‹ Histoire de la philosophieChapitre 68 sur 397 · PLATON. DIALECTIQUE DBS PENSÉES · texte numérisé non relu

PLATON. DIALECTIQUE DBS PENSÉES

exemple, participe à la beauté, à la bonté, à la vérité : en d*auti*es termes, il a de la beauté, de la bonté ; mais il n*esi pas la beauté ni la bonté. Ses qualités imparfaites sont donc empruntées à ridée parfaite, et tous les hommes participent ainsi dans une mesure diverse à un même idéal d*humanité, que le principe su* préme des choses réalise éternellement en soi.

Gomment cette participation des choses aux Idées est-elle pos^ sible ? Gomment l'Idée, qui est une, 'peut-elle se communiquer, sans se multiplier, à des êtres multiples ? Gomment peut-elle être à la fois en elle-même et dans les êtres qui en participent ? — C'est le mystère de l'existence, que nous ne pouvons résoudre, dit Platon, parce que nous appliquons à l'Idée éternelle des notions tout humaines.

Outre qu'elle est le principe de Vexistenee, l'Idée est le principe de la connaissance. Gonnaître, en effet, c'est apercevoir l'unité dans la variété même, c'est ramener les phénomènes aux lois, les lois moins générales aux lois plus générales, les lois les plus générales aux réalités universelles et éternelles dont elles ne sont que l'expression. Gonnaître, c'est voir toutes choses dans leur unité, dans leur pureté, dans leur perfection, dans leur Idée.

Les diverses Idées elles-mêmes, comme la Vérité éternelle, la Beauté éternelle, la Justice éternelle, offrant encore une certaine multiplicité, doivent être ramenées aussi à l'unité : car c'est dans l'unité seule que la pensée se repose. Il y a donc une Idée qui embrasse toutes les autres et les réconcilie en elle-même ; il y a une Idée des Idées. Gonsidérée d'un point de vue abstrait, cette Idée est l'Unité suprême; considérée dans sa nature intime, elle est la perfection suprême ou le Bien. Et qu'est-ce que le Bien éternel, immuable, absolu, si ce n'est Dieu 7

Dieu est donc le terme de la dialectique : c'est le principe éternel de l'être et de la pensée ; les Idées ne sont que ses perfections éternelles qui rendent possibles l'existence et la connaissance. Suprême idéal et suprême réalité, Dieu est le soleil du monde intelligible. « Aux dernières limites du 'monde intelligible est l'Idée du Bien, qu'on aperçoit avec peine, mais qu'on ne peut apercevoir sans conclure qu'elle est la cause première de tout ce qu'il y a de beau et de bon dans l'univers ; que, dans ce monde visible, elle produit la lumière et l'astre de qui elle vient directement ; que, dans le monde invisible, elle engendre la vérité et Tintelligence.... La faculté que l'œil a de voir, n'est-ce pas du soleil qu'elle découle, pour, ainsi dire, jusqu'à lui..».

Tu sais que, lorsque les yeux ôe tournent vers des objets qui ne sont pas éclairés par le soleil, mais par les astres de la nuit, ils ont peine à les discerner, ils sont presque aveugles, et n*ontpas en eux la faculté de voir distinctement ? Mais, quand ils regardent des objets éclairés par le soleil, ils les voient distinctement, et la vue paraft leur appartenir? C'est ainsi que l'âme voit au moyen de la raison : quand elle fixe ses regards sur des objets éclairés par la vérité et par l'être, elle les voit clairement, les connaît, et parait douée d'intelligence ; mais lorsqu'elle tourne son regard sur ce qui est môle de ténèbres, sur ce qui naît et périt (c'est-à-dire les choses matérielles), sa vue se trouble, s'obscurcit, et n'a plus que des opinions qui changent à toute heure ; en un mot, elle paraît tout à fait dénuée d'intelligence. — Cela est comme tu dis. — Tiens donc pour certain que ce qui répand sur les objets des sciences la lumière de la vérité, ce qui donne à l'âme la faculté de connaître, c'est l'Idée du Bien, et qu'elle est le principe de la science et de la vérité, en tant qu'elles sont du domaine de Tintelligence. Quelque belles que soient la science et la vérité, tu peux assurer, sans craindre de te tromper, que l'idée du bien en est distincte et les surpasse en beauté. Et comme dans le monde visible on a raison de penser que la lumière et la vue ont de Tanalogie avec le soleil, mais qu'il serait faux de dire qu'elles sont le soleil, de même dans le monde intelligible, on peut regarder la science et la vérité comme des images du Bien ; mais on aurait tort de prendre l'une ou l'autre pour le Bien même, dont la uature est d'un prix infiniment plus relevé. Sa beauté doit être au-dessus de toute expression, puisqu'il est la source de la science et de la vérité, et qu'il est encore plus beau qu'elles. Tu penses sans doute comme moi que le soleil ne rend pas seulement visibles les choses visibles, mais qu'il leur donne encore la naissance, Taccroissement et la nourriture, sans être lui-même rien de tout cela. — Sans doute. — De même tu peux dire que les êtres intelligibles ne tiennent pas seulement du Bien leur intelligibilité, mais encore leur être et leur essence, quoique le Bien lui-même ne soit point essence, mais quelque chose bien au-dessus de l'essence, en dignité et en puissance. Imagine-toi donc que le bien et le soleil sont deux rois, l'un du monde intelligible, l'autre du monde sensible (l). »

Page 1