‹ Histoire de la philosophieChapitre 320 sur 397 · IV. -^ SCHCPENHAUEI · texte numérisé non relu

IV. -^ SCHCPENHAUEI

Métaphysique. Schopenhauer s'annonce comme disciple de Kant, dont il reproche à Heçel de s'être écarté. 11 admet avec Kant l'impossibilité de dépasser l'experieiice, mais il croit que, dans les limites mêmes do l'expérience, une métaphysique ou théorie de l'univers est possible. Il supprime toute théodicée au profit de la cosmologie. — D'ailleurs Fa théorie de l'univers n'est pas une physique se bornant aux phénomènes, mais une métaphysique cherchant sous les phénomènes la réalité. Confondre la métaphysique et la physique, selon Schopenhauer, c'estdétruire la morale. ~ Après avoir soutenu que la métaphysique est possible, Schopenhauer développe son propre système. — 11 y a un monde apparent et un monde réel. Le monde apparent n'est que la manière dont notre intell iîrence se représente les choses; il est notre «représentation ». Four trouver le monde réel, il faut chercher en soi ce qui est au delà de

l'intcltigence, au delà des représentations. Avant de penser et de raisonner, nous tendons à vivre et à agir, nous désirons, et le désir cq son essence est volonté. La volonté est ce que nous avons de plus intime; nous sommes volonté. —Que sont les autres choses? Nous devons chercher à comprendre la nature par nous-mêmes, et non pas nous-mêmes par la nature. Le fond de toute action, hors de nous comme en nous, doit êlre la volonté. La volonté no se ramène pas aa concept de force ; ce serait ramener, dit Schopenhauer, le connu à Tinconnu. — Caractères de la volonté. Universalité : tout veut dans la nature. Indestructibilité : les formes disparaissent, la volonté reste. Liberté absolue ; la volonté, en elle-même, est indépendante de tonte connaissance, et par conséquent du déterminisme ou de la nécessité qui est la loidela connaissance. — Morale. Développement de la volonté, ou théorie des mœurs. Au plus bas degré du développement moral est Tégoîsme, qui est TafTirmation ardente de la volonté de vivre.— Le sentiment moral a pour essence la pitié, qui provient de ce qu'on reconnaît tous les êtres comme identiques dans la réalité absolue. — Le Î>lus haut degré de moralité consiste dans l'anéantissement de la voonté de vivre, et, avec la volonté de vivre, de tout égofeme, de toute individualité. Reproduction par Schopenhauer de la morale boudhiste. On parvient à la volonté de s'anéantir par Tascétime et par la science. La science aboutit à cette conclusion que le monde, loin d'être le meilleur pcssible, est le plus mauvais possible, et que le mal tient à la vie môme. Pessimisme de Schopenhauer. — La pleine conscience que le monde est un mal aboutit à la volonté de ne plus vivre et de ne plus revivre. Le détachement absolu de toute existence est le Nirvana. — En se détachant ainsi de l'existence phénoménale, n'entre t-on pas dans l'existé nce réelle, et en quoi consiste cette existence ? Selon Schopenhauer, ce sont là des questions transcendantes dont nous ne pouvons rien savoir. Sa philosophie tout immanente se tient dans les limites du monde et ne prétend pas les franchir. Voilà pourquoi elle se termine par une négation. — CONCLUSION. Tout en reconnaissant que la yoonté est Tesscnce des choses, Schopenhauer n'a point eu une notion exacte de la volonté, de la liberté idéale et de l'individualité, il donne à la volonté un caractère impersonnel au lieu d'y reconnaître le fondement même de la personnalité.

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Un nouveau panthéisme, très-s«périeur aux précédents, devait sortir du système de Kant. Ce dernier n'avait admis qu'une conscience indéterminée et impersonnelle de la liberté, une conscience qui, à vrai dire, est inconsciente. Il était naturel d'en conclure que notre liberté inconnue se confond avec toutes les autres libertés inconnues, et conséquemment que toutes les personnalités qui paraissent diverses dans le monde sensible se réduisent à l*unité dans le monde intelligible ; car, dans cette région supérieure à l'espace, au temps et à la quantité, le nombre plusieurs n'aurait aucun sens.

Si Kant eût admis une conscience individuelle de la volonté propre à chacun et irréductible aux autres, s'il eût fait de cette volonté une réalité immédiatement présente à la conscience, im*

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médiatement présentée elle-même, la confusion absolue des personnalités eûi été impossible; mais, ayant placé notre moi et notre volonté'dans le domaine de l'inconscient, Kant préparait les systèmes qui identifient tout dans l'obscurité de cet abime où aucun individu ne peut plus se discerner des autres : Dieu et l'humanité n*y font plus qu'un seul être, qu'on peut appeler d'un seul nom, TËsprit.

Ce n*est pas tout. Au-dessous de notre pensée, qui donne aux phénomènes lenrs formes et leurs lois, Eant admettait une matière inconnue d'oi!l procèdent ces phénomènes, un je ne sais quoi qui nous fournit des sensations. Voilà encore un principe mystérieux qui échappe à notre pensée. Pourquoi cet inconnu ne se confondrait-il pas avec les autres inconnus, à savoir notre moi» le moi de nos semblables et le moi de Dieu, qui ont déjà été réduits à une seule existence: Tesprit? La matière inconnue et l'esprit inconnu sont sans doute un seul et même être : la volonté absolue qui produit tout.

C'est pourquoi les successeurs de Kant aboutissent, par des voies diverses, à cette conclusion identique : les phénomènes, qui se distinguent f un de Tautrepour Texpérience, sont pour la raisoQ les manifestations d'un principe unique : TEsprit absolu.

Cet Esprit absolu, c'est encore nous-mêmes, non plus dans notre vie humaine et passagère, mais dans notre existence divine et éternelle. Rentrer en soi, c'est prendre conscience de cette existence supérieure, c'est rentrer en Dieu et avoir conscience de Dieu, c*est s'arracher aux nécessités sensibles pour jouir de la « liberté intelligible ». La vie physique, qui a pour théâtre le monde, la vie morale, qui a pour théâtre l'histoire, ne sont que les degrés du développement par lequel l'Esprit absolu acquiert peu à peu la conscience de soi.

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