‹ Histoire de la philosophieChapitre 299 sur 397 · IV. - L'ART · texte numérisé non relu

IV. - L'ART

Entre la science théorique et la morale pratique, Fart est un intermédiaire : Kant en expose les principes dans sa cri* tique du jugement esthétique. La science a pour objet la vérité abstraite ; la morale, la bonté active ; l'art, la beauté, qui tient la milieu entre ces deux extrêmes.

On peut dire que, selon Kant, la beauté est la représentation symbolique de la moralité, et conséquemment de la liberté au moyen des formes de la vie. Les jugements et sentiments esthétiques sont essentiellement désintéressés et conséquemment libres de tout désir, de toute inclination sensible, de tout calcul d'utilité personnelle. L'objet beau, lui aussi, ne doit pas être un système artificiel de moyens en vue d'une fin réfléchie, un arrangement de parties habilement calculé : la vraie beauté n'est pas liée à un but^ mais libre et vivante.

Le beau se présente sous des formes déterminées et finies ; la sublime est l'infini. Aussi» selon Kant, le sublime n'est pas vraiment dans la nature, mais dans la pensée qui la contemple ; car, dans la nature^ il n'y a rien de si grand qui ne puisse, comparé

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à autre chose, paraître infiniment petit, rien de si petit qui ne puisse paraître un monde. L'océan, par exemple, est un infiniment grand ou un infiniment petit selon le point de comparaison : il., ne parait donc sublime que par l'idée de Tinfini qu'il peut éveiller en nous et dont il nous ofTre le visible symbole.

De là les caractères particuliers qui appartiennent, selon Kant, au sentiment du sublime. Le sentiment du beau est une joie simple et non mélangée de tristesse; celui du sublime est une joie mélancolique. Au premier moment, l'objel sublime nous semble terrible parce qu'il est infiniment supérieur à nous sous le rapport physique, et il en résulte une sorte d'angoisse ou de contraction de Tâme. Hais au second moment, nous dépassons Tolyet à notre tour par notre pensée, nous l'anéantissons devant Tinfinité véritable dont nous portons l'idée en nous. Ainsi, après avoir senti notre petitesse matérielle, nous acquérons le sentiment de notre grandeur morale, et nous éprouvons, à la fin, comme une satisfaction austère.

En résumé, d'après cette théorie du beau et du sublime, par laquelle Eant a renouvelé l'esthétique, comme il avait déjà re* nouvelé la philosophie entière, Tart ne fait que nous donner le sentiment de la vraie beauté et de la vraie sublimité qui soni dans notre esprit, et c'est là ce qui fait sa valeur morale. Comme la science, comme la vertu, l'art a pour but de dévelop^ier en nous la conscience de la liberté, dont Kant a fait le supiéme objet de sa philosophie, ou, pour mieux dire, de toute vraie philosophie.

Le tort principal de Kant est d*avûir représenté cette liberté comme un principe transcendant et mystique, réalisé en dehors du temps dans un monde éternel et « intelligible », qui est vraiment inintelligible. Eant est le premier philosophe dont la critique ait démontré la vanité des conceptions transcendantes par lesquelles on prétend s'élever au-dessus de la réalité à nous connue, et cependant sa philosophie reste encore toute pleine de ces conceptions, de ces noumènes^ comme il les appelle, qui ressemblent aux substances de l'ancienne ontologie et de l'ancienne théologie. Il fait du devoir même une sorte de loi mystique, un impératif catégorique et suprême, au lieu d'en faire ce qu'on pourrait appeler le persuasif suipréme. Les successeurs de KanI auront pour tâche de ramener peu à peu la philosophie critique du point de vue de la transcendance^ qui prétend en vain franchir

KAnr. — l'art et lb jugement esthétique. 41S

les limites de la nature et de rhumanité, au point de vue de Pttnmanence, qui cherche dans ces limites mômes une raison des choses intérieure aux choses et une raison de la moralité intérieure à l*étre moral*

Voir dans dos Extraits des philosophes, KAfcr» 353. 1. Toute science doqs est impor-sible en dehors do champ de rexpérience. — Critique des pré» tentions dogmatiques en métaphysique, 353. il. Classification des preuves de re\istenee de Dieu, 356. III. Critique de l'argomeni ontologique, 356.

IV. Critique de la preuve cosmologique, tirée de I existence du monde, 358.

V. Appréciation de Targumeot des causes finales, 359. Yl. La bonne volonté est le seul bien absolument bon, 361. VII. La nature, en nous donnant une volonté raisonnable, n*a pas eu pour but notre simple conservation et notre simple bien-être. — Notre fin est la bonne volonté, 36'i.

VIII. L'amour du devoir esi un acte de volonté, non d'inclination, 364.

IX. L'action faite par devoir ne tire sa valeur que d'elle-même, 354. X. Le bien moral, 365. Al. La loi de labonne volonté doit être une maxime universelle, 366. XII. La volonté a sa fin en elle-même, et l'homme doit être considéré comme une fin, non comme, an moyen. — Formule de l'impératif catégorique, 367. XlII. L'homme est son propre législateur : autonomie de la Volonté, 369. XIV. La société des êtres libres et raisonnables, on la ré* publique des fins, 370. XV. La dignité humaine, 371. XVI. Le respect ne s'adresse qu'aux personnes, non aux choses, 372. XVII. L'éducation morale opposée & Téducation utilitaire et épicurienne. — Le pur respect du devoir est un mobile plus puissant que l'intérêt. — Exemple, 373. XVIII. Grandeur de la loi morale, 379. XIX. Le devoir et la personnalité, 380. XX. Peut-on prouver, par des preuves purement spéculatives, la spiritualité et rimmortalité? — Critique des arguments platoniciens en faveur de la simplicité et de l'identité du moi, 381 XXI. Examen d'un argument me* taphysique du Phédon sur Timmortalilé, reproduit par Mendelssohn, 382. XXII Preuve de l'immortalité, comme condition de notre perfectionnement indéfini, 383. XXIII. Preuve de Timmortalité par la loi morale, 384. XXIV. L'ignorance des conditions de la vie future est nécessaire au désintéressement, 385. XXV. La loi historique du progrès déduite de l'hypothèse du déterminisme universel. 386. XXVI. Du progrès social et politique. — Fondement du droit, 387. XXVII. Preuve morale de l'existence de Dieu, 388. XXVIII. La morale ne dépend pas de l'affirmation de Dieu; c'est l'afTrrmation de Dieu qui dépend de la morale, 390. XXIX. Sur l'optimisme, 390. XXX. Esthétique de Kant. — Le beau, 390. XXXI. La poésie, 391. XXXII. Le beau, svmbole de la moralité, 392. XXXlll. Le sublime, 393. XXXIV. Le sublime n eat que dans notre esprit, 39i. XXXV. L'émotion do sublime, 394. XXXVI. Le sublime uuus donne la conscience de notre supériorité sur la nature, 395.

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