LB DOOTB, LA CERTITUDE ET LA MÉTHODE
oous en avons en grande partie le mérite ; la science a sa moralité et Terrenr a son immoralité. Il faut sans doute faire une part à la difficulté et à la confusion des objets, aux circonstances extérieures, enfin à Tinfluence des autres hommes, mais il serait vraiment trop commode de croire que la vérité et Terreur tombent en nous du dehors par un hasard heureux ou malheureux, sans que notre volonté ait sa part dans notre grandeur ou dans notre petitesse intellectuelle.
Pour résumer dans ce qu'elle a de meilleur la pensée de Descartes, on peut dire qu*il est toujours une chose qui dépend de nous : c'est de traduire avec exactitude ce que nous ressentons, de diie que nous voyons clairement quand nous voyons clairement, que nous voyons obscurément quand nous voyons obscurément, que nous doutons quand nous doutons, que nous ignorons quand nous ignorons, et ainsi de suite. Il dépend donc de nous de ne pas nous mentir à nous-mêmes et de ne pas mentir aux autres, en disant que nous savons quand nous ne savons pas: on n*est point coupable d'ignorer, on est coupable de mentir. La sincérité, ou, en termes plus précis, la véracité, voilà ce qui est toujours à notre disposition. L'évidence i^artésienne est donc simplement le critérium de la vérité relative à nous, ou de ce qu'on appellera plus tard la certitude subjective ; elle nous prescrit de traduire exactement et sincèrement la manière dont les choses nous apparaissent, la clarté intime ou Tobscurité intime de notice intellection. C'est une règle de pure véracité.
En outre, c'est pour l'esprit une loi intérieure de liberté, qui l'affranchit de toute règle extérieure, de toute autorité extérieure. Il ne s'agit pas de savoir ce qu'a dit Âristote ou telle autre autorité : nous portons en nous notre autorité, qui est notre conscience même. Descartes veut que la science naisse du libre rapport de l'intelligence avec la vérité, sans aucune intervention d'une puissance étrangère. Laissez les intelligences libres en présence du vrai, et au lieu d'une anarchie intellectuelle vous verrez l'ordre et l'accord sortir du sein même des contradictions : car les intelligences, au fond, sont de même nature, et la vérité, d'autre part, est la même pour tous : comment donc l'unité des convictions ne se produirait-elle pas peu à peu 1 La meilleure règle logique pour les esprits, aurait dû dire Descartes, c'est cette règle morale : — Soyez sincères, soyez véridiques, aimez la vérilé, et, par crainte de la confondre avec
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Terreur, ne l'affirmez que quaud vous Tavea clairement reconnue à la lumière de l'évidence. Ainsi vous serez infaillibles de la seule infaillibilité qui soit accorfée à Thomme.
Par cette doctrine originale du jugement volontaire. Descartes a consommé la révolution qui caractérise le passage de l'esprit scolastique à l'esprit moderne, de l'autorité extérieure à la liberté intérieure. Quoi de plus banal aujourd'hui que cette règle : « N'admettre pour vrai que ce qui est évident? § Banalité glorieuse pour Descartes : c'est à lui que nous devons en grande partie cette substitution de l'évidence intime, qui est liberté intellectuelle, à lautorité extérieure, qui est servitude. En introduisant la liberté dans la science^ Descartes y introduisait la vraie moralité.
Le progrès des diverses sciences dans les temps modernes a conûrmé par les faits la règle fondamentale de Descartes. Dès que les savants ont eu le pouvoir de tout dire et de se contredire entre eux, ils ont bientôt cessé de se contredire réellement, grâce à leur accord progressif. Remarquons-le du reste, les sciences qui ont fait le plus de progrès ont toujours été les plus libres ; les mathématiques d'abord, où on a toujours eu le droit de raisonner et de déraisonner, puis la physique et les sciences naturelles. Si les sciences morales sont restées en arrière, c'est en partie parce qu'elles ont eu beaucoup moins de liberté et que même, à vrai dire, elles ne sont pas encore parfaitement libres ; il n'y a qu'un moyen de diminuer progressivement les contradictions qu'elles offrent encore, c'est de laisser ces contradictions se produire en toute liberté ; le triage du vrai et du faux ne tardera pas à se faire ; les erreurs passent avec les hommes, la vérité reste.
III. Règles secondaires de la méthode cartésienne. — Les trois autres règles de Descartes concernent l'analyse, la synthèse et les dénombrements. Aux étroites et minutieuses formules de la philosophie scholastique, Descartes substitue les préceptes les plus simples, qui règlent l'esprit sans l'enchaîner, le soutiennent plutôt qu'ils ne le dirigent, et ont le mérite de s'appliquer à toutes les recherches scientifiques. Ces règles ont été utiles par leur généralité même, parce que la philosophie moderne avait surtout besoin de liberté.
Puisque nous recherchons Tévidence, nous devons, pour la trouver, aller du composé au simple, du tout aux parties, de ce qui est dépendant et intelligible par autre chose à ce qui est indépendant et intelligible par soi-même. Cette opération est