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Origine des Connaissances, I

356 IJi PHILOSOPHIE FRANÇAISE AU DIX-HUITIÉUE SIÂCLB.

imaginez une statue et donnez-lui les sens, vous en ferez une personne humaine. Une sensation dominante devient Tattenlion; une sensation faible qui en accompagne une vive, c'est le sou- Tenir ; deux sensations simultanément dominantes, c*est la comparaison, qui engendre le jugement, qui engendre le raisonnement, et ainsi de suite. A la sensation Locke joignait la réflexion, c*està dire la conscience ; mais, selon Gondillac, la réflexion n'est encore que la sensation se sentant elle-même. Le moi d'une personne « est la collection des sensations qu'elle éprouve, et de celles que la mémoire lui rappelle ». Toutes nos sensations sont les signes des choses, et nous les représentons elles-mêmes par des sensations plus subtiles qui deviennent les signes de ces signes : l'analyse des signes et la reconnaissance de leur identité fondamentale sous leurs différentes transformations, font toute la force de l'algèbre et de la géométrie ; les sciences ne sont au fond que des langues bien faites, et la nature est un ensemble de symboles qu'elles traduisent en symboles de plus en pins abstraits.

Diderot (1), l'un des fondateurs de TEncyclopédie, âme ardente et énergique, souvent traversée par des éclairs de génie, se représente la nature comme un grand Tout dont les individus sont les parties et dont l'universelle transformation est la loi. Naître et mourir, ce n'est que changer de forme ; une fermentation sans relâche, un échange incessant de substance, une circulation perpétuelle de la vie, voilà l'énigme de l'existence, telle que déjà Heraclite l'avait conçue. « Élargissez Dieu, * disait Diderot, 0 montrez-le à l'enfant, non dans le temple, mais partout et u toujours. 9 II termine ainsi son traité de C Interprétation de la nature : c J'ai commencé par la nature, qu*ils ont appelée ton « ouvrage, et je finirai par toi, dont le nom sur terre est Dieu. « 0 Dieu, je ne sais si tu es ; mais je penserai comme si tu voyais tt dans mon âme, j'agirai comme si j'étais devant toi... Je ne te « demande rien dans ce monde ; car le cours des choses est néces- « site par lui-même si tu n'es pas, ou par ton décret si tu es. « J'espère en tes récompenses dans l'autre monde s'il y en a un, « quoique» tout ce que je fais dans celui-ci, je le fasse pour moi. Si <c je suis le bien, c'est sans effort : si je laisse le mal, c'est sans a penser à toi... Me voilà tel que je suis, portion nécessairement

1. 1713-1784. Pensées philosophiques, La Haye (1746). Pensées sur l'in^ terprétatUm de la nature, Paris (1754). Œuvres philosophiques (1772).

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« organisée d'une matière éternelle et nécessaire, ou peut-être (a 0 créature I »

Le baron d'Holbach (1) expose des idées analogues, mais plus mécanistes, et ramène tout aux lois de la nature. Lamettrie ré* duit l'homme à une sorte de mécanisme brut, dans VHomme* machine et dans l' Homme-plante.

Les naturalistes Bonnet (?) et Robinet insistent principalement sur les idées leibniziennes de série^ de développement conlinu^ de progrès historique. Bonnet admet la possibilité pour tout être d'une naissance nouvelle, manifestée par des organes supérieurs, ou d'une palingénésie. Voltaire professe un demi-spiritualisme, et défend toute sa vie la croyance en un « Dieu rémunérateur et vengeur », ainsi qu'en la liberté morale de l'homme. Il condamne le système d'Helvétius. Bufion, Montesquieu, Turgot, J.-J. Kou3seau, demeurent également attachés à une philosophie semi-spiritualiste ; le dernier réfute éloquemment le sensualisme dans sa Profession de foi d'un vicaire savoyard.

En résumé, dans Tordre des recherches métaphysiques et mo* raies, la philosophie firançaise ne s'élève guère alors au-dessus du naturalisme anglais ou d'un demi-rationalisme. En revanche, dans l'ordre des recherches sociales, elle va préparer Tavônement et d'un monde nouveau et d'une philosophie nouvelle.

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