PSYCHOLOGIE ANGLAISE
merce avec la matière? Quelle est la marque de fabrique par laquelle nous reconnaissons nos produits au milieu des produits étrangers? — Ici Stuart Mill trahit son embarras. Selon luit l'objet et le sujet, la matière et le moi, sont simplement des « possibilités permanentes » ; la possibilité d'être senti, c'est la matière ; la possibilité de sentir, c'est le moi. «— Mais cette idée neutre de possibililé ne se comprend bien que par l'idée plus vivante de puissance active, qui pourtant a été tout d'abord bannie du système. De plus, même dans cette hypothèse, comment dis* lioguerons-noua les possibilités extérieures et nos propres puis* sauces, le non-moi et le moi ? — La dernière réponse de Stuart Mill est que le corps est une cause inconnue de sensations, tandis que Tesprit est un lécipient inconnu de sensations. Mais, demandei-a-t-on de nouveau, si les deux termes sont également inconnus, comment pouvons-nous les distinguer Tun de l'autre ?
Un disciple de Stuart Mill, M. Bain, fournit une meilleure réponse en disant que le contraste du sujet et de Tobjet vient du contraste entre l'activité et la sensation passive. Stuart Mill se range finalement lui-même à cette opinion : « Ceux qui ont « étudié, » dit-il, aies écrits des psychologues associationnisles, « ont vu avec défaveur que, dans leui*s expositions analytiques, « il y avait une absence presque totale d'éléments actifs ou de « spontanéité appartenant à l'esprit lui-même... En France, on a « souvent cité le progrès qui se fit de Condillac à Laromiguière : « le premier faisant d'un phénomène passif, la sensation, la base « de son système ; le second y substituant un élément actif, « l'attention. La théorie de M. Bain est dans le même rapport « avec la théorie de Hartley (1), que celle de Laromiguière avec celle de Condillac (2}« » M. Spencer, dans ses Premiers Principes^ fonde aussi la distinction du moi et du non-moi sur celle du volontaire et de Tinvolontaire, à laquelle on est toujours obligé de revenir, comme à un élément dernier impliqué dans tous les iaits de conscience.
Ainsi, Técole anglaise tend à rétablir elle-môme la conscience du moi ou du sujet, comme ne venant pas d'un objet extérieur à la pensée, mais de la pensée même. Maintenant, qu'est-ce en soit que ce sujet ? c'est ce qui reste toujours insondable; il n'en faut pas moins distinguer l'action de penser de la chose pensée.
1. Un des chefs de l'école anglaise contemporaine, qui a beaucoup insisté sur le mécanisme de la pensée.