FICHTE
Le système de Fichte(i) peut être appelé une philosophie de la liberté. Kant avait dit que c'est la liberté qui pourrait seule être le
1. PrÎDcipaux ouvrages : Doctrine de la science (traduit par Grimblot) ; Destination de l'homme (traduit par Barchou de Penhoénj ; Méthode pofur arriver à la vie bienheureuse (traduit par Fr. Bouillier) ; Considérations sur la Révolution française (traduit par Barni). Dans ce dernier livre, ouvrage de sa jeunesse, Fichte entreprend de démontrer, par les principes
principe absola ; Fichte s efforce de faire comprendre en quoi consiste cette liberté.
Il y a en effet, selon Kant lui-même, deux espèces d'objets : ce qui est et ce qui doit être ; de quelle espèce est l'absolu f
La yieille métaphysique s'intitulait science de Tétre, ontologie, et se croyait par là science de l'absolu ; mais la révolution opérée par Kant a déplacé Tabsolu pour le faire résider dans ce qui doit être : car l'absolu véritable est moral. Il faut donc, dit Fichte, subordonner ce qui est à ce qui doit être, et non ce qui doit être à ce qui est ; c'est l'idéal qui doit dominer la réalité. D*après cette théorie de Fichte, faut-il concevoir la liberté, qui serait Tabsolu, comme une chose toute faite, toute réalisée, dont on pourrait dire : elle est ; ou n'est-ce pas plutôt une activité qui se fait, qui se réalise, et dont il faut dire : elle doit être? La vieille métaphysique se figurait l'absolu comme un être achevé, comme une substance im* mobile, conséquemment comme une chose, et elle ne voyait pas qu'une telle substance serait la matière inerte, non l'esprit actif. L'absolu, selon les principes posés par Fichte, c'est ce qui se produit soi-même, ce qui tend à se réaliser par un développement sans fin ; or la tendance ne se conçoit qu'en vue de l'idéal, du bien, de ce qui doit être; par conséquent, pourrait-on dire, si la liberté absolue tend à se réaliser et à être, c'est qu'elle doit être, c'est qu'elle est l'idéal, le bien, en un mot le devoir. Kant n'a-t-il pas déjà ramené à l'unité la liberté et le devoir en proclamant l'autonomie de la liberté, c'est-à-dire la loi que se fait la liberté d'être libre? Renversons donc de nouveau, comme Copernic, le centre d'attraction du monde ; ce centre d'où nous venons et auquel nous tendons n'est pas Vêtre^ mais le devoir; c'est un idéal qui n'est pas, mais qui doit être. Telle est l'interprétation qu'on peut donner du mot de Fichte : Philosopher, c'est se convaincre que l'être n'est rien, que le devoir est tout.
L'idée morale du devoir, et l'idée de la liberté ou du moi véritable, c*est tout un selon Fichte. Jusque-là tout va bien, mais Fichte finit par faire de ce moi un principe universel et panthéistique, une divinité. Notre « moi absolu», dit-il, non celui qui est actuellement et s'apparatt à lui-même sous une forme individuelle et bornée, mais celui qui doit être et qui sera, dans son infinité et son uni-
de Jean-Jacques Rousseau et par les règles du contrat socîaU la légitimité de la RévolutidQ française, le droit de révolution et le droit de sécession : c'est une théorie individualiste. Dans un de ses derniers ouvrages, VEtai commercial fermé, Fichte expose au contraire des théories socialistes qui -îippclleat celles de Fouricr.
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▼ersalité, voilà le principe et la fin du monde. Philosopher, c'est prendre conscience de ce moi seul vraiment libre, qui tend sans cesse à être par cela même qu^il doit être.
Kani avait déjà admis que c'est le sujet, c'est-à-dire la raison et la liberté, qui impose une forme et une loi aux objets de la connaissance : il avait fait du moi le législateur du monde ; mais il n'avait pas osé en faire le créateur du monde. C'est qu'il avait laissé subsister, en face du moi, une matière indépendante capable de lui imposer une limite. Selon Fichte, qui donne au moi un sens universel, cette matière inconnue, cet (T, est simplement la partie inconsciente du moi, que le moi amène peu à peu, par son progrès, à la lumière de la conscience. Impossible d'imaginer en face de la liberté absolue, du moi absolu et universel, une matière qui lui serait imposée et qu'il n'aurait pas créée. La borne du moi existe sans doute, mais le moi ne la rencontre pas, il la fait. Son activité illimitée se pose volontairement à elle-même une limite, afin de la supprimer ensuite, et de révéler ainsi à ellemême sa propre essence, qui est la liberté. C'est que la moralité et la vertu supposent TeiFort et la lutte ; il faut donc se dresser à soi-même un obstacle pour le franchir : voilà pourquoi, au premier moment de son évolution, <c le moi se pose », au second mo* ment, a il s'oppose le non-moi », au troisième moment, il re* connaît le moi et le non-moi comme identiques.
La manière dont le moi se pose primitivementest,seIonFlclite,un acte absolument libre, par conséquent un acte créateur. La liberté, selon l'esprit de ce système, n'est donc pas un fait, mais un acte; elle n'est pas une donnée nécessaire, mais une production spontanée. Nous-mêmes, nous n'apercevons pas en nous la liberté comme un fait empirique, comme une donnée d'expérience; prendre conscience de notre liberté, ce n'est autre chose que réaliser cette liberté même. La conscience, pourrait-on ajouter, n'a pas pour objet des choses produites ; c'est elle qui produit ; aussi la philosophie ne consiste-t-elle pas à trouver des vérités toutes faites, mais à les faire; savoir, en général, c'est produire; et philosopher, c'est acquérir la conscience que Ton porte en soi la liberté qui crée le monde.
L'idéal moral que cette liberté se propose, et qui estencore ellemême en sa plénitude, on l'appelle Dieu. Mais Dieu esMl une individualité, une personnalité particulière? — Non, selon Fichte; car alors il serait l'existence finie, au lieu d'être le devoir infini qui dépasse toute limite ; il serait un être tout fait, une liberté sans effort et sans mérite. « Toute conception religieuse qui per-
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« sonnifle Dieu i, dil Fichte, c je Tai en horreur et je la considère ff comme indigne d'un être raisonnable. » Hais, de ce que Dieu est ridéal, il n'en faut pas conclure, selon Fichte, qu'il ne soit qu*une idée abstraite inférieure à la réalité : loin de là, il n'y a rien de plus réel que l'idéal ; le devoir produit le pouvoir, ce qui doit être est plus que ce qui est. En ce sens, Dieu est la réalité suprême : car il est la liberté se réalisant progressivement dans le monde ; il est le vrai moi de chaque homme, de Thumanitè entière, du monde entier; mais ce n'est point un être transcendant, extérieur au monde; c'est le ressort universel immanent au monde lui-même (I).