PSYCHOLOGIE AN0LAI8B
<loctrine des anciens sur la table rase^ et la vérité des doctrines <}ui admettent des éléments à priori dans la connaissance ; mais îes formes ou cadres dont Kant a fait quelque chose de mystérieux sont simplement, selon l'école anglaise, un mécanisme reçu par hérédité des générations antérieures : ce sont des ha* bitudes héréditaires, et conséquemment des instincts intellec* fuels.
Ces instincts, antérieurs à l'expérience de l'individu, sont po8« teneurs à l'expérience de l'espèce, et on peut dire que chaque indi* vidu porte en lui-même l'espèce entière, sous la forme d'un mécanisme résultant des efforts accumulés de ses prédécesseurs. L'in* néité métaphysique se trouve ainsi ramenée en quel((ue sorte à un fait historique : VhérédUé. L'hérédité, voilà le principe des connaissances universelles et nécessaires. Elle explique leur univer* salité, puisque aucun individu ne peut échapper à l'héritage de son espèce; elle explique leur nécessité, puisque cet héritage s'impose à l'individu comme une constitution toute faite et une sorte de tempérament intellectuel. Nous ne pouvons pas plus nous défaire de ce que Leibniz appelait les muscles intérieurs de la pensée, que nous ne pouvons nous défaire des muscles extérieurs du corps.
Demande-t-on pourquoi, dans ces principes supérieurs de la pensée, nous ne trouvons pas seulement une universalité ou une nécessité relative à nous et subjective, mais encore une valeur indépendante de nous et objective? Demande-t-on pourquoi la nature extérieure confirme et vérifie de plus en plus ces principes comme s'ils existaient universellement dans les choses et étaient nécessaires pour les choses mêmes? — La réponse est simple, dit M. Herbert Spencer. Si les principes de la pensée représentent fidèlement les choses, c'est qu'ils sont l'œuvre des choses ellesmêmes. Il s'est produit sous l'action des objets un ajustement de l'esprit à la nature. De là résulte, dans les instincts intellectuels et humains, cette infaillibilité plus grande encore que dans les instincts sensitifs et animaux.
Toutefois, cet ajustement merveilleux de la pensée aux choses n'a pas été immédiatement atteint : il est le résultat d'une bngua suite de progrès ; il est, selon le terme consacré, une évolution. C'est la loi d'hérédité qui fixe les résultats dans l'espèce ; c'est la loi d'évolution qui modifie les espèces mêmes. Grâce à ces deux lois, tout se conserve et tout s'accroît.
Cette évolution s'accomplit, selon M. Spencer, par le procédé
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général de la sélection naturelle. Parmi les associations d'idées^ celles qui sont le plus conformes aux associations mômes deg choses ont des chances de durée que les autres n'ont pas. I/erreur est une Pêntiope qui, sans le -rouloir, défidt sans cesse la toile qu'elle a tissée. La vérité, au contraire, dans la lutte des idées pour la vie, l'emporte tôt ou tard. Mais combien on traverse de vérités provisoires avant d'arriver à la vérité définitive I Les instincts intellectuels les plus propres à la conservation de chaque espèce, sortes de vérités relatives et provisoires, se sont conservés eux-mêmes et accrus avec l'espèce. Tant qu'il ne s'agit que d'une espèce inférieure, ayant peu de relations avec le monde entier, comme le mollusque ou le ver de terre, l'instinct peut n'avoir qu'une valeur très-restreinte et une infaillibilité en quelque sorte limitée aux besoins de l'espèce môme ; mais il existe un genre d'êtres qui a des relations de plus en plus complexes et étendues avec le monde entier, l'espèce humaine. N'entrons-nous pas en relation avec les étoiles par le télescope, et avec l'infiniment petit par le microscope? De tous les animaux, l'homme n'cst-il pas celui qui se confond le plus avec la nature entière? 11 en résulte que les instincts intellectuels de Thomme finissent par exprimer les lois mêmes de la nature. Les démarches du poisson dans l'eau, pourrait-on dire, n'expriment que les lois de l'équilibre et du mouvement dans les liquides ; mais les démarches de la pensée humaine expriment les lois de l'équilibre et du progrès dans cet océan infini des choses qu'on nomme l'univers. En pensant, nous nous sentons soutenus par la nature même, nous nous sentons en harmonie avec le tout, et de là vient notre confiance dans la valeur de nos idées, semblable à la confiance du rameur qui se sent poussé par le vent et porté par les flots.
Si cette vaste doctrine contient une grande part de vérité et aide à comprendre le mécanisme par lequel nous acquérons la coti nais« sance des choses extérieures, elle semble pourtant laisser en dehors d'elle deux idées de la plus haute importance, dont la possession n'a pas été jusqu'ici suffisamment expliquée par une acquisition de ce genre : l'idée du sujet pensant et celle de l'absolu.
D'abord, la connaissance suppose la distinction du sujet et do l'objet, du moi et du non-moi ; comment expliquer cette distinction ? Quel est le caractère difTérentiel qui nous fait distinguer en quelque sorte le mien et le tien dans notre com«