Méditation
256 PHIL080PHIB FRANÇAISE. •» DBSCARTBS.
cartes, la première est réellement indépendante de la seconde* — Tel est le principe fort contestable d'où Descartes tire ladistincliou de rame, substance pensante, et da corps, substance étendue.
Je trouve en moi-même par la réflexion un être qui pense ses actes et ses modes, qui ne se connaît qu'en tant qu'il pense, et qui est tout entier dans la conscience qu'il a de lui-même ; or cette conscience pure de soi n'enveloppe, selon Descartes, aucune notion d'étendue, de figure, de couleur, de son, ou en général de corps. Je ne sais même pas encore s'il existe d'autres êtres que moi, et je me pense, moi, comme distinct de ces autres êtres, s'ils existent. Il y a même entre la pensée et l'étendue, selon Descartes, plus qu^une simple distinction: il existe un rapport d* c exclusion n réciproque entre les deux termes ; pour concevoir la pensée, il faut en exclure l'étendue ; pour concevoir l'étendue, il faut en exclure la pensée. De cette séparation qui a lieu dans notre esprit entre l'âme et le corps. Descartes croit pouvoir conclure que la même séparation existe dans la réalité entre les substances spirituelle et matérielle (i).
Kant rejettera cet argument de Descartes, comme un passage non justifié de ce qui est séparé dans notre connaissance à ce qui est séparé dans Texistence. La doctrine de Descartes, en effet, n'est pas assez explicite sur ce point. Sans doute, s'il entend par l'âme le moi conscient de ses actes ou de ses modes, le sujet pensant, non un objet inconnu dont la conscience serait une simple qualité, il a bien le droit de dire que le moi a immédiatement conscience de son existence propre et distincte ; mais
1. La définition qu'il donne de la substance est celle dont Spinoza fera le principe de son système. La substance < est une chose qui n'a besoin « que de soi-même pour exister. > — « A proprement parler^ ajoute-t-ii, « il n'y a que Dieu qui soit tel, et il n'y a aucune chose créée qui puisse « exister un seul moment sans être soutenue et conservée par sa puissance. <K C'est pourquoi on a raison, dans Técole, de dire que le mot de substance a n'est pas univo^ue au regard de Dieu et des créatures ; c'est-à-dire qu'il c n'y a aucune signification de ce mot, que nous concevions distinctement, « laquelle convienne en même sens à lui et à elles. § (Principes, I, 51.) C'est dire au fond que la substance est Vabsolu.^Pavmi les choses créées, continue Descartes, il v en a qui, non-seulement déoendent de Dieu, mais encore dépendent a'autres choses sans lesquelles elles n'existeraient pas : le mouvement, par exemple, ou la figure, ou le nombre, n'existent que dans les choses mobiles, figurées, numérables: ce sont donc de simples qualités, doublement dépendantes et de Dieu et de l'être qui les possède. k\i contraire, il est des êtres qui, tout en dépendant de Dieu, ne dépendent pourtant point des autres êtres dans leur existence propre : mot, par exemple, moi qui agis et pense. Ce sont là proprement les substances créées.