LA PHILOSOPHIE FRANÇAISE AU DIX^HUITIÈMB SIÈCLE
humaine doit être une libre association, et non si elle l'a toujours été.
Rien de plus remarquable que la précision arec laquelle Bousseau pose le problème essentiel de la science sociale : — « Trouver c une forme d*association qui défende et protège de toute la force « commune la personne et les biens de chaque associé, et par la- «f quelle chacun, s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu*à lui- « même et reste aussi libre qu'auparavant. Tel est le problème « fondamental dont le contrat social donne la solution (!}. » — Et en effet, pourrait-on dire, dans tout ce qui suppose une action commune, l'égalité des libertés ne peut se maintenir qu'en pre> nant la forme du contrat réciproque ; il faut donc que, dans la société, tout se fasse, autant qu'il est possible, par voie de libre contrat; par conséquent il faut que la société elle-même soit un vaste contrat, le plue général de tous, dans lequel tous les autres trouveront leur place, de même qu'à Fintérieur d'un grand cercle, des cercles plus petits peuvent se ranger et se combiner de mille manières (2).
Le contrat social étant défini, selon Rousseau, celui qui consti* tue les individus en société et dont le contrat politique ne doit être que l'application ou la garantie, il reste à chercher le but et les caractères essentiels d'une telle union entre les volontés.
Le but du contrat social ne saurait être la réduction des indi* vidus au rêle d'esclaves. Si cette réduction, dit Rousseau, était involontaire et forcée, ce ne serait plus un contrat, mais une conquête violente ; si elle était volontaire, ce serait un contrat illégitime et contradictoire, qui se détruirait lui-même en voulant s'établir. Le contrat social ne s'accommode pas plus de la servi* tude volontaire que de la servitude involontaire. Il ne faut donc pas se le représenter à la manière de Hobbes et de Grotius^ comme un acte par lequel les individus aliéneraient leurs droits et leur liberté entre les mains d'un seul ou de plusieurs, pour se faire les rouages d'un mécanisme dirigé par un maître. « Re- « noncer à sa liberté, dit Rousseau, c'est renoncer à sa qualité tt d'homme. » Le devoir n'est pas une chose arbitraire dont on puisse se débarrasser comme d'un fardeau, en le mettant sur les bras d'un autre: le devoir est inaliénable. Le dit>it u'est pas una