Voir notre îdie moderne du droite livre IL
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rexîstence de (^oses et de substances qui seraient le soutien inerte des phénomènes? Si on les admet, comme elles nous sont toutes également inconnues, elles sont toutes pour nous indiscernables, et nous n'avons aucune raison pour ne pas les ré* duire, comme Spinoza, àTunité d'une seule substance. Et pourtant la substance de Spinoza est ce qu'il y a de plus inintelligible, par cela même qu'elle est ce qu'il y a de plus inintelligent. La pierre angulaire du matérialisme, c'est cette idée d'une substance stupide et non pensante, qui pourtant existerait c par elle-même », et d'où Spinoza fait ensuite tout sortir avec une nécessité exclusive de toute liberté, de toute moralité.- On se figure, par une imagination grossière, un support des phénomènes, un substratum qn^on Sip^elle Matière ou Nature, et c'est là l'idole qu'on adore. Mais encore un coup, si cette substance existe, nous ne pouvons la connaître ; pourquoi donc en supposer Texistence 7 — Parce qu'il faut aux sensations une cause. — Rien de mieux ; mais la cause est ce qui agit. Les vraies causes de nos sensations ne peuvent donc être réellement inertes, c'est-à-dire réellement matérielles ; elles sont actives et c spirituelles », elles sont esprit. Être purement et simplement, sans être ceci ou cela, c'est ne pas être : et telle est la prétendue substance de la vieille métaphysique matérialiste ou panthéiste. De plus, rien n'existe pour nous que ce qui est par nous perçu. Donc exister, c'est être perçu ou percevoir; ce qui n'est pas perçu et ne perçoit pas, n'est pas. Or, ce qui perçoit, c'est Tesprit actif : ce qui est perçu, c'est Tidée ; des idées et des esprits, voilà donc enfin, selon Berkeley, toute la réalité. Ce monde extérieur, avec ses couleurs et ses formes, est un ensemble de perceptions ou d'idées qui n'existent que dans des esprits, et ainsi le fond de toutes choses est spirituel.
Est-ce à dire que, selon Berkeley, nous soyons seuls au monde et que nous produisions à nous seuls le monde ? Non ; car nos premières idées, qui sont les idées sensibles, ne viennent pas de nous et s'imposent à nous : dès que nous ouvrons les yeux, il ne dépend pas de nous de voir ou de ne point voir. Il existe donc, selon l'évêque de Cloyne, un autre esprit qui produit ces idées dans le nôtre : cet esprit supérieur et infini, dont la nature n'est que le langage, c'est Dieu. Supprimez tous les esprits, il n'y a plus rien ; posez l'esprit suprême, et devant lui d'autres esprits surlesquels son action s'exerce, le monde existe. Quant à la matière morte et brute, c'est un fantôme que la science entière travaille à
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dissiper. Une série de phénomènes dont ni la production ni Ten* cbalnement ne dépendent de nous, Toilà réelletneot le monde ; cet enchaînement qu'on appelle hors de nous les lois de la nature, se réfléchit en nous-mêmes et y crée les lois de Tas* sociation; grâce à ces lois, chaque phénomène est relié à tous les autres, chaque sensation est reliée à celles qui l'ont précédée et à celles qui doivent la suivre. En raison de ce lien, le monde nous est à chaque instant représenté tout entier par la sensation actuelle^ et notre âme est sans cesse le c miroir » de ce qu'on nomme Funivers physique.
Tel est le spiritualisme absolu de Berkeley, qui ramène à Funité de l'esprit tous les phénomènes prétendus matériels, qui fait de la matière un simple rapport entre les esprits et Tapparence sous laquelle ils se manifestent les uns aux antres : vouloir et penser, c'est tout Tétre.
Berkeley n'avait pas mis en évidence la conscience que Tesprit a de son action propre, et il n*aTait guère reconnu, avec Locke, d'autres idées que les idées sensibles. Du moi il n'admettait qu'une perception vague, qu'il appelait « notion ». Il était naturel alors de se demander si Tesprit lui-même, si le sujet percevant, avec cette insuffisante notion qu'il a de soi, a plus de réalité que la matière ou Vobjet perçu. En supprimant la chose maté* rielle, Berkeley semblait laisser encore subsister une chose pensante, une substance intelligente. Hume va soutenir que cette autre substance doit disparaître tout comme la première.
m.- HUME (1).
A l'antique ontologie qui prétend connaître ce que les choses sont en elles-mêmes, il faut substituer, selon la remarque profonde de Hume, la science critique de notre intelligence, qui nous apprend ce que les choses sont pour nous et en nous. Cette science a sur TautrePavantage de la certitude; car c nous ne sau- « rions la soupçonner d'êtra chimérique, sans tomber dans un • scepticisme qui détruirait en même temps toute spéculation et e toute morale. Il y aurait plus d'imprudence, de précipitation et
1. Ne à Edimbourg (1711-1776). Principaox ouvrages: Traité de la niture humaine (1739). Beeherehes eoneemant Ventendement humain (1748). £s$ai$ et traités. Histoire d'Angleterre.