‹ Histoire de la philosophieChapitre 52 sur 397 · IL — MÉTHODE DE SOCRATE OU DIALECTIQUE DES PENSÉES · texte numérisé non relu

IL — MÉTHODE DE SOCRATE OU DIALECTIQUE DES PENSÉES

Le sentiment profond de la science, comme ayant pour objet le bien et se confondant avec la pratique du bien même, explique les deux parties principales de la méthode socratique: réfutation de l'erreur, ou ironie ; découverte de la vérité, ou maieutique.

I. L'Ironie, dirigée contre la présomption et le sophisme, résulte du contraste établi par Socrate entre l'idéal de la science et l'orgueilleuse ignorance de ses adversaires. Dissimulant avec art la supériorité qu'il puise dans sa notion de la vraie sagesse, il engage les sophistes dans des discussions d*où ils doivent sortir compromis, et étale ainsi la vanité de leur sagesse menteuse. « Je ne sais qu'une chose, dit-il, c'est que je ne sais rien ; les sophistes ne savent rien et croient tout savoir. • Cette raillerie dissimulée, qui ne provoque le rire qu'après un triomphe définitif, réduità néant toute science humaine devant la science véritable. Son résultat est analogue à cette sorte de ridicule, si bien analysé par un philosophe moderne (!), que produit lantithèse de Tinfiniment petit et de l'infiniment grand.

IL La méthode de Socrate n'était cependant pas purement né* 1. Jean-Pauî.

gaiive ; il avait aussi une méthode de découverte, qu'il appelait raccouchement des esprits ou maîeutique.

Socrate répète sans cesse qu'il n'est point un maître en possession de la science et capable de la transfuser, pour ainsi dire» dans Tesprit de ses disciples. Chacun, dit-il, est son propre maître et a seulement besoin d*étre aidé ou provoqué par quelque circonstance extérieure, principalement par des interrogations. Apprendi^e, c*est prendre connaissance de soi ou de ce qui est en soi ; connaître, c'est se connaître soi-même ou connaître ce qui est en soi-même : c'est enfanter le vrai. Enseigner aux autres, c'est les accoucher : « Tu éprouves, mon cher Théétëte, les douleurs « de Tenfantement. En vérité, ton âme est grosse. Peut-être « ignores-tu encore, pauvre innocent, que je suis fils d'une sage* ft femme habile et renommée, de Phénarète ? — Je l'ai ou! dire. — c T'a-t-on dit aussi que j'exerce la même profession? »

Cette doctrine n'est qu'une conséquence profonde du précepte familier rwSOi vtavrôv, « Connais-toi toi-même o, qui ramène la science du dehors au dedans et du monde à l'âme.

La méthode d'accouchement entraînait la nécessité du dialogue et des formes interrogatives. Le maître, par ses questions au disciple, aide à l'enfantement des idées ; la logique devient ainsi une dialectique, t Celui qui sait interroger et répondre, ne l'appeliestu pas dialecticien (1) ?» La véHté doit jaillir, a comme l'étincelle, » du frottement des idées (2).

Socrate, sur la place publique, s'adresse au premier venu, à l'humble artisan comme aux plus illustres citoyens, à l'esclave de Ménon comme au jeune Âlcibiade. De la place publique, il passera au banquet d'Âgathon, ou sur les bords de l'Ilissus en compagnie de Phèdre. Peu importent les temps, les lieux, les pei-sonnages. Tout est occasion de discours et de recherches ; tout esprit est capable d'enfanter au moins quelques idées ou de provoquer chez les autres un enfantement analogue. Plus il y aura de va* riété dans les procédés et les conditions de la dialectique, plus il y aura d'aspects nouveaux sous lesquels se présenteront les choses. De même que nos expérimentateurs modernes s'appliquent à multiplier et à varier leurs observations et leurs essais, modifiant sans relâche les objets et les circonstances, tâtonnant d'épreuve en épreuve et posant mille Questions à la Nature ; ainsi

Page 1