‹ Histoire de la philosophieChapitre 63 sur 397 · VI. — LES DEMI-SOCRATIQUES. ARISTIPPE, ANTISTHÉNE · texte numérisé non relu

VI. — LES DEMI-SOCRATIQUES. ARISTIPPE, ANTISTHÉNE

EDGLIDE.

(École Cyrénafque, école Cynique, école deMégaro.)

Aristippe de Cyrène fut le disciple infidèle de Socrate ; on lut reprochait son amour du luxe et de la volupté, et le salaire qu'il recevait pour son enseignement.

Selon Socrate, le but de la vie est le bonheur atteint par la raison ; selon Aristippe, un tel but peut échapper même aux plus raisonnables, qui sont exposés à des maux naturels et nécessaires, ainsi qu^à la mort. Poursuivre le bonheur, c'est donc poursuivre an but incertain, qui peut nous échapper. En outre, pour le poursuivre, il faut songer sans cesse à l'avenir, et par là, se faire Tesclave du temps qui n*est pas encore. Cette attention perpé» tuelle à l'avenir change la vie en un désir perpétuel du bien qui n'est pas encore. Or, le désir est un esclavage. Gomment donc retrouver sa liberté ? En ne songeant qu'au présent, sans regrette/ le passé et sans désirer l'avenir, et en jouissant du plaisir actuol sans prétendre à un bonheur qui n*est pas en notre pouvoir. Le bonheur ne vaut que par les plaisirs dont il se compose, et le plaisir ne vaut que par sa présence immédiate, qui fait qu'on en jouit. Voilà donc le bien : c'est le plaisir dont je jouis actuellement, libre du souci de l'avenir. La sagesse, c'est de mettre le présent à profit par la raison ; le courage, c'est de se délivrer du désir et du regret ; la tempérance, c'est de modérer ce mouvement de Tâme qui constitue le plaisir actuel {i^ovhh xiinS«c); car le plaisir est ut* doux mouvement comparable à celui de la mer

par un vent favorable, tandis que la peine esi un mouvement violent comme la mer orageuse.

Un autre disciple de Socrale, TAthénien Antisthène, oppose aux molles doctrines des Cyrénaïques une morale fondée sur la force etUeffort. Aristippe croyait que la peine, «ovo;, est un mal ; la peine, au contraire, c'est-à-dire le travail, Taclivité luttant contre les obstacles, est pour Anlislhène un bien : c'est la vertu. Le modèle de la vertu est Hercule, le héros de la force morale. Le lieu où Antisthène et ses disciples se réunissaient était le Gynosarge, consacré à Hercule, et c'est du nom de ce lieu, probablement, qu'ils prirent d'abord leur nom de Cyniques. Dans leur costume même, ils s'efforçaient de représenter Hercule; ils n'avaient d'autre vêtement qu'un manteau, qu'ils portaient sur l'épaule dioito découverte, comme si c'eût été la dépouille du lion de Némée. Suivre la Nature, voilà la vertu ; car la Nature est le seul vrai dieu et le souverain bien. Tout ce qui est naturel est donc bon. « Formule spécieuse, d'où suivait ce mépris de toute bienséance, cette impudence choquante tant reprochée aux cyniques et qui n'est qu'une conséquence outrée du principe sur lequel Tantiquitô païenne reposait: la divinité de la Nature (i). »

L'école de Mégare s'occupe surtout de dialectique et combine la méthode de Socrate avec celle des Éiéates. Le chef de cette école * est Euclide de Mégare. La sublilLlé des Mégariques fut telle qu'ils finirent par retomber dans la sophistique. Les vrais Socratiques furent Platon et son disciple Aristote.

i. RavaissoD, Essai sur la métaphysique d'Aristotc^ II, 1 19.

Voir, dans nos Extraits des philosophes^ livre deuxième, chn pitre troisiëmey Socrate, p. 37. Xénophon, 37. Eotrelien de deux jeunes mariés. Rapports de l'homme et de la femme, 38. Dignité du travail. Entretien de Socrate et d'Aristarque, 40. Les arts. Entretien de Socrate et d'un sculpteur, 42. Existence et providence de Dieu, 43. La providence et Poptimisme chez Sucraie, 44. Les lois non écrites, 45. identité de la Tertu et de la science selon Socrate.

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