LA PHILOSOPHIE FRANÇAISE AU DIX-HUITIÉMB SIÈCLE
confédérations capables de résister aux agressions extérieures. La solution de la difficulté réside, selon lui, dans Tidée de confédé* ration, idée qu'il n'a d'ailleurs pas eu le temps de développer. Sa conclusion, — qu'on n'a pas toujours bien comprise, — est que la vraie république est la république confédérative, dont il trouvait en Suisse un exemple. Ajoutons qu'une confédération peut dépasser beaucoup la Suisse en étendue, et que, si la Suisse est une confédération relativement faible, rien n'empêche l'existence de Vastes et fortes confédérations*
Reste une dernière question, celle des rapports de l'Église et de TEtat. Rousseau demande leur séparation, du moins quand il s'agit des religions surnaturelles. « Chacun peut avoir « telles opinions qu'il lui plaît, sans qu'il appartienne au souve* « rain d'en connaître ; car, comme il n'a point de compétence « dans l'autre monde, quel que soit le sort des sujets dans la vie à « venir, ce n'est pas son affaire, pourvu qu'ils soient bons ci- « toyens en celle-ci (I). n
Rousseau croit cependant, par une regrettable inconséquence, devoir maintenir dans l'État une sorte de religion naturelle et civique : — • 11 y a, dit-il, une profession de foi purement civile, « dont il appartient au souverain (c'est-à-dire à la nation) de fixer « les articles, non pas précisément comme dogmes de religion, mais (( comme sentiments de sociabiUlé sans lesquels il est impossible « d'être bon citoyen ou sujet fidèle. Sans pouvoir obliger personne « à les croire, il peut bannir de l'État quiconque ne les croit pas ; a il peut le bannir, non comme impie, mais comme insociable... « Que si quelqu'un, après avoir reconnu publiquement ces mêmes a dogmes, se conduit comme ne les croyant pas, qu'il soit puni de « mort ; il a commis le plus grand des crimes : il a menti devant <x les lois. » —Ce sont là de fâcheux écarts de pensée et de langage; il est juste pourtant de remarquer qu'on prête d'ordinaire à Rousseau plus qu'il ne dit : il ne veut punir de mort que ceux qui commettent des crimes contraires à une morale naturelle et à une religion naturelle dont ils auraient préalablement accepté les principes. Il ne punit pas ceux qui ne croient point, mais ceux qui se conduisent contrairement à la morale et à la religion civique qu'ils avaient promis d'exercer.
Ce qui manque encore à Rousseau, dans cette question comme