‹ Histoire de la philosophie ancienne et moderneChapitre 26 sur 72 · STOÏCIENS · texte numérisé non relu

STOÏCIENS

Nous avons déjà vu que le célèbre vainqueur d*Annibal, et son ami L^clius , avaient été initiés aux doctrines du Portique par le philosophe Panétius. Cette école compte encore au nombre de ses partisans Caton d'Utique, dont le caractère mâle et vertueux, la sagesse et la prudence, furent l'objet d'une si vive admiration pour ses contemporains, et dont Yirgileafait d'un seul mot l'éloge, en disant que, dans TÉlysée, c'est lui qui préside l'assemblée des justes (1).

Ce furent les leçons de Caton qui formèrent M. Brutus, cet ardent défenseur de la liberté romaine, à la fois homme d'état, guerrier et philosophe. Il avait composé un éloge d^ son illustre beau-père^ et quelques ouvrages qui ne nous sont point parvenus.

Le poète Lucain est aussi rangé par les historiens

(1) Semtosfue piosi his daitem jun C^ianem.

ipBMÛ ks'paftinu de la {dnlMOirtiie «toiafenne ^ jl eiL^aagéra ks mauineB^ et ne monm 'dans aon taolère, eanMie daas sea ^fera, qa'ime fiiinae gnm^ 'éesr, et «ëe abseoee presque eooiplèle ife Bâtard 4t •4e mérité.

<kR Mmarqœ la même eaa§6fatkm de k morale du l^rtique dana Sénèqoe, dont les défauts, comme écrifahi , ont pareiHemeat une grande analogie a^ec las laMs de son cafractère. Il a^t approfondi le cœor im^ «Mb joaqoe dans aea derniers replis. II l'ainût élaéié ^11 Min d'une cour brillante et oorrmnpue , comaiedana les classes iiffétieures de la société : car, éprouvé par toutes les \icissitudes de la \ie humaine, il avait passé tour à tour d'une condition fortunée à l'exil et de l'exil au laite des grandeurs , pour retomber dans la disgrâce.

Ses ouvrages contiennent un très-grand nombre d'observations morales, tracées d'un pinceau aussi ferme qu'ingénieux. Nul écrivain n'a été plus cité : son style coupé et sententieux se prête merveilleusement aux emprunts. Comme il parait plus beau quand on le cite que quand on le lit, on a dît de hii qu'il fait plos d*bonneur aux ouvrages d'autrui qu^aux siens propres.

Quelque exagération qu'il y ait dans la morale de Sénèque,les stoïciens lui reprochaient d'abandonner souvent leurs maximes. Le grand ressort qu'il emploie pour porter l'homme au bien , est le mobOe qui le fit agir lui-même dans toutes les circonstances de la vie : Torgueîl humain. On lui a reproché avec raison de Csûre de son sage un être au-dessus de la divinité elle-même, par la raison que Dieu tire at perlieotmi <le sa nature,

et q^e le «âge, sdon loi, ne doit la riense qn*k ara choix libre et volontaire*

Un grand nombre de ses productions ne sont point parvenues jusqu'à nous. 11 exposa les principes du stoïcisme dans un livre qui a pour titre : De Ut êérinité de Fume. Son traité des bienfaits, adressé à ifibulus Liberalis, en 7 livres, suffirait à la gloire littéraire de son auteur, qui le composa dans les dernières années de sa vie. Montaigne préférait à tous les écrits de ce philosophe ses Lettres à Lucius Junior, qui sont an nombre de i24 , et dans lesquelles il disserte sur toot^ les parties de la morale, avec un appareil qui ne convient guère au style épistolaire. S'il était Tanteur des tragédies qui ont paru sous son nom , comme le prétendent quelques critiques , nul écrivain n'aurait égalé sa fécondité.

Thraséas Pétus , que le sévère Tacite a proclamé la vertu même, ne tomba point dans les excès que Qous venons de reprocher à Sénèque. Sectateur dn Portique, il n'exagéra point l'austérité de sa secte. Il vécut sous les règnes de Tibère, de Galigula , de Claude et de Néron. Indépendant au milieu de ravilissement général , son opposition à la tyrannie fut calme et me- «orée. 11 voulait le bien , et ne cherchait point l'édat ; non qu'il dédaignât la gloire , mais il aimait encore plus la vertu. Docile à la voix de sa conscience , il n'en respectait pas moins les convenances sociales : sa conduite, toujours égale, fut aussi sans reproches.

Un des plus illustres soutiens de la doctrine stoïcienne fut, à peu près à la même époque, cet esclave d'Épaphrodite, ce vertueux Épigtète, doatleJIfaiiiie/

i44 puu.osorai£ anciknme.

nous olTre, sous la forme ta pli» coDcîse, le taUeati de la philosophie morale du portique , dépouillée des exagérations que l'on reproche avec raison aux ét^'ivains de cette école. On sait que son maître , homme grossîet, stupide et de mauvaises mœurs, s'amusait à tordre la jambe de son esclave. Vous me la casserez, dit Épictétej et l'événement justifia sa prédiction. Je vous l'avais bien dit, ajouta tj^nquillement le philosophe (1). Quoique stoïcien, Épictèie n'eut ni la jactance, nil'aspérité de la plupart des gens de sa secte : la vertu qu'il prisait le plus était la modestie. Ennemi d'Ëpicure et de sa doctrine^ il admirait Socrate , et nous a laissé du vrai Cj'nique un magnifique tableau. Malgré son indigence, il jouit toute sa vie, et plus encore après sa mort, de la considération publique.

Le premier des historiens romains, le grand écrivain • qui punit les tyrans alorsqu'il les peint, «pforessait aussi les maximes de cette noble et forte doctrine, la seule qui pût inspirer à des hommes que le christianisme n'éclairait pas encore, assez de courage et d'énergie pour lutter contre la corruption et l'avilissement de leurs contemporains.

Hais ce fut en la personne du vertueux empn^ur Marc Aurèle que la philosophie du Portique jeta le pim vif éclat. 11 avait été le disciple du stoïcien Sextus de Chéronée, petit-fils de Plutarque; mais il sut donner au système philosophique qu'il embrassa un caractère particulier de douceur et de bienveillance, en y faisant

(1) Cn adversaire du cfaristianisnie , Cclse , ta ciUnt ce tnit et l'oppount anxdir<Ueiis,)eurdlMUd'iiD airinsulUnlra To Ire CArûi a'4~il faitrieB ie pins grand ï— Oui, il s'csl lu , » lui rtlpondit OrieêiK.

tMtSlÈME ÉPOQUE. 145

éMaioer Tainour pour VhumaDité, associé à la religion. .£'est.à la divinité qu'il rapix)rte la destinée de ThomToe, les motifs de la vertu ; c'est à la divinité qu'il rend grâce xl'a'^w pu la pratiquer fidèlement. 11 ne se ren-* ferma point d'ailleurs dans la philosophie du Portique. Pii cfoit souvent reconnaître en lui le disciple de Platon, comineiorsqu'il rapporte à l'unité et les lois del'uni vers et celles de la morale, lorsqu'il subordonne à une seule harmonie le système des êtres. «La cause universelle, dit-il, est un torrent qui entraîne tout ; tout ce qui se Ibit n'est qu'un changement de forme; tout ce qui existe. est oomme la semence de ce qui arrivera, afin que le monde soit toujours jeune. » Marc Aurèle ne professait point seulement ces maximes pour le public; U ne les destinait point u la postérité; il les avait méditées pour son propre usage. Elles renfermaient le dépôt 4e ses sentiments les plus intimes : le secret lui en fut dérobé après sa mort.

La principale cause du succès qu'obtint à Rome la philosophie du Portique, et de la préférence qui lui Cm t {généralement donnée par les hommes publics, fut le zèle avec lequel ses. sectateurs s'appliquèrent aux affaires et principalement à la jurisprudence. « On trouve encore, dit Gravina, dans notre Droit, une foule d'expressions, de règles, de principes, tirés des stpiotans (i). » Déjà, au tcTnps de Gicéron, les prenners ctéqteurs de la jurisprudence romaine, les Scé*

vola /les fiqlbus, les Sulpicius étaient imbus de la doptrîfie stoïcienne. De cette école sortit la secte des Proç^lfkflff .MMV ^t rendu déjà un grand aervicc à la

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9cience par cela seul qu'elle y introduisait le nemeot et la discussion. «La loi, suivant eux, était là recommandation naturelle deThumanité, l'exprassion de la consanguinité qui unit tous les hommes» et de la ^bienveillance mutuelle qui doit les porter à se secourir entre eux. ». Montesquieu , si bon juge en cette matièro» professait la plus haute estime pour cette école.

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