‹ Histoire de la philosophieChapitre 322 sur 397 · II. - SCHELLING · texte numérisé non relu

II. - SCHELLING

La nature,avaitditFichlc, est le produit inconscient du moi universel, ou, ce qui revient au même, le produit de la partie inconsciente du moi ; mais, objecte Schelliug, cette partie inconsciente n'est plus vraiment le sujet ou le moi ; elle n'est pas non plus l'objet même ou la nature, car, Kant l'a montré, l'objet n'existe pas sans le sujet ; elle est donc un principe antérieur à cette dualité»

Quand Schelling veut nous faire comprendre la nature de ce principe inconipiéheiisible, il mêle à des vues profondes les spé* culations abstraites et aventureuses, les rêveries mystiques des Alexandrins. « Le moi et le non-moi, la pensée et l'être, dérivent « l'un et l'autre d'un principe supérieur qui n'est ni l'un ni l'autre « bien qu'il soit la cause de l'un et de l'autre : principe neutre, « indifférence ou identité des contraires (3). » C'est la a Raison « absolue et impersonnelle »; la nature est cette raison en tant

1. Le système de Fichte est appelé par les Allemands ridéalisme subjectif. Il est idéalisme en ce sens qu'il lait de l'idéal le principe de toute existence; et il est idéalisme subjectif, en ce qu'il place cet idéal dans le sujet moral, dans le moi considéré comme absolu. Fichte prend pour point de départ le sujet ou le moi intelligible, et en fait sortir l'objet ou la nature sensible. Schelling va suivre la marche inrerse : il va commencer par la philosophie de la nature, non par la philosophie de la liberté ; il va

{professer un idéalisme objectif. Quant à Hegel, il identifiera absolument a marche de la nature et de la liberté avec le développement de l'idée : iî professera un idéalisme absolu,

2. 1775-1854. Né en Souabc, professeur à léna, à Munich, à Berlin. Principaux ouvrages : Philosophie de la nature, 1797; Système de (^idéalisme transcendantal, 1800, traduit par Grimblot; Bruno ou du principt divin et naturel des choses, traduit par Grimblot; Recherches sur lu liberté humaine; Philosophie de la révélation. Voir les Ecrits philosophiques de Schelling, extraits de ses oBuvres^ par Gh. Bénard.

3. (Euvres, !'• série, tome X, p. 92. Comparer Spinoza et Flolia.

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<iu'eœistance ; l'intelligence est cette raison en tant que pensante : « L'une se développe suivant la même loi que l'autre (1) ». La série de ces développements est l'histoire, c évolution de l'absolu. » Dans l'histoire, il y a harmonie entre les libertés humaines et une nécessité rationnelle qu'on nomme tantôt destin» tantôt providence. Une telle harmonie suppose un principe supérieur tout ensemble à notre liberté et à notre intelligence dont la conscience est l'attribut essentiel. «Cet être éternellement sans conscience, « soleil éternel dans l'empire des esprits, se dérobe à nous par la « pureté même de sa lumière. » Toutefois, à en croire Schelling, on peut avoir de l'absolu, identité des contraires, une sorte d'inluition simple, comme Teztase alexandrine : Schelling l'appelle l'c intuition intellectuelle ». Â cette intuition, selon lui, la science entière serait suspendue.

La science n'est selon Schelling que le premier degré de la vie spirituelle ; au-dessus est Tart, révélation plus profonde de « ce principe absolu où le sujet et l'objet coïncident ».

En effet, considérez l'art dans sa partie vraiment inspirée, qui est Tœuvre du génie, non dans sa partie réfléchie et technique, qui est Tœuvre du talent, vous verrez qu'il nous donne le sentiment de l'identité éternelle entre la nature inconsciente et là liberté consciente. D'une part l'artiste inspiré a conscience de son activité productrice, mais d'autre part il n'a pas conscience des moyens qu'il emploie. Quand on analyse le produit de l'art, il senible que la conscience réfléchie en a déterminé toutes les parties, tant elles offrent une merveilleuse coordination ; et cependant, c'est là une œuvre de pure spontanéité. L'art, dit avec raison Schelling, nous initie de cette manière au secret de la nature, qui elle aussi produit sans conscience des choses marquées du caraclèi-e de 1 ordre, de la sagesse, de la conscience réfléchie. En un mot, le génie de l'artiste, comme la vie de la nature et le développement de l'histoire, ramène à l'unité le conscient et l'incons« cient. De là Schelling croit pouvoir conclure que l'intuition esthétique est une révélation de l'identité qui existe dans l'absolu entre la conscience et l'inconscience, a Voilà pourquoi l'art est « pour le philosophe ce qu'il y a de plus élevé ; c'est qu'il lui s ouvre le sanctuaire où brûle d'une même flamme, en une pri^ •<r mitive et éternelle union, ce qui existe séparé dans la nature « et dans l'histoire, ce qui se fuit constamment dans la vie et dana

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