PREMIERS PHILOSOPHES DB L'ÉCOLB IONIENNE
dernier et un état définitif, car le mouvement n'a pas de fin : l'incendie dvi monde ne sera qu'une transition à un monde nouveau, et ainsi de suite à l'infini.
III. Notre âme est une étincelle du feu divin, auquel elle em* prunte la raison. Les sens sont trompeurs ; c les yeux et les c oreilles sont les témoins grossiers des hommes qui ont une âme « iafoi-me et livrée à la matière.» En effet, tout est mobile dans les données de nos sens ; la sensation n'est qu'un rapport variable entre deux termes variables, c Cionçois •, dit Platon interprétant Heraclite, « que ce que tu appelles couleur blanche n'est point t quelque chose qui existe hors de tes yeux ni dans tes yeux ; ne « lui assigne même aucun lieu déterminé, parce qu'ainsi elle
• aurait un rang marqué, une existence fixe et ne serait plus en
• voie de génération... Il faut se former la même idée de toutes
• les autres qualités (1). • La vraie science est impersonnelle; il faut donc • suivre la raison universelle et divine. »
L*âme, pendant cette vie, se manifeste dans le corps et y devient visible « comme l'éclair qui perce le nuage. »
Mais cette âme subsiste-t-elle après la vie ? — Sans admettre rimmortalité personnelle, Heraclite admettait une immortalité impersonnelle, un retour des âmes particulières dans l'âme du Tout, et du feu humain dans le feu divin. Nous vivons la mort des dieux, dit-il, et une fois que le feu nous a quittés, nous mourons la vie des dieux ; c'est-à-dire que notre vie est la mort du principe divin, et que notre mort rend au principe divin la vie.
La morale d'Heraclite résulte de sa métaphysique. Notre devoir consiste dans la conformité de nos actions à la raison générale ; nous devons être toujours soumis et résignés à la loi nécessaire et universelle. Pourquoi désirer le changement, puisque nous en serions aussitôt rassasiés 1 pourquoi changer, puisque changer, c'est être encore le même ? Il ne s'agit pas de se révoIter,mais de comprendre. Le bien est le mal qui se détruit, le mal est le bien qui disparait : le bien n'est pas sans le mal, ni le mal sans le bien. Pour Dieu, tout est beau et juste parce que tout est nécessaire ; il a fait chaque chose pour l'harmonie du Tout, où se confondent le mal et le bien, comme l'être et le non-être.
La règle essentielle de la morale, c'est de purifier en nous le feu divin, de le rendre indépendant des sens et des pas-