Die heidenOrmd problème den Ethik, S
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on reconnaît que le monde est absolument mauvais, et que le mal est l'essence de la vie même. L'âme parvenue à ce degré peut donc choisir entre la volonté de vivre ou celle de ne plus vivre. Ce choix n*a pas lieu en vertu d*un prétendu libre arbitre, mais d'une participation à cette liberté qui fait le fond de la volonté universelle : c'est la libération parfaite, le parfait anéantissement, le nirvana. Le bouddhisme est, selon Schopenhauer, la plus parfaitedes religions et la traduction symbolique de sa propre métaphysique, s Dans l'homme, la volonté atteint la conscience c et par suite le point où elle peut clairement choisir entre Taffir- € mation et la négation : aussi n'est-il pas naturel de supposer « qu'elle aille plus haut. L'homme est le libérateur de tout ie « reste de la nature, qui attend de lui sa rédemption : il est à c la fois le prêtre et la victime. » En efTet, que tous les êtres parviennent à la vie humaine, et que tous les hommes cessent de vouloir la vie, la génération, la mort, aussitôt le monde entier, qui n'existe d'après Schopenhauer que par les consciences où il se représente, sera lui-même anéanti.
Est-ce à dire que l'anéantissement du « vouloir-vivre » soit un néant absolu î — Schopenhauer ne le prétend pas, et, se bornant à faire la métaphysique du monde, il laisse à l'état de question ouverte tout ce qui dépasse le monde même : a Voilà pourquoi, « dit-il, ma philosophie se termine sur une négation. »
€ Les bouddhistes emploient avec beaucoup de raison le terme purement négatif de nirvana, qui est la négation de ce monde (saosâra). Si le Dirvftna est défini comme néant, cela ne veut rien dire sinon que ce monde-ci ou sansàra ne contient aucun élément propre qui puisse servir à la définition on à la construction du nirvana... Lors donc que, par la sympathie universelle, par la charité, Thomme eu est venu à comprendre l'identité essentielle de tous les êtres, à supprimer tout principe illusoire d'individuation, à reconnaître soi dans tous les êtres et tout les êtres en soi, lorsqu'il a nié son corps par l'ascétisme et jeté hors de lui tout désir, alors se produit Veuthanasie de la volonté (la béatitude dans la mort), cet état de parfaite indifférence où sujet pensant et objet pensé disparaissent, où il n'y a plus ni volonté, ni représentation, ni monde. C'est là ce que les Hindous ont exprimé par des mots vides de sens, comme : résorption en Brahm, nirvana. Nous reconnaissons volontiers que ce qui reste après l'abolition complète de la volonté n'est absolument rien pour ceux qui sont encore pleins du vouloir vivre. Mais pour ceux chez qui la volonté s'est niée, notre monde réel avec ses soleils et sa voie lactée, qn'est-il ? — Rien. »
C*e8t par ces lignes que se termine le livre de Schopenhauer,
c'est à cet anéantissement de soi et du monde qu'il convie toute» les consciences dont le monde se compose. Les disciples les plua récents de Schopenhauer, poussant cette doctrine paradoxale A ses dernières conséquences, espèrent qu'en effet le monde finira par s'anéantir lui*méme quand il aura acquis la pleine conscience de sa misère, la pleine cimscience qu'il est un mal (1).
En attendant Taccompliesement de cet acte d'abnégation mystique, il faut reconnaître que Tesprit allemand, de nos jours, s*accommode assez bien de la vie réelle. Partagé (sauf d'honorables exceptions) entre le mysticisme, dont Schopenhauer est un exemple, et le réalisme historique, qui place avec Hegel le droit lans le succès, il ne semble plus se faire une suffisante notion de ce qui seul donne une valeur à l'existence, Tidéal de la liberté personnelle, fondement de la fraternité sociale. Ce sont ces deux notions, inséparables Tune de l'autre, qui manquent trop aux philosophes purement germaniques, à ceux qui ne se sont pas inspirés de Rousseau et de la philosophie française. Ils ne conçoivent qu'une liberté métaphysique, non morale ou politique, qui se perd dans les nuages de l'inconnu et de 1' « inconscient », et qu'ils opposent à Tintelligence, à la conscience, comme à une ennemie. De là résulte d'abord une négation plus ou moins complète de l'individualité. En outre, la vraie universalité n'est guère mieux comprise : au lieu de la chercher dans l'union des volontés, dan^ la société idéale où chacun aimerait les autres et serait aimé, on en fait je ne sais quelle unité panthéistique et mystique où tout se perd. Schopenhauer a sans doute raison de dire que le monde où nous sommes n'est pas le meilleur des mondes, que nous devons transformer et même anéantir, s'il est possible, l'univers matériel -^ mais c'est pour dégager progressivement un monde moral qui existe déjà en germe, et dont la perfection est non l'anéantisse^ ment, mais l'achèvement de la vraie personnalité (2).