‹ Histoire de la philosophieChapitre 273 sur 397 · PH1L080PH1K SOCIALE. — ROUSSBAU · texte numérisé non relu

PH1L080PH1K SOCIALE. — ROUSSBAU

la monarchie pure et le despotisme, « deux f rares qui ont tant de ressemblance qu'on les prend souvent l'un pour l'autre (!}. » Montesquieu approuvait la vénalité des charges dans la mo-> narchie : a La monarchie, lui répond Voltaire, n*ëst dona « fondée que sur des vices 1 II eût mieux valu mille fois, dit « un sage jurisconsulte/ vendre les trésors de tous les couvents « et Targenture de toutes les églises, que de vendre la justice 1 » Dans ses Idées républicaines (1765), Voltaire définit le gouver^ nement « la volonté de tous exécutée par un seul ou par plu« « sieurs en vertu des lois que tous ont portées. » tt Une société, « ajoute-t-il, étant composée de plusieurs maisons et de plusieurs « terrains, il est contradictoire qu'un seul homme soit le maître tt de ces maisons et de ces terrains ; il est dans la nature que a chaque maître ait sa voix pour le bien de la société... On sail a assez que c'est aux citoyens à régler ce qu'ils croient devoir tt fournir pour les dépenses de l'Etat. » — « Liberté et propriété I. tt c'est le cri anglais. Il vaut mieujL que Saint-Denis et Honljoie» « C'est le cri de la nature. »

ROOSSEAD.

L*école sensualiste, représentée surtout par Helvétius, avait considéré la justice comme conventionnelle et non naturelle ; Técole rationaliste, à laquelle Montesquieu se rattache, avait considéré la justice comme fondée sur la nature même des chosestelle que la raison la conçoit; avec Jean-Jacques Rousseau, un mouvement nouveau se manifeste dans la philosophie sociale» Rousseau va chercher le fondement de la justice dans un prin* cipe oii se réeoQcilieront le naturel et le conventionnel: la vo^ Ion té, qui est la nature même de l'homme ^t en même tenpips Fo» ngine de toutes les conventions ou coiilrats. ' Rousseaui n'arrive cependant pas du premier coup à cette im^-^ portante conception. Il commence par se préoccuper, comme ses oontemporains,. des oppositions qui existent entre l'état de nature et l'état sociaL Le xvin* siècle s'est souvent plu à opposer ce* deux étals L'un à l'autre ; dans json vif sentiment des servitudes et des inégalités qjai accablent les hommes, il a souvent accusé la^ société et.h^ civilisation des maux qui pesaient sur l'individu. Oa

i. Voirplttsihaul, . . . - ^

37C LA PHILOSOPHfB FBANÇAI8B AU DIX-HUITIËMB SIËCLB.

connaît les dédamationa de J.-J. Rousseau contre les sciences, les lettres, les arts, l'industrie, et contre tous ces déTeloppemeots de Tesprit humain qui n'auraîenif point eu lieu sans Tétat social. On connaît aussi les peintures chimériques qu'il traçait d'un prétendu état de nature où Thomme, errant dans les forêts, c aurait passé sa vie sans nul besoin de ses semblables, y — c Quand on « lit Totre ouvrage, lui disait spirituellement Voltaire, il prend c envie de marcher à quatre pattes ; cependant, comme il y a c soixante ans que j*en ai perdu Thabitude, je sens malheureusec ment qu'il m'est impossible de la reprendre, et je laisse cette c allure naturelle à ceux qui en sont plus dignes que vous et « moi. 9 — C'est d*ailleurs une illusion spontanée de l'humanité entière, et encore fréquente de nos jours, que de remonter ainsi vers le passé pour chercher un état meilleur, et de confondre son idéal à venir avec son antique origine. Un des effets du progrès même, c'est de nous faire mieux voir les maux qui existent et de produire ainsi dans notre esprit l'illusion de la décadence. Pour* tant, plus on examine avec attention i'histoire du passé et la nature éternelle de Thomme, plus on voit combien se trompent ceux qui s'imaginent avec Rousseau que le développement de l'état social a enfanté de nouvelles misères. « La vérité, a dit avec raison lord Macaulay, est que ces misères sont anciennes ; ce qui est nouveau, c'est l'intelligence qui les découvre et l'humanité qui les soulage. »

Rousseau lui-même n'en est point resté à ses premières erreurs sur les inconvénients de l'état social. Tout en comprenant que cet état peut être parfois une cause de servitude, il a vu qu'il peut être aussi et doit être un moyen de liberté. De là sa théorie du contrat social, qui mêle à de vieilles erreurs des théories nouvelles et fait entrevoir le vrai principe sur lequel doit reposer la société à venir.

Déjà nous avons vu vers 1577, Hubert Languet, sous le pseudonyme de Junius Brutus, dans ses Vindiciœ corUra tyrannos, soutenir que la société repose sur un contrat primitif entre Dieu, le peuple et les souverains, qui violent à chaque instant le pacte commun. Cette idée du contrat, alors très-nouvelle, s'est retrouvée dans Hobbes, puis dans Locke : elle va devenir avec Rousseau l'idée fondamentale de l'ordre civil et politique.

Pour bien comprendre cette théorie, il faut distinguer comment la société a été constituée en fait et comment elle doit être cens- "4e en droit. En fait, on peut dire que les hommes ont été unis

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et rapprochés par deux causes principales, la nécessité et laliberté. C'est la nécessité qui domine à Torigine, sous la forme du besoin et de Tinstinct : on l'a mille fois (Kmontré depuis Aristote, Thomme est sociable par les nécessités mêmes de sa nature. On ne peut donc Ee figurer les hommes d*abord isolés, puis rassemblés par une convention fbrmelle. Aussi n'est-ce point là ce que Rousseau a voulu soutenir dans son Contrat social ; et la plupart des cri* tiques français se sont mépris sur sa vraie doctrine en lui objectant que la société n'a point commencé historiquement par un contrat. Rousseau devait être bien mieux compris en Allemagne par Eant et par Fichle, qui virent avec raison, dans le contrat so« cial, non le fondement historique, mais le fondement rationnel de la société.

Cependant, même au point de vue historique, tout en reconnaissant la part des fatalités, des contraintes et violences de toutes sortes dans la formation ou le développement des sociétés, on ne saurait méconnaître que la liberté a eu aussi sa part à côté et au-dessus de lanécessité même. Rousseau fait remarquer que la plus ancienne de toutes les sociétés, etla seule qui soit fondée uniquement sur la nature, c'est la famille ; mais il ajoute avec raison que Tunion même de l'homme et de la femme se maintient par un commun accord. Les enfants aussi, après un certain âge, ne restent liés aux parents que par leur volonté. Si donc les membres de la famille, conclut Rousseau, continuent de rester unis, ce n'est plus naturellement, c'est volontairement, c et la famille elle-même ne se maintient que par convention, n

C'est aussi par une convention plus ou moins explicite que plusieurs familles se sont réunies en tribus, et les tribus en nations. La violence même et la conquête ne produisent une union durable entre deux peuples qu'en obtenant à la fin un consentement plus ou moins complet et plus ou moins passif. Tout homme arrivé à l'âge de la majorité accepte de fait et plus ou moins librement le contrat social, en vivant au sein d'une société particulière et selon les lois communes. Enfin, toute constitution politique est un renouvellement du contrat social, surtout dans les pays de suffrage universel.

Hais la vraie question qui occupe Rousseau est une question de droit, non de &it. Quand un philosophe examine le droit de propriété, il re se demande pas comment la propriété a été acquise, SI c'esl pai* travail ou par conquête et violence, mais comment elle doit être acquise ; de même Rousseau cherche si la société

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