Œuvres, IV, p
444 LES SUCGSSSKUR8 Dit KANT.
«^ la pensée. Ce que nous appelons la Nature est un pofime dont c l'intelligence est impossible parce qu*il est écrit en caractères « mystérieux, mais dans lequel, si nous pouvions le déchiffrer, « nous reconnatlrions l'Odyssée de TBsprit, qui, livré à une mer- « veilleuse illusion^ se cherchant lui-même, se fuit sans cesse luic même... La Nature est pour l'artiste ce qu'elle est pour le phitt losophOyle monde idéal apparaissant sans cesse sous des formes « finies, le pâle reflet d'un monde qui n'est pas hors de sa pensée, • mais en lui- même ».
Le comble de Tart, comme celui de la nature, est la grâce. Après que l'art a donné aux choses le caractère qui leur imprime Taspect de l'individualité, il fait un pas de plus : il leur donne la grâce, qui les rend aimables, en faisant qu'elles semblent aimer. Au delà de ce second degré, il n'y en a plus qu'un, que le second annonce et prépare : c*est de donner aux choses une âme ; par quoi elles ne semblent plus seulement aimer, mais elles aiment. » La grâce dans l'art est l'expression de l'âme : « A l'approche de l'âme une douce aurore se répand sur l'œuvre; les contours se tempèrent et s'adoucissent; c'est le moment où naît la grâce. La pure image de la beauté arrivée à CQ degré de développement, c'est la déesse de l'amour. L'esprit de la nature n'est opposé à l'âme qu'en apparence ; en soi il est son organe et son symbole. Toutes les autres créatures sont animées par le seul esprit de la nature ; dans l'homme seulement apparaît Tâme, sans laquelle le monde serait comme la nature sans le soleil... L'âme n'est pas dans l'homme le principe de l'individualité ; mais c'est précisément ce par quoi il s'élève au-dessus de tout égolsme, ce par quoi il est capable de renoncement à soi, d'un amour désintéressé, et, qui plus est, de la contemplation et de la connaissance de l'essence des choses. Elle n'a plus pour objet la matière, et n'est plus en rapport immédiat avec elle, mais seulement avec l'esprit, qui est la vie des choses. Tout en apparaissant dans le corps, elle est cependant indépendante du corps, dont la conscience n'est en elle que comme un songe léger qui ne la troubre pas. En ce sens, l'âme n'est pas une qualité, uneXaculté, rien de particulier de cette espèce ; elle ne sait pas, elle est la science même ; elle n'est pas bonne, elle est la bonté même ; enfin elle n'est pas belle, elle est la beauté même (1). » .
1. Discours stir le rapport des beaiix arts avec la.nature, 36G, SCS.
HEGEL. '— LA UGiQUE. 445
Pourtant, au-dessus même de Tare, Schelling éleva, dans la dernière partie de sa vie, la moralité et la religion. Cette unité suprême d'où sortent les contraires, et qui apparaît tour à tour dans la nature inconsciente ou dans Ihumanité consciente, la première philosophie de Schelling n'en avait donné qu'une idée négative et vide ; sa seconde philosophie essaie d'en fournir une coDception plus positive, et reconnaît que l'absolu véritable sérail la liberté absolue du vouloir. Parla, Schelling revient à Fichte et à Kant. C'est la volonté qui est le principe de toutes choses; elle s'individualise dans les diflérents êtres, et chacun de ces êtres, pour accomplir l'acte moral, doit nier son individualité propre, renoncer à son vouloir propre pour se perdre dans la volonté universelle.
Cette dernière phase du système de Schelling fut une réaction beaucoup trop mystique contre la philosophie toute rationaliste et intellectualiste de Hegel.
m. -.h:oel(I).