I. - HELVÉTIUS. j
Avec Hobbes et Larochefoucauld, Helvétius enseigne que Tinterêt personnel doit être et est réellement Tunique mobile de nos actions. L'égolsme transformé produit le monde moral, comme la sensation transformée produit le monde intellectuel, comme le mouvement transformé produit le monde matériel. La vraie morale n^est que la physique des mœurs. Au fond, il n'y a pas de morale proprement dite, mais simplement une branche supérieure des sciences naturelles qui enseigne les moyens de procurer le plus grand bonheur possible, soit à l'individu, soit à la société. Pour l'individu, la loi de nature, qui est la seule, c'est de savoir calculer son intérêt ; pour la société, même loi. Une fois Tintérét de la société découvert, le législateur Térige en loi pour les individus qui en font partie, et sanctionne cette loi par des peines ou des récompenses : tout Tart de la législation est de faire que l'individu trouve plus d'intérêt à suivre la loi qu'à la violer ; si le contraire a lieu, c*est que la loi est mal faite, c'est qu'elle est fondée sur des préjugés mystiques, sur des distinctions de bien et de mal absolus, tandis qu'elle devrait être la simple expression de Tintérét commun. La vraie morale s'absorbe dans là législation, qui s'absorbe elle-même dans la science de la nature. De là, chez Helvétius, Tardent désir du progrès dans la législation, laquelle peut seule, selon lui, assurer le bonheur de Thumanité. Helvétius contribue par là à montrer, du point de vne utilitaire, la nécessité d'une réforme politique et sociale ; parti de Tégoïsme, il finit par des thèses philanthropiques. « Toute Tétude « des moralistes consiste à déterminer l'usage qu'on doit faire « des récompenses et des punitions, et les secours qu'on en peut « tirer pour lier Vintérêt personnel à Vintérêt général. Cette « union est le chef-d'œuvre que doit se proposer la morale. Si les « citoyens ne pouvaient faire leur bonheur particulier sans faire
« le bien public, il n*y aurait alors de vicieux que les fous ; tous « les hommes seraient nécessités à la vertu, et la félicité des « nations serait un bienfait de la morale (t) ••