‹ Histoire de la philosophieChapitre 165 sur 397 · Grammond, Uhtoria SaU. ab Hernie. IVk · texte numérisé non relu

Grammond, Uhtoria SaU. ab Hernie. IVk

220 PIIILOSOPMIB DB LA BBNAISSAKCB.

bonne heure à la profession de coi-donnier, Boehxn manque absolument d'inslruction. La Bible et les écrits du pasteur saxon Weigel, un mystique, lui sont pourtant familiers. Il devine que « les choses visibles récèlent un grand mystèrCi » et tente de le connaître. Dans trois révélations successives. Dieu lui montre c le centre intime de la mystérieuse nature. » Le fond des choses est une dualité constante, tendresse et violence, douceur et amertume, bien et mal ; tout ce qui est vivant renferme ce duel ; ce qui est indifférent, ni doux ni amer, ni chaud ni froid, ni bon ni mauvais, est mort. Dieu le père, ou la force, sans le fils ou ridée, est une volonté sans objet, un centre sans circonférence, un soleil sans rayon. Le fils est le corps du père, qui ne fait qu'un avec le monde ; et l'esprit est ridentiflcation de toutes choset avec Dieu. — Par ces doctrines, Boehm est un des précurseurs de la métaphysique allemande.

111. Les sceptiques, les libres penseurs et enfin les esprits indépendants, animés du désir de conciliation, contribuent, pour leur part, à l'émancipation de la pensée moderne. Rabelais mêle des éclaii's de vérité à ses grossièi*es boufibnneries ; Montaigne s'en lient à son « Que sais-je 7 • — Charron, son disciple, réduit le doute en système.

En Italie, le premier résultat du scepticisme fut rimmoralité et la politique de la force. La morale, au moyen âge, avait été absorbée dans la religion : en rejetant la religion, on rejeta aussi la morale. De même la politique, asservie d'abord à la religion, s'affranchit à la fois de toute religion et de toute morale : ce premier effet du libre examen porté dans les matières politiques explique l'œuvre de Machiavel. Malgré Todieux des doctrines exposées dans le livre du Prince^ Machiavel a fondé la science politique moderne en y introduisant la liberté, l'esprit historique et critique, la méthode d'observation et d'expérience. Plus rien de scolastique, plus de théories à priori^ plus de principes empruntés soit à la théologie, soit à la morale ; rien que des faits, analysés avec pénétration, finesse et fermeté.

Une observation plus attentive des faits mêmes et de leurs lois naturelles devait bientôt faire comprendre que, si la politique est indépendante de la religion et de la morale théologique, elle n'est pas pour cela indépendante de la morale naturelle et du droit naturel.

En opposition à la politique empirique et positiviste des 1^^*

LES LIBRES -PENSEURS. 2?t

chiavel, des PraPaolo, des Gabriel Naudé, se développe parmi les libres penseurs français une politique toute diiSérente^ fondée sur des principes, animée par un sentiment profond du droit, doctriiinire et républicaine. L'ami de Montaigne, la Boétie, n'est ni un protestant ni un catholique ; c'est un jeune philosophe qui revendique au nom de la raison le respect des droits naturels. « Certes, « dit-il dans sa Servitude volontaire ou le Contre-un^ s'il y a rien « de clair et d'apparent dans la Nature, c'est que Nature, le mi- « nistre de Dieu, la gouvernante des hommes, nous a tous faits de « même forme, et, comme il semble, à même moule, afin de nous « entreconnaître tous pour compagnons ou plutôt frère8...Puisdooc « que cette bonne mère nous a donné à tous la terre pour de- « meure,... nous a tous donné en commun ce grand présent de la > voix et de la parole, pour nous accointer et fraterniser davan- I tage,... il ne faut pas faire doute que nous ne soyons tous natu- I rellement libres, puisque nous sommes tous compagnons ; et ne « peut tomber en l'entendement de personne que Nature ait mis a aucuns en servitude, nous ayant tous mis en compagnie. > Après avoir ainsi prouvé que les hommes naissent libres et égaux, la Boétie montre que, s'ils sont esclaves, c*est qu'ils le veulent bien, car le tyran est seul, et ils sont tous contre un. II suffirait donc, pour s'affranchir, de le vouloir. « Pour avoir la liberté, il ne lui « faut que la désirer. S'il n'a besoin que d'un simple vouloir, se « trouvera-t-il nation au monde qui Testime trop chère, la pou- « vant gagner d'un seul souhait 1 »

Un autre Français, esprit de conciliation et de mesure, le chancelier de l'Hôpitsd, dans son livre sur le but de la guen^e et de la paix (1570), montre que la liberté de conscience «est la plus pure c et la plus grande des libertés ; car c'est la liberté de l'esprit et « de sa plus divine partie, la piété. » « Il est nécessaire, i ajoutet-il admirablement, a de laisser en paix les esprits et consciences « des hommes, comme ne pouvant être ployés par le fer et par la « flamme, mais seulement par la raison, qui domine les âmes, i

Ainsi se faisait jour, principalement en France, l'idée d'un droit naturel auquel la politique demeure subordonnée en même temps qu'elle s'affranchit de la religion positive.

Cette introduction du droit dans la politique, le grand jurisconsulte Bodin d'Angers (1550-1596), s'efforce de la réaliser dans son traité de la République^ C'est l'œuvre politique la plus importante du siècle après celle de Machiavel. Bodin reproche avec raison aux anciens philosophes d'avoir cru que, pour réaliser le

PHILOSOPHIE DE LA RBNAISflANGE.

gouvernement tempéré, il fallait mélanger les diverses formes de gonvernement; non, ce qu'il faut réunir et concilier, ce sont les divers principes dâ gouvernement : Tunilé gui est le principe de la monarchie, la liberté qui est le principe de la démocratie, la proportionnalité qui eet le principe de l'aristocratie. Malgré cette théorie neuve et profonde, Bodin n'arrive pas à dégager entièrement les principes des diverses formes gouvernementales, et à reconnaître que l'unité vraie, la vraie liberté, la vraie proportionnalité sont inhérentes au seul gouvernement de droit, celui de tous par' tous. 11 8*arréte encore à un mélange de monarchie et de démoeratie. Il n'en a pas moins Thonneur d'avoir le premier appliqué la jurisprudence à la politique, œuvre que devait plus tard reprendre Montesquieu. C'est la France, on le voit, qui a fondé scientifiquement la politique de principes, la politique de droit.

IV. . C'est surtout l'esprit scientifique et la vraie méthode qui avaient fait défaut au moyen <àge. On expliquait trop souvent les faits par des actions extraordinaires sans conditioiis déterminées ; on voyait partout des puissances, facultés ou vertus assez semblables auxuôtres : a C'étaient de petits lutins de facultés, paraissant à propos comme les dieux de théâtre ou comme les fées de YAmadii^ et faisant au besoin tout ce que voulait un {Mlosophe, «ans façon et sans outils. » On prenait, comme l'a dit Leibniz, « la paille des termes pour le grain des choses, » et on aboutis- «ait à l'art de Raymond Lulle, le Grand ari^ «r qui: enseignait, dit Descartes, à parler de tout, sans rien savoir. »

Les grands initiateurs de La Renaissance comprirent qu'il ne suffit pas de tenir les mots pour tenir les choses, et qu'il faut en appeler àJa réalité même. Léonard de Vinci, Tauteur de la Joconde et de la Cènej non moins grand savant que grand artiste, excita les sciences à l'amour et à l'observation de la na* ture. a L'expérience, disait-il, est seule interprète de la Nature ; il faut donc la consulter toujours et la varier de mille façons, jusqu'à ce qu'on en ait tiré les lois universelles; et elle seule peut nous donner de telles lois, i Au précepte Léonard de Vinci joint l'exemple : il fait avancer la physique générale, l'optique, la mécanique et crée l'hydraulique. La Lombardie doit à ce génie universel son système de canalisation et les travaux de défense de plusieurs places fortes.

En 1545, Tartaglia trouve la résolution des:équation& cubiques

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