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PLATON. DIALECTIQUE DES PENSÉES

quelque sorte la cause de tout ce qui se voyait dans la caverne. » Ainsi, selon Platon, entre les apparences visibles et les réalitôs intelligibles, il existe des intermédiaires, dont il importe de bien comprendre la nature. Ces intermédiaires sont les lois générales du monde, les types généraux qui se retrouvent dans les êtres particuliers.

Confiez à la terre le germe d'une fleur, et vous savez à l'avance que ce germe produira une fleur semblable à celle d'où il est sorti : jamais la fleur n'engendrera autre chose qu'une fleur de son espèce. Cette espèce n'est donc pas seulement dans votre esprit; elle est dans les choses mêmes, et les lois générales de la pensée se confondent avec les lois générales de la nature.

Dans la réalité éternelle, il y a quelque chose qui fonde la possibilité des genres, des types, des lois auxquelles le monde sensible est soumis. Il y a, par exemple, dans la réalité éternelle, un principe qui rend possible l'homme, un principe qui rend possible l'animal, un principe qui rend possible la fleur. Ce principe doit contenir éminemment en lui-même toutes les qualités positives qu'il communique à l'homme, à l'animal, à la fleur. Il est l'idéal de l'homme, l'idéal de l'animal, l'idéal de la fleur; mais ce n'est pas un idéal abstrait et stérile, c'est au confaire, selon Platon, la suprême réalité, puisque c'est le principe duquel les choses dérivent : on peut donc dire que ce principe réalise en lui au plus haut degré toutes les perfections de l'homme, de l*animal, de la fleur. Il est le modèle vivant, l'exemplaire éternel des choses. Ce modèle, Platon le nomme l'Idée.

La dialectique est la marche de l'âme, qui s'élève des sensations aux genres, et des genres aux Idées.

Le premier caractère des Idées, c'est la perfection ou pureté absolue et sans mélange.

Dans les êtres variables et multiples, aucune qualité n'est pure et parfaite: on ne peut dire que Phédon est beau sans restriction, que Socrate est grand sans restriction et dans le sens absolu de ce terme. Il n'y a point en eux cette simplicité infiniment riche de la beauté véritable et de la véritable grandeur. Seule, la beauté pure est belle simplement, et sans qu'aucune négation vienne s'ajouter à cette affirmation absolue.

De même la véritable science est celle qui sait, dans toute la simplicité et dans toute l'universalité de ce terme ; ce n'est pas cette science incomplète et inachevée qui sait telle chose et ignore telle autre, qui par là même « est sujette au changement et va-

rinblo suivant les difTérents objets que nous appelons des étres(l).i» Non, la vraie connaissance n'est pas celle qui connaît telle et telle chose, mais celle qui connaît tout, ou, plus simplement encore, celle qui confiait^ sans qu'il soit nécessaire de rien ajouter. Telle n'est pas la science humaine avec toutes ses ignorances : elle a beau s'étendre, s'accroître et faire effort pour se compléter, passant de la science d'un objet à la science d'un autre ; jamais il ne lui sera donné de se reposer dans l'universel et de se résumer elle-même par l'infinité de ce seul mot : « Je sais I »

Un autre caractère de l'Idée, c'est l'existence substantielle qui fait qu'elle existe en elle-même et non dans une chose dont elle ne serait que la qualité. Aussi Platon, pour désigner le principe qui rend l'humanité possible, dit l'Humanité en soi; pour désigner le pnncipe de la beauté, il dit la Beauté en soi.

L'Idée est étemelle : on peut donc dire que le principe de l'humanité, c'est Vhomme éternel, que le principe du beau, c'est le beau élernel. Par là, Platon n*entend pas an homme particulier et individuel, qui ne différerait des autres que par l'éternité ; l'homme éternel, c'est l'ensemble des perfections éternelles qui, dans le pnncipe suprême des choses, fondent la possibilité de l'homme et auxquelles l'homme participe incomplètement. Il y a éternellement quelque chose qui fait que l'humanité est possible et même réelle : c'est l'Idée de l'humanité. Au ^ond, l'homme éternel, selon Platon, est Dieu môme.

L'Idée est immuable, tandis que les individus meurent.

Enfin, ridée est universelle. Ce n'est pas à dire qu'elle soit répandue et dispersée dans les individus, ou qu'elle soit simplement l'attribut général commun à plusieurs êtres. L'universalité de ridée consiste en ce qu'elle lenferme éminemment toutes les perfections particulières qui se déploient dans les objets. C'est ainsi, pourrait-on dire, que la lumière blanche renferme dans sa pureté toutes les autres couleurs, qui n'en sont que la participation à travers des milieux différents.

Considérée par rapport aux objets qui en participent et par rapport à la pensée qui la conçoit, l'Idée est tout à la fois, selon Platoû, un principe d'existence et un principe de connaissance.

D'abord, c'est l'Idée qui rend l'existence possible, et le rapport des choses aux Idées se nomme participation. L'homme, par

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