II
Philodème de Gadara. fl. v. 80
Posidonius.
SCEPtiCISBÎB.
iioiiVBx.iiS ACAvàmxm.
ÛtfÊfËM BfUPX&XQUB.
Arcésilas. m. en 241
^nésimède.
fl. Y. 60
Lacydes. fl. ▼. 250
FaYorinus d*Af tes.
Evandrc. fl. ▼. 200
Agrippa.
Téléclcs. il. ▼. 200
Ménodole.
Hégésinus. fl. y. 200
Sextus Empiricus. y. 160ap. J.-C.
Carnéade. m. 130
Saturnine. y. aoOap. J.-C.
ditofflaqne. m. 170
BOD&B
MnnrB.
Philon de Larissew fl. 106
Antiochut d'Ascalon.
SOCBATE.
Il n'est point de s{)eetâcle plus digne de notre admiration que celui que présentent la vie et )a mort de Socrate. Quelle force d'âme et cpiel dévoûment héroïque dans cet homme qui , après avoir conçu le projet de réformer les idées et les mœurs de ses contemporains , et de lutter seul pour opérer cette révolution contre riaflueDce des hommes puissants et respectés qui les
MUXIÈKE ÉPOQUE. 03
dominaient, consacra à l'accomplisseitient de cette haute et noUe mission tout ce que le ciel lui avait départi de force ) de courage et d'intelligence , marcha vers son but avec une ccmstance héroïque, et reçut, sans s'é« tonner et sans se plaindre, la sentence qui le condamnait à perdre la vie, pour prix de ses généreux eflbrts ! Jamais lutte n'a été engagée, jamais révolution n'a été entreprise avec une conscience plus nette des moyens à employer, desdifficultés à vaincre, des dangers à com^ir. Socrate était né à Athènes, en 470, d'un pauvre sculpteur nommée Sophronisque et d'une femme sage nommée Phénarète. Les études de sa jeunesse 5 ses longues et sérieuses méditations sur l'esprit de son temps, lui inspirèrent de bonne heure la périlleuse résolution à laquelle il consacra sa vie entière. A un jugement extraordinaire, à un bon sens admirable, il joignait l'imagination la plus vivre et la plus brillante. Dans les inspirations de sa conscience droi le et ferme, il crut entendre la voix de ce Dieu dont l'exislence lui était attestée par l'harmonie et l'ordre qui régnent dans l'univers. C'était là ce génie intérieur , ce démon ts^ milier, auquel il ne cessa jamais de prêter uneoreiHe attentive, et qui lui donna le moyen de déconcerter les sophistes les plus habiles, d'opposer à leurs arguments captieux une logique sûre et infaillible^ et une raison imperturbable; c'était là ce qui le fil triompher du pédantisme des faux savants, des prétentions delà vanité, des prestiges du talent, de l'avidité de l'intérêt privé, des préjugés populaires, obstacles puissants qui paraissaient être à la fois conjurés contre toute espèce de réforme.
64 rnaosoPHiE ancienne.
Celle qu'il opéra peut élre rapportée à trois points principaux : l"* il attaqua dans leurs causes mêmes les erreurs qui avaient obscurci la philosophie des Ioniens et des EléateSy les écarts qui l'avaient égarée ; 2* il ramena Tesprit humain vers l'étude de la conscience , source première de toute vérité; 3"" il indiqua une méthode pour le diriger dans cette investigation.
Les philosophes s'étaient jusqu'alors livrés à l'étude des sciences , sans se demander à eux-mêmes quel était le but réel de leurs spéculations. Une curiosité vague et indéfinie semblait seule animer et diriger leurs recherches. Socrate, jugeant que le premier mérite de la science est dans son utilité réelle , opposa aux recherches oiseuses et stériles l'épreuve des résultats pratiques. Les sophistes avaient dégradé la philosophie , en la faisant servir d'instrument à leur ambition, à leur avidité et à leur orgueil : Socrate opposa à cette étroite combinaison des vues intéressées^ l'inspiration des sentiments les pi us généreux. Quant aux sciences physiques et mathématiques y qu'il avait étudiées avec ardeur à l'école d'Archélaûs de Milet, il voulait qu'on s'y livrât avec précaution y et il proscrivait toutes les théories spéculatives hasardées , qui ne portaient pas sur l'expérience.
En méditant sur les systèmes qu'avait enfantés jus-' qu'alors la philosophie dogmatique , et l'abus qu'en avaient fait les sophistes y il sentit le besoin de reconstruire entièrement la science sur ses premières bases, et de déterminer un point de départ fixe et certain pour l'investigation de la vérité.
L'inscription : Connais-toi toi-même ^ gravée sur la fa-
DEUXIÈME ÉPOQUK« 65
çade.du temple de Delphes, et primitivement attribuée à Thaïes, l'avait vivement frappé. Ce n'était qu'un sage précepte , il en fit une méthode. Les opinions empruntées ne sont point la vraie science ; chacun doit la tirer de son propre fond, la conquérir par ses propres forces. La base de la philosophie est donc Vctude de la nature humaine. Cela ne veut pas dire que la philosophie n'a que r homme pour objet ; loin de là , elle tend , comme elle le doit toujours, à la connaissance du système universel des choses, mais elle y tend en partant d'un point fixe, la connaissance de la nature humaine. Telle fut la méthode de Socrate. Elle doit être regardée comme la cause principale , comme le point le plus important de la révolution philosophique dont il est l'auteur ; elle fut entre les mains des philosophes qui vinrent après lui d'une fécondité admirable : la gloire de Socrate est de l'avoir mise au monde. Il donna luimême l'exemple des applications que l'on pouvait en faire à la morale et à la thcodicée.
Ses doctrines avaient pour objet la destination, le perfectionnement et les devoirs de l'homme, considéré comme un être raisonnable; il les exposait d'une manière simple et populaire, à mesure que l'occasion s'en présentait , invoquant à l'appui le témoignage du sens moral de. l'humanité. Tennemann les résume ainsi : i"" Reconnaître le bien qu'on est tenu de faire, et agir en conséquence de cette vue de la raison , c'est pour l'homme le. bonheur le plus précieux et le plus digne emploi de ses facultés. Les moyens qui y conduisent sont la connaissance de soi-même et l'habitude de mai- Iriser son âme. ■ La sag^se , qir ii assimile souvcdI à la
êê PHILOSOI^BtE ANCIENNE.
pradence OU à la modération, comprend toutes las vertM, comme coniiaissance essentiellement active; c'est pourquoi ii appelait aussi la verta une soîenee. A-vec la pro* dence, les devoirs de l' homme envers lui-mômecompreiH nent la tempérance et le courage. Les devoirs envers autruisont tous renfermés dans lajustîce, c'est^^lire Taceomplissement des lois divines et humaines. On trotave aussi ches Socrate, pour la première fois, Tidée d'uB droit ou d'une justice naturelle. 2'' La vertu et la vraie féiicilé humaine, la perfection morale et le bonheur sont inséparablement unis. 3* La religion est un boaimage rendu à Dieu par la pratique des bonnes actions, et un effort assidu pour réaliser tout le bien que nos facultés nous permettent de faire. 4"* Le Dieu «oprtaie est le premier auteur et le garant de la loi morale; c'est un être rationnel y invisible, qui se révèle par aes effiBis. Socrate reconnaissait de plus la Providence, doctrine à laquelle se rattachait sa croyance à la drrinatton et i son génie familier ; enfin les divers attributs de Dieu , relatifs au sage gouvernement de la nature et à la constitution de l'homme. 11 ne croyait pas devoir porter plus loin «es recherches. S^ L'âme est un être di^rm o« semblable à Dieu. Elle se rapproche de lui par sa raieon et par sa force invisible^ et par conséquent eHe est immor telle.
Ce n'était point par des cours et dos leçons rê^vtliëres, selon la coutume des sophistes, que Socrate développait ses principes. A proprement parler , il n'enseignait pas; il répétait souvent lui-même quUi ne savait rien. A la promenade, aux bains, au tbéltre, sur les places publiques, il abordait le magistrat, rartisan.
DEUXIÈME JÊHHHJÊ. ^7
te savant, ie laboureur , qu'il questioQoait d'abord 6ur des ehoses iodiffi^reoles , mais qu'il amenait peu à peu avec ufie adresse infinie sur des sujets p]u9 sérieux» Âtors, au moyen de cette métbodo, qu'il pftévmdnit avoir apprise de sa mère , et qui était um sorjbe d'a(>amdtement intellectuel , il tirait de la conscience de /909 interlocuteur les principes de sa croyance natueeSe^ au moyen de procédés vulgaires , par l'ij^ucUon ^ l'analogie.
11 avait une autre manière de discuter avw les aor {lAiistes : il se rendait aux assemblées réunies pour 1^ entendre; là, il paraissait d'abord partager l'enlbour siasme de leurs admirateurs, puis, aviec ua mt de bonhomie ^ leur adressait quelques q^iestioiw trèsr simples , auxquelles il priait qu'on voulût biea répon^ dre, comme pour l'^lairer lui-même : ij paraissait se conXenter de la réponse qu'on lui avait faite; mi^^ tout en l'adoptant, il la poussait ou la laissait ^arriver à 4es c<^clusions absurdes, qu'il Qe désavousût pae expressément pour ne pas avoir l'air de mystifier app interlocuteur. C'est à cette ignorance afifectée qu'on a 4onné le nom A' ironie socratique. Elle lui était Qceessaire pour combattre, en présence d'un peuple spirituel et fin, au milieu d'Athènes, des adversaires doués d'une grande habileté , supérieurs dans l'art de l'éloquence ^ et accoutumés à tous les genres de succès.
Nous avons dû nous borner à choisir dans la vie de cet homme extraordinaire ce qui pouvait nous servir à montrer l'influence qu'il exerça sur le développement de la raison philosophique , objet spécial de cet ouvrage, par la morale élevée et pure qu'il opposa m^
doctrines subversives des sophistes, et par une méthode qui, devenue la conquête de la philosophie grecque, ne l'abandonna plus, et fût la cause principale des résultats immenses auxquels elle parvint dans la suite. Les autres particularités d'une si belle vie sont assez connues. C'est avec un profond respect, mêlé d'attendrissement, que nous prononçons encore, après plus de vingt siècles, le nom de ce sage qiii, après avoir consacré tous les instants de son existence au bonheur de l'humaïiité, termina par une mort sublime une carrière si bien remplie. Ses paroles, à cette heure suprême, prirent quelque chose d'auguste et de divin. Jamais son enseignement n'avait produit plus d'impression , jamais ses leçons ne s'étaient mieux fait entendre, que pendant son procès , dans le cours de sa captivité, et au moment où il recevait avec un visage calme et serein la coupe empoisonnée qui devait mettre fin à sa destinée (i). Il s'entretenait avec ses amis de l'immortalité de l'âme; Platon notait, pour les transmettre religieusement à la postérité, les derniers accents d'une voix qui lui était si chère, et qui ne devait plus quelques moments après se faire entendre; tous ses disciples faisaient silence autour de lui, et lorsque son cœur généreux eut cessé de battre, aucun d'eux ne douta qu'il ne fût allé 'recevoir dans un meilleur monde la palme de son glorieux martyre.
Socrate, comme les grands réformateurs de la philosophie, ne fonda pas d'école particulière : ses préceptes, loin de produire cette uniformité d'opinions,
(1) 11 but la ciguiS l'an 400 avaul J.-C. ( première année de la 95^ olympiade).
cette espèce de discipline intellectuelle ^ nécessaires pour constituer une école , avaient au contraire pour but de rendre à leur propre énergie , à leur entière indépendance, tous les esprits formés par ses leçons. Sa méthode d'ailleurs avait une portée trop étendue , s'appliquait à la fois à trop de problèmes importants, pour qu'un système philosophique complet sortit immédiatement de ses leçons. Ses disciples se partagèrent, comme un vaste héritage^ les différentes parties de la doctrine de leur maître. Cette espèce de division du travail était le résultat nécessaire de l'esprit d'indépendance que Socrate avait éveillé chez eux. Chacun , selon la tournure de son esprit et la direction de ses idées, s'appliqua à la métaphysique, à la morale , à la logique , jusqu'à ce qu'il se rencontrât un assez vaste génie pour faire marcher de front ces différentes parties de la science philosophique : on sait avec quelle supériorité cette tâche fut remplie par Platon et par Âristote.
Quelques-uns des amis de Socrate, sans prétendre ajouter aux lumières qu'ils avaient puisées dans son commerce, se contentèrent d'abord de conserver le dépôt de ses maximes. De ce nombre furent : Xéno- PHON , le digne, apologiste de son maître ; Eschine , qui se donna si cordialement à Socrate , n'ayant , disait-il , rien autre chose à lui offrir , qui en fut si bien récompensé , et qui , dans ses dialogues , commenta fidèlement la morale de son instituteur ; Criton et Simon , qui composèrent un grand nombre de dialogues socratiques dont nous regrettons la perte ; Glaucon, Simmias, Gébès enfin ^ qu'on regarde comme l'auteur du dialogue connu sous le titre du Tableau de Cébès, et qui
1(jf PHILOdOfMTfE AHCfENNE.
est 6tf 6(fet une peinture movale de la ^ie lûiinaiM.
SYSTÈMES PARTIELS donTis DE l'école de soceatb.
Nous (routons dans les premiers cfisciples de Socrate qiA fondèrent une école philosophique , Antisthène et ÂHistims, ce que nous devions attendre d'un enseigneÉitent dont lef eafdctère essentiel était de conduire tes hotnmes & consulter et k exercer leurs propre» forces. Chacun d'eux suivit ki direction qui était con« forme à ses dispositions personnelles; chacun d'eux attssi y comme il arrive toujours aux systèmes naissants^ donna une rigueur absolue et une valeur exclusive ad principe quMl avait emprunté aux leçons de son maître. Antisthène, né pauvre et dans une condition ob« scure, austère dans ses nMrars, dominé méme^ par une disposition chagrine, s'indignant contre la corruption de son siècle , voit dans le luxe, la mollesse et la volupté, la source des désordres de la sooiéié t H conçoit de la vertu les notions les plus rigides i il la fliit consister dans un triomphe persévérant et coura*^ geux sur touK les plaisirs des sens; il s'impose et il impose à Ses disciples les privations les plus pénibles ) il estime la perfection es raison des sacrifices. Aristippe, né dans la florissante Gyrène, au sein de ro{)uIence, d'un caractère généreux, aimable et facile , vivant dans le commerce du monde, dans les habitudes de V&é^ gance et du plaisir , conçoit de la vertu les notions les plus douces ; il la fait consister dans le bonlieuri 11
B'â gtrde de pttrUger el d'approuver les jonisaftiiees qui d^adent l'hooime, les excès qui Tabrulissent ; nais il ne loi impose point d'ioimolation inutile. Tous deu eonaklèrent le souverain bien comme le but au* quel tend la destinée de l'bomme, vers lequel doit se dir%er la sagesse^ et ils adoptent en commun cette dmîme principale de Socrate : mais Tun ne considérant eoouiie bien que ce qui est juste, comme juste que ce qui est conforme à la loi divine, et regardant comme quelque chose de divin, d'être exeppt de. tout besoin , fonde cette école des philosophes cyniques, appelés spirituellement par M. de Gérando les anachorètes de la morale socratique; et l'autre, voyant le souverain bien dans la satisfaction intérieure, fonde cette école ç^fimaqm qui , tirant de ce principe sa conséquence nécessaire , finit par composer une secte de philosophes amis du plaisir , qui ne se firent plus remarquer qm f9f la corruption de leurs mœurs.