LA PHILOSOPHIB ALLEMANDS AU DIX HUITIÈMB SIÈCLE
libertés. De là ce principe de tous les droits : — « Agis extérieurement de telle sorte que ta liberté puisse s'accorder a?ec la liberté de chacun suivant une loi générale de liberté pour tous. »
Tout droit engendre, selon Eant, la faculté de contraindre. Bn effet, la contrainte qui écarte l'obstacle à la liberté de tous est elle-même conforme à cette liberté; elle est donc conforme au droit. D'après cela, pour que la contrainte soit légitime, il faut qu'elle se concilie et avec la liberté de celui qui l'emploie et avec la liberté de celui contre qui elle est employée. Par exemple la contrainte du créancier s'accorde avec la liberté du débiteur qui j avait d'avance consenti, c'est pour ainsi dire le débiteur qui se contraint lui-même. Ainsi subsiste jusque dans les voies de contrainte l'autonomie de la volonté.
Parmi les droits, un de ceux auxquels Kant attache le plus d'importance est celui de propriété. Gomment pouvons-nous posséder un objet, même quand nous n'en usons pas actuellement ? Telle est la question qu'il examine.
Tous les hommes, selon Kant, sont originairement en possession commune du sol et ont la volonté d'en faire usage; mais, à cause du cooilit des prétentions opposées, tout usage du sol commun serait impossible s'il n'y avait pas une répartition entre les divers individus. Or, cette répartition suppose des conventions mutuelles, qui supposent elles-mêmes l'état social. Donc» dans l'état de nature, la possession n'est que provisoire ; c'est seulement dans l'état social, par la sanction de la loi, qu'elle devient propriété définitive
Le droit international, selon Kant, repose sur les mêmes principes que le droit civil. Les nations sont, relativement l'une à l'autre, des personnes dont chacune est maltresse chez soi et doit garder son autonomie. Quant aux conflits, leur solution a lieu aujourd'hui par la guerre; mais l'état de guerre, c'est l'état de nature, et lorsque l'état de nature règn^ encore entre les nations, il règne encore par cela même entre les individus. Aussi, dit Kant, est-ce un devoir pour les individus et pour les peuples de sortir de cet état de nature, et de travailler à l'établissement de rapports juridiques entre les nations. L'établissement de la paix perpétuelle n'est pas seulement une cho^e désirable, mais un devoir qui, pour être aujourd'hui violé, n'en est Das moins obligatoire. De là le c Projet de paix perpétuelle ^ » écrit
KANT. — L*ART BT LB JUGBUBNT E8THÉTIQCB. 4l3
par Kanty et dont voici les conditions principales. P Nul État, grand ou petit, ne pourra être acquis par un autre, ni par con* quôte^ ni par héritage, ni par échange» ni par Tente ou donation ; 2» les années permanentes cesseront d'exister avec le temps ; 3* toute intervention armée dans les affaires intérieures d'une nation est Interdite ; 4* la constitution de chaque État doit être républicaine» parce que c'est la seule constitution qui résulte logiquement de ridée du contrat social, la seule qui respecte la liberté et l'égalité de tous les citoyens ; 5<» le droit des gens sera fondé sur une confédération d'États indépendants et sur l'alliance des peuples. L'assemblée fédérale réglera les différends entre les États, comme cela a lieu déjà dans la Confédération suisse.
Cet idéal de la paix est-il chimérique ? — Non, répond Kant, puisqu'il est obligatoire. — Sera-t-il réalisé de plus en plus avec le temps? — Oui, et cela, non -seulement par Tinévitable progrès du droit, mais par celui des intérêts mêmes. Les intérêts économiques finiront par rendre la guerre impossible, a La nature, dit Kant, garantit donc la paix perpétuelle par le mécanisme même des passions humaines. »