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PHILOSOPHIE DE LA RENAISSANCE

— Galilée. — Kepler. — De toutes ces découvertes devait sortir dii« nouvelle philosophie de la nature et par cela même une nouvelle philosophie de l'esprit.

I. Les causes qui préparaient une révolution philosophique peuvent se ramener à quatre principales : la connaissance de l'antiquité, le scepticisme philosophique, la réfoime religieuse, et les découvertes de la science.

La conquête de Constantinople ayant produit Témigration de tous les savants grecs en Italie, Tltalie redevient une grande Grèce. On possède et on Ut tout entiers, dans les textes originaux, les chefs-d'œuvre de la philosophie antique : on s'enchante, on s'enivre de ces richesses, on devient platonicien, péripatéticien, j pythagoricien, épicurien, stoïcien. La scholastique avait consaci-é le respect de l'antiquité : ce respect se retourne contre elle : à une autorité on oppose une autre autorité, et par cette lutte le prin* cipe même de l'autorité périt en philosophie.

D'autre part, la réforme religieuse, profitant du travail philologique consacré par le xi^ siècle aux livres saints, latins, grecs et hébreux, oppose les textes originaux à la Vulgate, la vraie Bible à la Bible romaine et TÉglise primitive des apôtres à TÉglise des papes. Puis, peu à peu, c'est la conscience même et la foi spontanée que l'on oppose à la lettre des dogmes et à la foi passive.

Enfin, on lit dans le livre de la Nature autant et plus que dans ceux des grecs et des hébreux, et les grandes découvertes scientifiques inspirent l'amour de la science positive avec le pressentiment de sa grandeur future. Le Nouveau Monde de Colomb recule les bornes de la terre habitée ; l'imprimerie met à la portée de chacun les trésors amassés par les siècles ; les inventions physiques et astronomiques brisent le ciel de cristal imaginé par Aristote, suppriment le centre du monde en le plaçant partout, et ouvrent à la pensée un horizon sans limites.

De là une renaissance philosophique qui se traduit par une riche confusion de systèmes, chaos fécond d'idées d'où le monde moderne sortira.

Le cardinal Nicolas de Guss (1401-1464), né en Allemagne, et qui fut dans l'astronomie un précurseur de Copernic, combine la philosophie de Platon avec la théorie pythagoricienne des nombres. Il croit que Dieu se révèle par des symboles mathématiques, tout en demeurant inaccessible en lui-même. Il admet

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le Dieu -unité de Pylhagore et la coïncidence des conti^dictoires (1). — Le platonisme est favorisé en Italie par les Médicis, comme une philosophie sœur du christianisme. Marsile Ficin traduit, commente et admire Platon. Cosme de Médicîs fonde en 1460 nue académie platonicienne. Pic de laHirandole, le Pascal de son siècle, combine Platon avec Moïse et avec la Kabbale. Agé de dixneuf ans, il propose à tous les savants une sorte de carrousel philosophique à Rome, et se déclare prêt à soutenir neuf cents thèses, de omni re scibili. Le médecin Paracelse, le grand mathématicien Caitlan, associent au mysticisme néo-platonicien la théurgie et la magie, fondée sur ce principe que, le monde étant une hiérarchie de forces divines, il suffit de s'assimiler les forces supérieures pour commander aux forces inférieures. Les découvertes scientifiques, comme la règle de Cardan pour la solution des équations du troisième degré, se mêlent aux extravagances de la Eabbale et de la théosophie.

Pierre la Ramée ou Ramus est le premier antagoniste d'Aristote dans l'université de Paris. Né en Picardie d'une famille trèspauvre, en 1515, il se rend à pied à Paris, presque enfant encore, pour y étudier -, il se fait domestique d'un écolier au collège de Navarre, sert son maître pendant la journée et passe la moitié des nuits dans la lectui*e, à la lumière gratuite de la lune. Après trois ans et demi d'études sur Aristote, il découvre qu'il n'a rien appris. Platon lui révèle une méthode de libre dialectique qui Tenchante. c Quid plura ? eœpi egomet sic mecum cogitare: hem ! quid vetat paulisper socratizein P » Il propose alors une thèse où il soutenait que tout est fausseté dans Aristote. Son livre est brûlé

1. « Ce maximum de grandeur (Dieu), c'est aussi l'absolu, TUa-tout, ce qui est en tout et a tout eu lui. le plus graud et le plus petit ; car rien ne

Reui lai être opposé ; bien plus l'être et le non-étre. » (De dœt, ignor., I, n.) icolas de Guss conçoit la nature, avec Aristote, comme une aspiration onîTerselle et spontanée au meilleur. « Chaque chose, dît-il profondément, porte en elle un certain désir naturel d'arriver à Tétat le meilleur que sa nature comporte, et d'agir en nicUant en œu?re les instruments nécessaires à cette On... Ainsi, par le poids de sa propre nature, elle atteint le repos dans le sein de l'objet aimé. » De là il déduisait non moins profondément la règle de résidence comme sisne de la vérité, et il voyait dans celte évidence le repos de l'amour dans robjet aimé : a Toute intelligence saine et libre, remplie du désir de voir et de parcourir, embrassera donc amoureusement la vérité trouvée; car nous ne doutons pas qu'une chose ne soit parfaitement vraie lorsque aucun entendement sain ne peut s'empêcher de la reconnaître. Dans toute investigation, nous comparons ce qui est supposé certain avec ce qui est incertain, et par la proportion, nous jugeons du dernier, d Ibid.

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par arrêt du roi, et des feux de joie accueillent cet arrêt. Devenu professeur au collège de France, il est tour à tour en faveur et persécuté. Scm ennemi, le péripatéticien fanatique Charpentier, le fait assassiner dans la nuit de Saint-Barthélémy par des étudiants, comme protestant à la fois et platonicien.

En même temps qu'cm opposait à Âristote Platon, on opposait aussi Aristote à lui-même. La scolastigue, en effet, n'avait connu qu'un faux Aristote, qu'elle avait concilié plus ou moins artificiellement avec le christianisme. On en appela de l'Aristote mal compris à l'Aristote authentique, étudié dans les textes mêmes. Les nouveaux interprètes se divisèrent en deux camps, les uns qui interprétaient Aristote dans le sens panthéiste d'Averrhoès, les autres, dans le sens déiste du commentateur ancien Alexandre d'Aphrodise. Les uns et les autres niaient l'immortalité individuelle et la possibilité des miracles.

L'école de Padoue, ayant à sa tête Pomponace, montre que les vraies doctrines d' Aristote, accepté par TÉglise comme autorité infaillible, sont en désaccord avec l'Église. Dans son traité de Timmortalité de l'âme, il montre qu' Aristote n*a point admis l'immortalité personnelle, et il justifie cette opinion même, principalement au point de vue moral, comme plus favorable à l'absolu désintéressement de la vertu. Si le peuple a besoin de croire à l'enfer pour s'abstenir du crime, c'est que ses idées morales sont encore dans l'enfance : la vraie vertu a sa récompense essentielle en elle-même, et toutes les autres récompenses ne sont qu'accidentelles.

Cesalpini, grand naturaliste, interprète aussi Aristote dans lo sens d'Averrhoès, et considère Dieu, non comme la cause, mais comme la substance du monde. Le Napolitain Vanini aboutit à une doctrine analogue. Il admet avec Aristote l'éternité de la matière douée par elle-même de mouvement, et l'immanence de Dieu au monde comme substance universelle et universelle pen* sée. Accusé d'athéisme en 1619, il répond à ses accusateurs quele brin d'herbe qull tient dans sa main est pour lui une preuve de l'existence de Dieu. Malgré ses explications, il est condamné à mort par le parlement de Toulouse comme blasphémateur^ athée et hérétique, t Avant qu'on mit le feu au bûcher, on lui ordonna de présenter sa langue pour être coupée ; il la refusa ; lebourreau ne put l'avoir qu'avec des tenailles, dont il se servit pour la saisir et pour la couper ; on n'a jamais entendu un cri plua

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horrible. Le reste de soa corps fut consumé au feu et ses cendres jetées au vent (1). »

IL En même temps que l'autorité était battue en brèche dans le domaine de la philosoptiie, la réforme religieuse introduisait la division dans la théologie. C'est cependant d'une manière indi« recte que lé protestantisme a servi la cause du libre examen et de la tolérance, car, à l'origine, les doctrines des théologiens protestants n'étaient pas plus libérales que celles des théologiens catho- Uques. Luther est ennemi de la raison et du libre arbitre : selon lui, nous ne sommes point libres, et la grâce seule peut opérer le Irien en nous; aussi est-<^ la foi qui justifie, plutôt que les <eaTres. Mélanchton s'efEbrce de réconcilier le protestantisme avec la science de Tépoque et avec le culte de Tantiquité; mais, bien qu'il soit le plus modéré des protestants, il démontre dans ses •écrits le droit de punir les hérétiques. Calvin use de ce droit •contre Servet, et cette conduite est justifiée dans un traité de Théodore de Bèze. Le libre examen ne fut point le but du protes* tantisme, mais senlement un moyen qui, à l'origine, lui était nécessaire ; là où il fut victorieux, il refiisa aux autres la liberté qu'il avait prise pour lui.

Il n'en renfermait pas moins en lui-même des germes de liberté {K)litique et religieuse ; et après avoir soutenu la politique absolutiste, il dut soutenir, pour le besoin de sa propre cause, la politique démocratique et libérale. Hubert Languet, dans son livre intitulé Yindioi^g corUm tyrannoSj et publié sous le pseudonyme de Junius Brntus, considère le gouvernement comme un contrat entre Dieu, le roi et le peuple ; contrat qui devient nul pour le peuple lorsque le rc le viole lui-même. Cette idée importante du contrat, dont Languet déduit les conséquences par la méthode gé(Hnétrique des juriscomultes, se* retrouvera dans Hobbes et dans Rousseau. La supériorité du peuple sur le roi et celle de la conscience indivis Quelle sur rautorité religieuse, sont les deux idées originales du nvi* siècle, dont la réforme a été Toccasion.

La réforme n'amena pas une transformation immédiate de l'en» «eignement philosophique et théologique ; cependant elle participa au mouvement dirigé contre Aristote, et produisit quelques philosophes originaux, principalement dans le- mysticisme. Le principal est Jacob Boehm. Né de parents pauvres et voué de

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