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ÉCOLES IDÉALISTES. — ZÉiNON. 65

c sont multiples, il faut qu'ils soieut à la fois semblables et dis- « semblables entre eux (1). »

Ce qu'il y a de plus remarquable dans la doctrine de Zenon, c*est son argumentation subtile et profonde contre la têalité du mouvement, et en général, contre la réalité de la matière.

Cette notion de la matière qui semble si évidente et si claire à la foule, Zenon la soumet à sa vigoureuse analyse et il la résout en un amas de contradictions. Tous les éléments de cette idée, espace, temps, changement dans le temps, mouvement dans l'espace, sont incompréhensibles et contradictoires.

D'abord, la matière est-elle divisible à Tinfini dans l'espace en parties non-étendues ; il faudra dire alors que des zéros d'étendue ajoutés à des zéros d'étendue finissent parfaire de Tétenduel Est-elle divisible en un nombre fini d'atomes étendus ? Mais ces atomes étendus seront eux-mêmes divisibles.

Quant au temps, il se compose d'instants indivisibles et sans durée qui, ajoutés Tun à l'autre, finissent par faire une durée i

Le changement dans le temps se comprend-il mieux 7 Changer,

c'est n^être ni ce qu'on était ni ce qu'on sera ; on n'est plus

ce qu'on était, autrement il n'y aurait pas eu de changement ;

on n'est pas ce à quoi on tend, car il n'y aurait pas besoin de

changement. On n'est donc rien I

Enfin, le mouvement dans l'espace est inadmissible comme réalité absolue. Sans doute nous voyons des apparences de mouvement, Zenon ne le conteste pas, et ce n'est point répondre que de le faire à la manière de Diogène le cynique : en marchant. La question est de savoir si le mouvement est une réalité, non une apparence. Eh bien, essayez d'en faire une réalité, comme le voulait Heraclite : vous voilà entraîné de contradictions en contradictions.

Premier argument : — Pour aller d'un pointa un autre, il faut parcourir d'abord la moitié de l'espace, etaussi la moitié du temps ; mais avant de parcourir cette moitié, il faut parcourir la moitié de la moitié, et ainsi de suite à l'infini. Vous voilà obligé d'épuiser préalablement une infinité de positions intermédiaires, de finir cette infinité. Peu importe que l'espace soit petit ou soit grand ; vous devez parcourir une infinité de points et une infinité d'ins* tants dans un espace fini et un temps fini. Le second argument est resté célèbre sous le nom de Y Achille.

Achille, aux pieds légers, n'atteindra pas une tortue, le plus lent des animaux. En effet, pour que le plus lent puisse être atteint par le plus rapide, il faut que la distance intermédiaire soit d'abo;tl franchie ; mais pendant ce temps, la tortue pi*end nécessairemeri une certaine avance, qui doit être de nouveau franchie p^r Achille, et ainsi de suite à l'infini : la tortue aura toujours une avance de plus en plus petite, jamais nulle. — On répond que, le temps se divisant de lamêmemanièi-c queTespace, Achille pourra en un temps limité franchir l'intei-valle ; mais la difficulté est la même pour le temps, dont il faut toujours parcourir une infinUê de parties.

Troisième argument: lia flèche qui vole est immobile. En effet, elle ne se meut pas dans le lieu où elle est actuellement, puisqu'elle y est; elle ne se meut pas davantage dans le lieu où elle n'est point en^rore, puisqu'elle n'y est pas. Où donc se meut-elle f Nulle ptirt. Elle est à chaque instant immobile dans chaque lieu qu'elle occupe, et son prétendu mouvement est une succession de repos.

De tous ces raisonnements, Zenon tire cette conclusion : ^^ Le mouvement est tout relatif et illusoire.

Tant qu'on ne pourra pas définir d'une manière absolue le changement de lieu, on ne pourra répondre d'une manière satisfaisante à ces arguments de Zenon, qui reposent, comme on le voit, sur l'incompréhensibilité de la division à l'infini et des quantités continues.

La dialectique de Zenon fut un rude coup porté aux adorateurs de la matière, qui voulaient tout expliquer par des changemenis de rapports dans l'espace et dans le temps ; leur explication est selon lui ce qu'il y a de plus inexplicable. Il faut donc, selon Zéiion, sortir de l'espace, du temps et du mouvement, pour poser la vraie existence dans une sphère supérieure. Une existence qui serait tout entière dans l'espace, dans le temps et dans le mouvement, ne serait pas.

m. EHPÊDOGLE.

Les doctrines py thagoriques, mêlées à celles des Éléates et des Ioniens, se retrouvent sous une forme moins abstraite dans Em-

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pédocle, philosophe enthousiaste, qu'inspirait un ardent amour de la science et de l'humanité (t).

I. c Je t'annonce deux choses» dit Empédode dans son poëme sur la Nature : tantôt tout s'élève de la pluralité à l'unité, tantôt tout passe de Tunité à la pluralité. » 11 y a deux principes : l'amour et l'inimitié, c'est-à-dire l'attraction et la répulsion.

Le monde prend son origine dans une période primitive, qui est l'empire absolu de Tamour. Le caractère de cette période est l'unité : tous les éléments y sont confondus, tous les contraires identifiés. Un, uniforme» universel, harmonieux et heureux, le dieu sphérique ou Sphérus, ainsi appelé parce qu'il est présent à l'espace comme à une sphère immense, repose immobile en lui-même, sans distinction de parties, sans division, sans pluralité actuelle, comme l'Unité multiple des Pythagoriciens (2). Ce dieu ne fait qu'un avec l'Amour, souverain de la félicité et de l'innocence. Mais, au temps prescrit par la Nécessité, l'action de l'inimitié commence, pénétrant par degrés à l'intérieur du dieu sphérique^ c agitant les membres l'un après l'autre (3), » séparant les diverses parties, introduisant dans les choses la différence et la multiplicité. C'est la période de répulsion succédant à la période d'attraction. « S'il n'y avait pas d'inimitié dans les choses, tout c serait un (4). » « Tout vient donc de l'Inimitiéf excepté Dieu », qui est l'Amour. L'amour, dit magnifiquement Empédocle, est c la charité qui unit (5) ; » il est la a grâce persuasive, qui hait mortellement Tintolérable nécessité (6). » Ainsi Empédocle

1. Empédocle, d'Agrigente (444) connnt à la fois les doctrines des Pythagoriciens, des Eléatcs et des Ioniens. Il fut célèbre comme médecini comme magicien, comme prêtre, philosophe et poète. On lui offrit la souveraineté d^grigente, qu'A refusa. Sa fin est mystérieuse: exilé ou volontairement retiré dans le Péloponnèse, victime peut-être d'une cnij^tion de l'Etna, peut-être enseveli dans Fabime où il se serait précipité lui-môme, son tombeau fut toujours ignoré dans la Grèce. Il ne resta de lui qu'un poème sur la Nattare dont Lucrèce fait un haut éloge :

Carmina qtdn etiam dioini peetoris ejus Vociferantur, et exwmunt prxclara reperta ; Ut vix humana viaeahtr stirpe creatus.

î. Emp , Fragm., V, 23. Arist., Met., p. 1000, a.

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