‹ Histoire de la philosophieChapitre 250 sur 397 · V. — BENTHAM KT LA MORALE DE L'INTÉRÊT · texte numérisé non relu

V. — BENTHAM KT LA MORALE DE L'INTÉRÊT

Le même empirisme exclusif aboutit, chez Bentham,&de8 con* séquences toutes différentes. Le principe unique de nos actions, pour Bentham comme pour Hobbes et Helvétius, c'est Tintérôt personnel. Bentham pose en principe que tout homme est néces* sairement et essentiellement égoïste. Suivre le devoir pour le devoir même lui semble un « ascétisme » impossible et absurde. « Nul homme, dit-il, ne lèvera pour autrui le petit bout du doigt» s'il n*y voit son plus grand intérêt. La morale n'est que la « régularisation de l'égolsme, » et le critérium du bien n*est que le calcul du plus grand plaisir. Bentham croit possible cette évaluation des plaisira par une « arithmétique morale, s II faut, dit-il, comparer les plaisirs entre eux sous les rapports suivants : ~ intensité, durée, fécondité en plaisirs nouveaux, pureté ou ab* sence de mélange avec la douleur, proximité, certitude, étendue ou conséquences sociales; — puis, une fois la balance faite entre les divers plaisirs, on choisit celui qui est supérieur en quantité. Bentham nie toute qualité de nos actions qui ne se réduirait pas à une quantité supérieure de plaisirs. « Le plus abominable plai- « sir du plus vil des malfaiteurs est bon en soi, et ne devient « mauvais que par la chance des peines qu'il entraîne à sa suite, ji Ces peines qui suivent la pratique du vice suffisent à produire, d'après Bentham, l'accord de l'intérêt et de la vertu.

On objectera que l'intérêt particulier peut se trouver en opposition avec l'intérêt général. Par un hardi paradoxe, Bentham nie

cette opposition. Il y a, dit-il, entre les intérêts une identité naturelle, que sanctionne la loi civile et religieuse. L'intérêt bien entendu, à l'en croire, se trouve toujours d'accord avec la justice: le respect de la justice, dit*il, nous rend heureux du bonheur d*autruiy grâce à la sympathie naturelle qui unit les hommes ; les autres nous renvoient pour ainsi dire le plaisir que nous leur faisons, comme un miroir renvoie la. lumière. Bentham aboutit par cette voie à des considérations de philanthropie. Jurisconsulte éminent, il veut réformer les lois pour le bonheur de l'humanité, mais d'après les principes de l'intérêt, non d'après les idées de droit chères à la philosophie française. Il reproche à la Révolution de 1789 d'avoir invoqué et c déclaré » les droits de l'homme, au lieu de s'appuyer sur les intérêts positifs. Ainsi est fondée par Bentham la morale utilitaire, que développera l'école anglaise contemporaine (I).

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