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MÉTHODE DE SOCRATB. 69

Socrate, prenant pour objet d'observation et d'eipérhnentation, non pas la Nature, mais l'âme humaine, soumet aux épreuves les plus Tariées tous ceux qu'il rencontre, sans dédaigner personne et sans dédaigner non plus aucun sujet d'entretien : de toute âme et de toute chose il sait que la vérité peut sortir.

A ce caractère c discursif » du dialogue se rattache la variété du

ton et des formes, depuis la familiarité la plus simple jusqu'à

Vëmotion la plus sublime* Sous la raillerie, Socrate cachait len-

thousiasme : c'est le secret de son prestige. Avec quelle facilité il

passe du rire au ton ému I Quelle élévation de doctrine sous la

forme étrange, parfois burlesque, de son langage I II ne reculait

point devant les sujets familiers et les exemples les plus communs.

Sous la trivialité volontaire qu'il affectait, il y avait toujours,

outre l'ironie à l'adresse des rhéteurs et de leur emphase, cette

pensée profondément philosophique : La science dont est grosse

l'âme humaine est une et infinie comme la vérité ; on peut donc

la tirer des objets les plus humbles et des plus humbles esprits.

■ Socrate, dit Alcibiade dans le Banquet de Platon, ressemble

c à ces silènes qu'on voit exposés dans les ateliers des sculpteurs,

c et dans l'intérieur desquels, quand on les ouvre» on trouve

« renfermées des statues de divinités. Quand on se met à

« l'écouter, ce qu'il dit paraît d'abord tout à fait burlesque ; sa

c pensée ne se présente à vous qu'enveloppée dans des termes et

« des expressions grossières, comme dans la peau d'un imperti-

« nent satyre. Mais que l'on ouvre ses discours, qu'on pénètre

« dans leur intérieur, d'abord on reconnaîtra qu'eux seuls sont

c remplis de sens ; ensuite on les trouvera tout divins, renfermant

c en eux les plus nobles images de la vertu. »

C'est que Socrate aimait le bien d'un amour passionné, et il voyait dans le bien l'objet de tout amour véritable parmi les hommes : c Je ne sais qu'une petite science, disait-il, la science de l'amour; b mais cette petite science, à ses yeux, était la science tout entière.

Quant aux procédés particuliers de la méthode socratique, ils comprenaient l'induction et la définition : — a II y a deux ehoses, dit Aristote, qu'on peut attribuer à Socrate: les discours indactifs et la définition générale. »

La science, en efibt, consistait pour Socrate à définir et à classer toutes choses par genres, (BiaUyuv xorà yim) de manière à déterminer le rang véritable de chacune. En conséquence, il remontait

toujours par Tinduction de l'espèce au genre, de la conclusioa particulière au principe universel. Cette classification rationnelle des choses ne constituait pas seulement à ses yeux la science théorique, mais encore la vertu pratique.

Par exemple, « l'homme pieux est celui qui sait quel est le culte légitime. » Socrate croit inutile d'ajouter que celui qui saii le meilleur culte, le pratique^ parce qu'il n'admet pas que la volonté puisse s'opposer à l'intelligence. Il trahit ainsi une tendance idéaliste dont les conséquences vont se montrer en morale dans sa théorie originale et iiardie de la volonté.

UI. - MORALE DE SOCRATE OU DIALECTIQUE DES ACTIONS. THÉORIE DE LA VOLONTfi.

Pour Socrate, la dialectique d'action, c'est-à-dire la morale, ne fait qu'un avec la dialectique de pensée, c'est-à-dire la philosophie. La sagesse, à la fois théorique et pratique, -consiste, dit Xénophon, t à examiner ce qu'il y a de meilleur, et à observer la « dialectique par genres àsLïïs ses actions comme dans ses discours^ « de manière à préférer les biens et à s'abstenir des maux. § — En d'autres termes, Tordre des notions, des genres et des espèces, que la dialectique établit, plaçant le meilleur avant le pire, le bien plus général avant le bien plus particulier et plus restreint» cet ordre logique qui constitue la science passe nécessairement dans les actions et devient la vertu. « On devient à la fois homme « de bien et fort dans la dialectique ; » car on range les choses dans ses actes comme on les range dans sa pensée : ce qui est à la première place logiquement, Uy^, est toujours à la première place dansl'action, t^y^ : on ne peut donc pas être vraiment dialecticien en paroles sans l'être en actes, et il suffira d'être philosophe pour être vertueux.

S'il en est ainsi, quelle place peut avoir dans la doctrine socratique cette puissance de l'âme que nous appelons libre-arbitre, et grâce à laquelle, tout en connaissant et préférant le nrailleur dans la pensée, nous préférerions le pire dans l'action ? — Selon Socrate, cette discordance des pensées et des actes, ce désaccord de l'homme avec lui-même ne peut exister. « Socrate disait que c la justice et toute autre vertu est science. Car les choses

MORALE DB 80CRATB. 71

« justes, et tout ce gui se fait par vertu, sont choses belles el « bonnes, et ceux qui les connaissent ne peuwnt leur préférer « antre chose (i). » Personne n'est méchant yoiontairement, «CD»; CX&» otf^lp, répétait Socrate. Il rérutait môme par l'absurde •ceux qui admettent Tinjustice Toloulaire : l'homme volontairement injuste, s'il pouvait en exister de semblables, serait plus parfait que l'homme involontairement injuste, car il aurait au moins la connaissance du bien et la puissance de le réaliser (2). La doctrine de Socrate est donc déjà un vrai système de déter^ minismef lié dans ses principes st dans iti Qoaiéquiacsi, ti qu'on peut ainsi résumer :

Tout homme veut nécessairement son plus grand bien, ou son ▼rai bonheur, comme âa générale de ses actes.

Parmi les actes particuliers, il choisit toujours ceux qui lui semblent tendre à son plus grand bien.

Or, son plus grand bien est précisément le bien même, le bien «n général.

Donc, si les hommes connaissent le bien en général, et son identité avec leur bonheur, ils choisiront certainement les moyens A'Y arriver, et seront bons.

Donc encore, la justice et les autres vertus sont simplement des «ciences ; et quand on Csiit le mal, c'est qu*on le croit bon pour soi, ce qui est une erreur. Supprimez cette erreur de TintelligencCi et vous supprimerez la faute elle-même.

U n*y a au fond qu'une vertu, la sagesse, qui, considérée dans «a relation avec la volonté, devient courage ; dans sa relation avec la sensibilité, tempérance ; dans sa relation avec les autres hommes, justice ; dans sa relation avec Dieu, piété. Telles sont les cinq vertus socratiques.

La justice est la connaissance, et, par cela môme, Pobservation 4es vraies 1<HS qui régissent les rapports des hommes entre eux. Mais en quoi consistent ces lois véritables? Sonl-ce les lois écrites par les hommes 1 Nullement ; ce sont les lois non écrites, Kôpoi «ty/Mcrot, qui sont à la fois naturelles et divines. Elles sont naturelles, parce qu'elles sont la raison même, et que la raison est le fond de la nature. Elles sont divines, parce que c'est Dieu même

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