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Théctéie

sions, de le faire remonter sans cesse, comme la flamme.

En résumé, Heraclite a cherché longtemps l'absolu et ne l'a trouvé nulle part. Rien d'absolu dans sa doctrine, sinon l'absence même d'absolu. L'être, selon lui, n*estpas une chose toute faite, mais une chose en voie de se faire ; l'être n'est que Tunilé du mouvement étemel. Nul plus qu'Heraclite n'a eu le sentiment de celte vie mobile, et de cette Nature toujours éveillée, toujours en travail, qui produit et détruit tour à tour.

La philosophie d'Heraclite est sans doute incomplète et n*expriixie qu'un aspect des choses : à savoir le monde matériel, avec tous ses phénomènes réduits au mouvement et toutes ses lois réduites à la loi du mouvement. Mais ce qu'Heraclite a vu, comme il Ta compris I Encore de nos jours, sa conception de la nature subsiste en entier. ' Comme lui, la science moderne réduit tous les phénomènes au mouvement ; comme lui, elle admet la permanence de la force dans sa quantité, et la transformation de ses effets l'un dans Fautre par un échange sans fin ; comme lui, elle soumet le mouvement à une loi de rhy thme, de périodes etd'évolution mesurée; comme lui enfin, elle voit dans le principe du calorique la manifestation la plus immédiate et la plus universelle du mouvement, et elle explique la vie à la surface du globe par la lumière du feu solaire. La métaphysique moderne, à son tour, reconnaît avec Heraclite, dans le changement, une mystérieuse identité des contraires, et elle admet que, à la vue du monde sensible, on peut dire avec lui : « Rien n*est et tout devient. » C'est là en effet le monde de la relativité universelle.

Mais n'y a-t-il pas un autre monde, qu'Heraclite lui-même a cherché sans le découvrir ? Son système est-il autre chose que le préambule de la vraie philosophie ? Heraclite, poussant jusqu'au bout la direction de l'école ionienne, a vu seulement les objets extérieurs de la pensée, et a fini par en reconnaître l'insuffisance : il n'a point vu le sujet pensant. • Je me suis cherché moimême », disait-il ; mais, à vrai dire, il ne s'est pas trouvé. De là, chez Heraclite, une* constante mélancolie : à la vue de ce flot qui emporte les choses, il s'attriste ; en lui s'élève comme une aspiration vers un principe immuable, vers une existence qui ne soit pas rassasiée d'elle-même après avoir eu faim d'elle-même. « Tout passe », disait-il ; Platon croira pouvoir répondre : — Tout« excepté deux choses : moi qui pense, et l'objet de ma pensée, ou la vérité identique à l'être.

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ni. - ANAXAGORE (1).

Selon Heraclite, le mouvement est la cause dont tout le reste est reflet ; selon Anaxagore, au contraire, le mouvement n'est qu'un effet, une combinaison nouvelle de choses qui existaient déjà auparavant. Naître et périr sans cesse, selon Heraclite, c'est toute l'existence ; d'après Anaxagore, a rien ne naît ni ne périt : € il n'y a que réunion et séparation des éléments existants, et on « pourrait dire avec raison que la naissance est une agrégation, « la mort une séparation. »

Ce principe est tout mécanique, c'est-à-dire qu'il aboutit à l'explication des choses par un mécanisme extérieur, et non plus par une puissance intérieure de changement ou par un dynamisme.

Anazagore tire de son principe les conclusions suivantes :

Chaque chose est doublement divisible à l'inllai, i^ ai parties de natures différentes, 2® en parties de nature similaire, qui sont ses homceoméries («fiMeft^ca) (2). a Dans le sang il y a des « gouttes de sang, et dans chaque goutte il y en a d'autres (3) ; « le feu résulte de particules de feu, l'eau de particules d'eau, et c ainsi du reste : ce sont là les parties similaires (4). » En môme temps, quelqu* objet que vous considériez, « tous les éléments y c entrent également et y sont en égale quantité. Tout est dans c tout (5). • La preuve en est que les contraires naissent des contraires, et que tout vient de tout. Par exemple, le pain, l'eau, le vin, que nous mangeons et buvons, nourrissent toutes les différentes parties de notre corps, sang, os, chair, muscles, nerfs, veines, poils, cheveux, etc. (6). Ils contiennent donc des parties de sang, des par-» ties de chair, d'os, etc. ; et le corps de l'animal, par la nutrition, 8*agrége ces parties similaires : le sang s'agrège le sang contenu

1. Anaxagore, né à Clazomène vers l'an 500, fut précepteur et ami de Péridès. Il fut persécuté quand celui-ci eut perdu sa puissance. Accusé d'impiété envers les dieux, il fut jeté en prison et obligé de s'enfuir à Lampsaque. Il moamt en 428.

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