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Cicéron, De natura deorum, I, x

3. Thémistius, Commentaire sur la Physique d'Aristote, l, XVlil, a.

PREMIERS PHILOSOPHES DE l'ÉCOLB IONIENNE. 33

réservé à ses doctrines, lorsqu'il disait de lui-même : • Je suis i comme les sibylles, qui parlent par inspiration, sans jamais

• sourire, sans ornement, sans chaleur ; et dont la voix retentit

• pendant les siècles des vérités divines. »

I. Heraclite se demande d'abord si cette recherche de Tétre, qui a tant préoccupé ses devanciers, ne serait point vaine. On aura beau chercher, trouvera-t-on quelque chose qui réellement subsiste et existe 1 — Non. Jamais le mobile devenir ne parvient à Vexistence fixe. Il n'y a pas une seule chose qui soit ; chaque chose, à la fois, est et n'est pas. a Tout s*écoule », dit Heraclite, non sans mélancolie, a tout marche, et rien ne s'arrête. * Poète en même temps que métaphysicien, Heraclite expose sa doctrine sous une forme imagée : « On ne descend pas deux fois », dit-il, « dans le même fleuve ; car c'est une autre eau qui vient à « nous : elle se dissipe et de nouveau s'amasse, elle recherche et tf abandonne, elle s'approche et 8*éloigne. » Nous-mêmes, nous ne sommes pas plus permanents que ce fleuve insaisissable : « Nous « y descendons et n'y descendons nas ; nous sommes à la fois et « ne sommes pas. »

Or, ce qui tout ensemble est et n'est pas, c'est ce qui devient. En effet, on ne peut dire de ce qui change : « C'est telle chose », puisqu'à rinstant même c'est une autre chose. Il faut donc poser en principe l'universel devenir, l'universel changement, l'universel mouvement.

Mais la mobilité de l'eau ne semble pas encore à Heraclite une expression assez forte du mouvement qui entraîne tout : à l'^cou- /emen* universel, il substitue l'universel embrasement (1). Tout brûle et se consume. Voilà pourquoi le repos n'est qu'une apparence ; la flamme d*une lampe semble immobile, et cependant elle n'est qu'un mouvement sans fin de particules, qui en même temps brillent et s'éteignent.

Parmi les phénomènes de la nature, celui qui est le symbole de tous les autres, plus même qu'un symbole, le phénomène caché sous tous les autres, c'est le feu. N'est-ce pas, en effet, du feu, c'est-à-dire de la lumière et de la chaleur, que vient toute vie î Et, en même temps que le feu allume la vie, ne la consume-

1. Diogène,lX; Stobée,9l6 ; Clément d'Alexandrie, Pxdagog., n, 196. Sur Heraclite, voir Zeller, Philosophie der (irœc.j l, 450-496 ; Marbach [Phil, 46), et Las8aIle{|ferac/«(os), Comparer Hegel, Leçons sur l'hist, de la phiL gr., xm, 330,etsqq.

t-il pas ? Si donc on demande la forme visible que prend le devenir dans l'univers, le phénomène matériel par lequel il s'exprime^ ce n'est pas Teau, comme Ta cru Thalàs, ce n'est pas l'air, comme l'a cru Diogène : c'est le feu.

Seulement, il ne faut pas se méprendre sur la vraie nature de ce feu. N'entendons pas par là le feu grossier que nos yeux aperçoiveut, mais un feu subtil qui échappe aux regards. Ce feu n'est pas même matériel ; ou plutôt il est à la fois matière et intelligence : car ces deux choses sont indivisibles dans l'universel devenir d'où tous les phénomènes procèdent. C'est donc un feu vivant^ va? oui («oy ; un feu intelligent vvf «oc/s^v ; « un feu divin qui gouverne toutes choses sans s'éteindre jamais. »

Aussi ne faudrait-il pas croire que la doctrine d'Heraclite fût une doctrine d'inertie et de mort, expliquant toutes choses par un mécanisme vide de pensée et de vie ; c'est au contraire un système qui met l'activité pai*tout, le repos nulle part, c'est-à-dire un dynamisme universel.

L'activité mobile, dont le mouvement n'est que la forme visible, est, selon Heraclite, un € désir » éternel de vivre, et un ce dégoût » éternel de vivre (1). Désir qui est toujours rassasié et qui n'est jamais rassasié I Le feu auimé par ce désir, produit ; et, las d'être devenu quelque chose, détruit.

Nous venons de voir la philosophie d'Heraclite, dans ses principes, se ramener à deux points : instabilité éternelle, et stabilité de cette instabilité même.

Ce qui est stable n'est pas le mouvement ou le devenir, mais la loi du mouvement. Alors se présente une nouvelle question : — Quelle est cette loi qui régit le mouvement même ?

Le mouvement ou devenir consiste à être et à n'être pas ; sa loi est donc l'union des contraires, luin rûy ivavTiuv, ou la conciliation des différences : « Tout se sépare et se réunit. » — € C'est là, dit « Aristote, ce que nous lisons dans l'obscur Heraclite : — Unis « tout et non tout, ce qui se joint et ce qui se sépare, le conson- « nant et le dissonnant ; fait de tout un, et d'un, tout (2). » Identité mobile des contraires, telle est la suprême loi. Aussi peut-on dire que « l'être n'est pas plu3 que le non-être », car l'être

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