganum^ bien qu'il ne connût pas la Métaphysique.

L'opinion d'Abélârd sur la trinité fut condamnée (1). Mais c'était moins à ses doctrines qu'à sa méthode que s'adressaient les anathëmes de l'Église. Abélard était avant tout un dialecticien ; il voulait se rendre compte de tout rationnellement et discuter librement les vérités de la foi. Il rejetait l'intolérance exclusive des théologiens: il allait jusqu'à demander pourquoi on refuserait aux philosophes païens la félicité éternelle parce qu'ils n'ont pu connaître le Christ. « Peuplerions-nous l'Enfer d'hommes dont la vie et la doctrine révèlent une perfection tout évangélique et apostolique, et qui ne s'écartent en rien, où à peu près, de la religion chrétienne (2) î » L'école d'Abélârd conserva une tradition de libre pensée qui annonçait déjà l'indépendance future de la philosophie par rapport à la théologie.

II. Le même libéralisme fut la conséquence à laquelle aboutirent de leur côté les philosophes mystiques, bien que leurs tendances et leur méthode fussent opposées à celles des dialecticiens.

Tout en soutenant l'orthodoxie et en poursuivant Abélard de ses anathèmes, saint Bernard résiste avec éloquence à l'esprit profane de domination et d'usurpation qui animait alors la papauté. « Voici la voix du Seigneur dans l'Évangile : Les rois des notions « dominent sur elles ; quHl n'en soit pas ainsi parmi vous. Il est <( donc évident que la domination est interdite aux apôtres.... « Voilà ce qui vous est défendu ; voyons ce qui vous est ordonné: <( Que celui qui est le plus grand parmi vous devienne comme le « plus petity et que le premier soit votre serviteur. » (Z)e considéra tione^ I, n, 6.)

Saint Bernard inclinait au mysticisme et se défiait de la dialectique rationaliste devenue une arme si dangereuse entre les mains d'Abélârd.

Môme tendance mystique dans l'école de saint Victor, dont les chefs furent Hugues et Richard, prieurs de l'abbaye de Saint-

1. Sur la question de la trînité, Abélard réduit les trois personnes à des attributs essentiels de l'Être divin, puissance, sagesse cl bonté. Séparés, ces trois attributs, pouvoir, savoir et vouloir, ne sont rien ; réunis, ils sont l'Etre parfait. C'est l'hérésie de l'unité de personne opposée à celle de Roscelin qui semblait admettre trois dieux.

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