LEIBNITZ
Godefroi-GiiiIlaumeLEiBNiTz naquit^ le 21 juin 1646, & Leipsick, où son père était professeur de morale. Il étudia la philosophie sous Jacques Thomasius (oé en 4622, mort en 1684)^ s'adonna eninème temps aux mathématiques et à la science du droit^ lut les classiques dans leur langue originale , srfrtout Platon et Aristote, dont il se proposa de bonne heure de rapprocher les doctrines. Le développement de son esprit en mille sens divers fut secondé par une lecture et une correspondance immenses , par les succès qu'il obtint de bonne heure , par ses voyages , particulièrement à Paris et à Londres, enfin par ses liaisons avec les savants, les hommes d'état et les princes les plus illustres de son temps. Les œuvres philosophiques de Leibnitz (les seules sur lesquelles doit plus particulièrement se porter notre attention ) forment , dit M. Maine de Biran (i) , un corps de doctrine^ dont les parties , quels qu'en soient le nombre et la diversité , n'en sont pas n^oias Uées entre elles et aux mêmes principes, n'en participent pas moins au mémo esprit de vie. Cet esprit, répandu dans chacune de ses nombreuses productions , anime en effet également les œuvres du jurisconsulte, de V historien, du théologien, du physicien , du maihénuzticien surtout , où il brille d'un éclat particulier. Mais ce n'est aucune de ces œuvres partielles qui pc^t nous en manifester le principe, la source ^ ou le propre foyer. La
(1) Biographie universelle, t. 23, p. 614, arl. Leibnitz, composilion vraiment remarquable , dont nous reproduisons ici toute la partie qui peot entrer dans les proportions de notre plan.
philosophie première ; la science des principes , comme rappelle Leibnitz lui-même^ cette philosophie vraiment première dans Tordre de ses méditations , fut le commencement , la fin et le but de toute sa vie inteliec-
tuelle.
A l'âge de seize ans, Leibnitz a%it été conduit par ses méditations jusqu'à l'idée sublime d'un alphabet des pensées humaines , qui devait comprendre les éléments ou les caractères des plus simples de, toutes nos idées et servir à en exprimer les diverses combinaisons, de manière qu'en allant du simple au composé, ou revenant du composé au simple, il fût facile et possible de trouver comme de démontrer toutes sortes de vérités. Ces premières méditations sur la langue universelle amenèrent, quatre ans après, h Dissertation sur V art comminatoire , qui n'était qu'une application particulière ûe là caractéristique ^\ïx idées de quantité ou de nombre, d'étendue et de situation , et aussi à diverses classifications ou combinaisons d^idées de cet ordre.
Enfia il commença l'exécution de la réforme qu'il désirait introduire dans la philosophie. <( Impatient, dit Brucker, de voir la métaphysique dégénérer en naines subtilités, il conçut son plan général de réforme^ à commencer par la notion de substance , qu'il regardait comme le. principe et la base de toute science réelle, (le nouveau système élevé sur ce fondement eut bientôt un grand nombre de prosélytes, malgré la vive opposition des cartésiens , qui repoussaient , comme contraire à toute la doctrine de leur maitre, la notion de force ou d'effort , seule caractéristique de la substance dans le point de vue de Leibnitz ; mais
8M PHUiOSOMl£ HOMME.
d^i oelui«ci avait développé cette Botk»i fondanieiilate i de manière à y n^lacher , le plu» simplement poteible , totttea les lois de T univers, le monde des eq>riiS| comme oelui des oorpê. »
Telle est en eiFet la fécondité de l'idée de substaoee i entendue comme il feut, dit Leitmita lui-même, que c'est d'elle seule que dérivent toutes les vérités pre* raières, touchant Dieu, les esprits et la nature des corps) vérités dont quelques-unes ont été aperçues par les cartésiens sans avoir été démontrées > et dont plu-* sieurs autres encore inconnues ont un hautdegré d'importance et d'application à toutes les sciences dérivées* « Or, pour éclaircir l'idée de substance, il faut remontera cdle àe force ou d'éner^ffe, dont l'explication est l'objet d'une science appelée d^nemique^ La forée active ou agissante n'est pas la puissance nM de Técote ; il né faut pas l'entendre en effet , ainsi que les scolastiques l'ont fait, comme uue simple faculté ou possibilité d'agir , qui^ pour être ^ectuée ou réduite à Y acte f aurait besoin d'une excitation venue du dehors^ et coinme d'un siimulus étranger. La véritable foroe active renferme l'actioo en elle-même) elle est£nTÉL6- GHiE, pouvoir moyen entre la simple faculté d'agir el l'acte déterminé ou effectué. Cette énergie contient ou enveloppe Veffkfri ( cùnaium involvH ) , et se porte d'ellemême à agir, sans aucune provocation extérieure. L'énergie, la force vive, se manifeste par l'exeoiple du poids suspendu > qui tire ou tend la corde; mais, quoiqu'on puisse expliquer . mécaniquement la gravité ou la force du ressort, cependant la dernUre raiêon du mouvement de la nature n'est autre que oMe fores in-
primée dans la cr^tion à loas les étrei ^ etWmstée drat chacun par Topposition ou la direction contraire de tous les autres. Je dis que cette force agissante {virluiem agendi) est inhérente à toute substance, qui ne pent être ainsi un seul instant êans agir y et cela est vrai dee substances dites corporelles^ comme des substances spirituelles* Là est Terreur capitale de ceux qui ont placé toute l'essence de la matière dans l'étendue > oo même dans rimpénétrabilité (les cartésiens ), s'ima«» ginant que les corps pouvaient être dans un repos absolu. Nous montrerons qu'aucune substance ne peut recevoir d'une autre substance la force même d'agir^ et que son effort seul, ou la force préexistante eneile^ ne peut trouver au dehors que des limites qui l'orr^lem^ et la déterminent. »
Toute la doctrine métaphysique et dynamique de Leibnitz est contenue dans ce passage^ Les cartésiens disaient : toute substance est complètement et esseiH tiellement passive ; nulle action n'appartient aux créa-» tures. *Ge principe, poussé dans ses conséquences^ amenait naturellement le spinastsmcj comme nous l'a- "VOUS vu ; Leibnitz établit la thèse opposée : toute siib* stance est complètement et essentiellement active ; tout être ^mpte a en hii-même le principe de tous ses cha&* geroents. Toute substance est force en soi , et fente force est un être simple ou substance. Pour faûre un monde semblable au nôtre, Descartes demandait la matière et le mouvement. Pour créw deux mondes k •la fois, le mcmde des esprits et celui des eerps*, Leibnitz ne demande que des foree^ actives y ou des éires simples qui aient en eux le prineipe de tovstews
368 PHUosoniiË modune.
cbaDgements ; ces ôtres simples sont connus soim le nom si célèbre de monades.
Chacune de ces monades a la faculté de représenter l'univers à sa manière. Dieu , la Monas mtmadum , qui connaît les rapports d'un seul être avec toute la création, voit à la fois l'univers dans le dernier atome de la nature. Or , de ce que tef être a des rapports nécessaires avec tout l'univers, on peut bien conclure , dans un certain sens, que cet être repré$enie{ vtriaelkment ) l'univers , aux yeux de celui qui sait et voit tout ; c'est ainsi que nous disons d'un signe, d'un objet mort lui-même, qu'il représente pour l'intelligence vivante toutes les idées et les rapports divers que cette intelligence a pu associer : mais sur quoi fonder l'hypothèse d'une sorte de représentation réciproque entre ï objet perçu et le sujets entre leisigne pensé ou conçu, et l'esprit qui pense ou conçoit , en donnant au signe sa capacité repi^sentative ? C'est là vraiment le côté obscur de la monadologie , et Leibnitz n'apas cherché à l'éclaircir. •
Nous ignorons ce que nous sommes comme substances passives; notre âme, quoi qu'en ait dit Descartes , considérée sous ce point de vue, nous est aussi complètement inconnue que toute autre substance do l'univers; mais chaque p^sonne individuelle sait du moins, certissimû sdentiâ et clamante consàentiâ, ce qu'elle est comme force qui agit et opère par le vouloir ; elle s'assure, par la raison , qu'elle n'est autre pour elle-même que telle force ou énergie; que c'est là le. fond deson être, comme c'est celui de sa viede conscience ou de son mot; que c'est là la seule chose qui demeure
ideilMque, quand tout le reste passe ^ ou est dans un flux perpétuel , au dedans comme au dehors ; que c^est en vertu de cette énergie, de ce pouvoir d'agir, que l'homme, for.ce intelligente et libre, prédétermine ses proprés sectes, conçoit l'idée du devoir, et réalise cette idée sublime quand même toute la nature s'y op* poserait; enfin, que ce que le sujet pensant est ainsi pour lui-même, au regard de sa conscience, il l'est absolument ou en soi aux yeux de Dieu, qui ne peut le >oir autre qu'il n'est, ni le juger passif lorsqu'il est ou se reconnaît actif et libre.
Le point fixe ainsi donné, la pensée peut prendre son essor, et, sur les ailes du génie de Leibnitz^ \oler rapidement d'un pôle à l'autre, ou remonter avec la lenteur de la réflexion suivant tes anneaux de cette immense chaîne des êtres, dont le système des monades offre une si grande et si magnifique représentation. Peu importe maintenant de commencer par l'une ou l'autre extrémité de la chaîne, de prendre la force dans le sujet ou dans Vobjet , dans le monde des représentations ou dans celui des êtres. La force est la même partout et ne peut différer que par les degrés^ C'est là, et c'est là seulement^ que peut s'appliquer une affirmation absolue , qu'on est surpris de trouver dans le livre de Locke , lorsque , parlant de la substance d'après Descartes , il abonde sans le vouloir dans le sens de Spinosa , en affirmant que la substance doit être la même partout, d'où l'on peut induire qu'il n'y en a qu'une sous diverses modifications.
Ici se présente la réponse directe à une question que Descartes se propose à luivmème dans sa seconde mé*
870 raiLOSOHIE «ODEWIE.
ditatioQ. Otex les qualités sensibles sous lesqndifk se présente l'objet étendu^ moluley figuré , coloré, etc. ( comme le morceau de cire qu'il donne pour^eatemple ) f que restera-t-il ? La réponse ontologique k cette question se fonde sur une analyse abstraite qui oobduit à la notion d'une simple possilnlité ou capacité de modification y faculté nue, ou qmddUé de Fancvone école. Le principe de LeibnitE fournit seul une réponse directe et vraie, soit qu'on l'applique i l'oé^ei dans ie sens de Descartes, soit qu'on la rapporte au n^'er de h pensée, séparé ou se séparant lui-même, par l'acte de la réflexion, de toute modification accidenteUe, de tout ce qui n'est pas mm. Dans ce rapport au suj^ , la tendance, même virtuelle, ou la force non exercée, non déterminée ( énergie, powair moyen eatte la simple faeuUéei fiicte), est ce qui conslitdé le propre fond de
notre être; ce qui reste, quand tout change ou passe, sont les limites de l'analyse réflexi^e; un pas de plus, c'est l'absolu, l'être universel ( Dieu ou l'un de ses attributs ). Quant à Vobjetf l'analyse du composé donne un résultat tout pareil. Otez les qualités sons lesquelles le même tout concret se représente successivement ou & ta fois à divers sens externes, reste encore la force mm moi , en vertu de laquelle l'objet résiste à l'effort voulu, le limite, le détermine, et réagit contre notre force propre, autant que celle-ci agit pour la surmonter. En réduisant par analyse la résistance ((miitypia nuOertœ) à ce qu'elle est, on arrive nécessairem^it à une notion simple, distincte et adéquate de force absolue ou d'énergie, qui n'a plus rien de sensible ou de déterminé : e'est l'être simple, 4a nwnaée de Ldbnits conçue à la
MUIiÈIIE ÉPOQUE. Brlf.
fnaQÎèra àtml peut l'être notre âme elle-ai^iiiB , qn^Qc} on la dépouille de l'apercaption et de ia G0P8i0}e)|^;
Ainsi dispavalt cette grande ligne 4e d^^fc^tion établie par Descartes entre les subatan/se^ naat^érj^^l^a 4 immaténeiles y séparation plmtôt Ingi^ii^ que réelh^ ai que la )^gique «Ame, pionssée pliis loin , i&fm^ GffWr plétement e&cer , comipe Iq spino^i^flQe V^ tf OP 1^9 &U voir. Ia métaphysique réformée , 4i^ M- M^m d/s Biran , n'admettra plus «enlement dei)x grai^d^ çl^ss/ss d'êtres , entièrement sépa^éies Fiipe de l'^jjt^e, et ^ilduant tout intermédiaire ; nm $evle /el même phatp/; eBèt}Fm$B et lie tous les êtres de J^a cré^lon. M^ forcée ^ la vie, la pei*eeptjon, sont partout répartji/QS iSi^tre tpos l£s degrés. La Loi de jçontinMité ne ^uifr^ pojij^ ^If^^ ierruption^ m de saut, dans le passage d'nv 4fiff^ ^ f autre , et remplit sans \wm» , sjans possibilité de Y^le, rinter«aUe immense qui sépare la deriM^e niogi/f4e ,4^ la for^e înteUigeMte suprênp^ fïo» U^ ép^B^e.
Leibm'tz distipgMe une monade prioû^iye, lAlÇi^ie^ 0t dâs monades s^cowj^iries ou produites , pérJLsSï^bl/es et bordées ; sayojir : les »io^»ades sans afuerciep^o^ , ce sont las jcorps inertes ; f^vec aperception , x^esil-^'^ij^e les âmes ; les mçA^des avQc conscience obscure de leurs apereeptions , ce sont les 4wes des bêtes ; eaû^ jtes monades avec conscienee claire^ qe SCM^ les âo^ /raisonnables'^ ou les esprits. T,oute substai^ce sîiviple ou monade , lormant le contre d'jUi^e substance çon^osée^ d'an animal par e^^emple^ est environnée d*un assem* blage innombrable d'autres monades^ lesquelles constituent le corps appartenant à cette monade centrale.
il n'y a point d'^tion immédiate (t^yliu^^^^im^
(entre des substances simples; il n'existe qu'une connexion idéale, c'est-à-dire une disposition de modifications internes de chaque monade , qui les fait concorder avec celles des monades auxquelles elle se trou ve associée. C'est à cette harmonie que tient leur apparente communication , et elle a sa raison dans la sagesse et ia puissance infinies de Dieu, qui, dés l'origine des choses^ a voulu qu'il existât entre elles une telle correspondance; Telle est la doctrine de Vharmmie préétablie. Dans ce système, comme on le voit, l'âme humaine tirerait lout d'elle-même et ne recevrait en rien l'influence de celte autre agrégation de monades qu'on appelle le corps ^ et le corps ne subirait non plus en aucune manière l'influence de l'âme. 11 n'y aurait point entre le corps et l'âme réciprocité d'action , il y aurait simple correspondance ; ce seraient comme deux horloges montées à la même heure , qui correspondent exactement, mais dontles mouvements internes sontparfaitement distincts. Mais d'abord cette harmonie préétablie exclut la liberté humaine ; et ensuite , nier l'action du corps sur l'âme et celte de l'âme sur le corps , c'est sinon explicitement nier les objets extérieurs , du moins condamner l'âme à ne pas sortir d'elle-même et la réduireàlapure conscience, ce qui serait l'idéalisme pur, dont Leibnitz avait voulu pourtant se garantir.
Dieu est la raison suffisante, suprême, de l'univers^ le premier et le dernier terme de toutes les séries dans l'ordre des causes efficientes , comme dans celui des causes finales qui viennent toutes se résoudre en lui. £n tant que raison suprême , Dieu seul explique tout; c'est dans son point de vue seul que tout est entendu
et conçu parfiiilement, à titre de Térité, de réalité absolue. Seul il embrasse. T universalité des rapports des êtres moyens & leur fin qui e^ en lui , ou qui est lui-même ; dans son entendement divin est le vrai. Tu* nique siège de toutes ces idées ou vérités étemelles, prototype du vrai, du beau, du bon absolu, de tout ce qu'il y a de meilleur ; ce sont ces idées-^nodèles que Dieu contemple de toute éternité ; ce sont elles qu'il a consultées et réalisées en formant un monde qui est comme une émanation de son entendement, et par là même une véritable création de sa volonté toute-puissante.
Partant de l'existence d'un être infiniment parfait ^ Leibnitz déduit comme conséquence nécessaire du principe de la raison suflBsante et de la présence simultanée dans Tentendement divin de tous les plans possibles d'un monde idéal, < celui du meilleur, du plus conforme à la sagesse suprême ^ où doit régner la plus grande variété avec le plus grand ordre ^ où la matière, le lieu, le temps, sont le plus ménagés; celui enfin où doit s'établir une cité digne de Dieu qui en est l'auteur, et de tous les esprits, soit des hommes, soit des génies qui en sont les membres , en tant qu'ils entrent , par la i^ison ou la connaissance des vérités éternelles, dans une espèce de société avec leur chef suprême. Telle est cette constitution du plus parfait état , gouverné par le plus grand et le meilleur des monarques, où il n'y a point de crimes sans châtiments, point de bonnes actions sans récompenses proportionnées; où se trouve enfin autant de vertus et de bonheur qu'il est possible* » Telle est la base de la
374 PHiLosopÉiE aoraiims.
théodicée de Leibnilz ; tel esl cet opîHfAame éml on peut attaquer le principe , dont mi peut oondamiier quelques consêquéBees, mais qui n'^i est pM moins le résultat des combinaisons les plM soblimes» en qui ne saurait étte que l'erreur d'un grand génie et d'u homme de bien.
liais ce h*e8t point eomttie fluteuf^ de.rhypolliéw de la thùhadohgie et de celle de Vharmmdê preéiaMkf que Lèibnitz a rendu de grands serWoes à Tesprli hoffialu t n a combattu avec un égal avantage la tefidaoœ ëxdUsitè de Técolè si^sualiste et de Técole IdéaKate ; et , se plaçant dans un point de vue supérieur , il a aa^ tout en reconnaissant ce qu'il y ttddvrai a#dè légitime dans les prétentions de chacune d*elUs ^ fliird toit* et condamner ce qu'elles ont de fam et dHbootnpleti
Il b écrit contre Locke un ouvrage sur le même plan et iouÉ le mélne titre que oëlu) de sën adversaire^ diTiaé éu autant de livres et en autant de chapitres p daoa lequel il le suit pied à pied^ de principe en principe et de Conséquences en conséqueueesi U se garde bian de nier Tihiervention de la sensibilité; il ne détruit pfis Takiome : // n'y a rieH dmé l'inMigêHte ijrttt n'y Scit venu detf sens; tuais il folt ceue réserve : Oui , maie excepté l'intelligence. Là réserve est immense : en effet ^ si rintelligence ne vient pas des sens , elle est ddtic une faculté originale; cette Taculté originale a dobc un déi^ loppetneutqui lui est propre et engendre des notions qui Itil appartiennent, et qui, ajoutées à celles qui naissent de Texe^dice simultané de la sensibilité^ complètent et constituent le doroàineentier de Ittcdiinaissattce humaine. La théoriee^clusivederempifismeéehouéoontrerotigectton
DBIWÈIIE tFOQOE. 37S
suivante : I^ Mns attestent ce qai est , ils ne disait point ce qui doit être ; ils ne donnent pas la raison des phénomènes; ils peuvent bien nous apprendre que ceci ott cela est ainsi » de telle manière ou de telle autre ; ils M peuv^t enseigner c(9 qui est nécessairement. H faut prouver que nulle idée nécessaire n'est dans Tintelligence, ou il faut rendre compte de cet ordre d'idées par Iq^ sensation. Or, on ne peut nier cet ordre d'idées ni CQ rendre compte par la sensation ; donc les sens et Vempirisme^ qui expliquent un certain nombre de notioift f ne les expliquent pas toutes» n'expliquent pas celles qui expliquent et dominent toutes les autres.
«Voilà pour l'école de Locke. Leibnîtz n'a pas attaqué avec moins de force l'école cartésienne ; il est le premier qui ait saisi le cût^ faible, le véritable vice du cartésianisme, savoir : la prédominance de l'idée de. substance sur l'idée de ^use. Nous avons montré, par l'exemple de Spinosa et de Malebranche, le danger qu'il y avait à négliger Tun des termes. Leibnitz a établi fortement que l'un implique l'autre, et que toute sab^t^nce est essentiellement cause. En effet, ou la substance est comme si elle n'était^ pas , ou elle se manifeste, et se développe en modalités et en attributs : or , elle, ne le peut, si elle n'a pas en elle la vertu de se mani-fester et de se développer , c'est-à-dire si, outre qu'elle est une substance, elle n'est pas aussi une cause, une cause de développement et de manifestation. Une substance qui ne serait point une cause serait une sjibstance qui ne se développerait , qui ne se manifesterait pas, qui, par conséquent, n'admettrait aucun attribut distinct d'elle, et ne serait qu'une substance
376 PHILOftOPHIE MODEUNC.
abstraite, une entité scolasliqiie. Ainaî, ^lon Leibnitz, toute substance réeUe et non verbale est essentiellement douée d'énergie ; elle est une force : de ta le Dieu essentiellement créateur de Leibnitz ; de là une création nécessaire et non accidentelle > qui^st le développement même et la manifestation de Dieu, et qui par conséquent est parfaitement ordonnée ;' de là un monde composé d'êtres qui sont des forces ; de là enfin une âme humaine comme celle que nous avons et à laquelle nous croyons tous, une âme qui n*est pas seulement soumise à l'action du monde et de Dieu, mais qui a aussi en elle une puissance d'action qui lui appartient et ne relève que d'elle-même.
Les idées de Leibnitz, à l'exception de la doctrine des monades et de l'hypothèse de l'harmonie préétablie, forent enseignées et propagées en Allemagne par Christian Wolf, qui s'était préparé par l'étude des mathématiques , de la philosophie cartésienne et des ouvrages d'un contemporain de Leibnite, Walter de TscHiRNHAusEN , à devenir l'un des philosophes les plus profonds de l'école dogmatique. Son mérite j^incipal consiste dans l'unité, la solidité et l'enchaînement systématique qu'il sut donner à tout l'ensemble de la doctrine leibnitzienne , à l'aide de la méthode appelée mathématique ; mais son défaut fut d'outre cette méthode, et de la faire tomber dans tous les abus d'un formalisme pénible. On peut dire qu'il contribua par la lenteur et l'étalage futile des notions logiques à inspirer le dégoût des études spéculatives , et particulièrement des recherches métaphysiques. La morale qu'il enseigna était noble et sévère ; elle était fondée sur
cette règle supMme : Fais que ta personne et Ion état deviennent de plus en plus parfaits (perfice te ipsmi ), et , pour y parvenir, travaille aussi à rendre plus parfait Tétat d'autrui.
SCEPTICISME
Nous avons toujours vu le scepticisme sortir de la lutte des deux systèmes dogmatiques, comme pour avertir la raison , trop empressée ^ s'élancer dans le champ des conjectures et le vague des systèmes^ de s'arrêter, de modérer sa marche, et de procéder avec plus de prufence dans ses investigations. Un assez grand nombre de bons esprits s'efforcèrent encore au xvir siècle de lui rendre cet important service. A leur tôte est Pierre Bayle , né en 1647 à Cariât , dans le comté de Foix« 11 fixa son séjour en Hollande ; et ^ profitant dans toute son étendue de la tolérance religieuse dont on jouissait à cette époque dans ce pays, il répandit de là dans toute l'Europe une masse d'informations exactes et curieuses , relevées par une critique des plus fines et des plus animées , .telle qu'aucun individu à lui seul n'en avait donné l'exemple : heureux s'il eût su retenir dans les limites convenables sa passion pour les discussions sceptiques, et respecter la délicatesse des hommes sages et honnêtes sur les questions qui sont du ressort de la religion et de la morale !
Lorsque 3ayle fit sa première apparition en quah'té d'auteur, les suffrages des savants se partageaient entre Aristote et Descartes; un grand nombre inclinait à
9J9 raiLOfonnas kodeuik.
sOtttenir \m doctrines métaphysiques de Spinon et de Hobbes; enfin les discussions élevées mtre l'^IiM cMb<dique et les églises protestantes étaient dans toute
leur force.
Au milieu de ces controverses, Bayle, s'isolant autant que possible de tous les partis , se livra à son humeur sceptique et ironique aux dépens de tous les combattants , à quelque rang qu'ils appartinssent. On ne peut raccuser d'avoir montré de la partiidité pour aucune secte philosophique. U combat Spinosa et Hobbes avec la même vigueur , la même habileté et la même apparence de bonne foi qu'il combat les doctrines d'Anaxagore et de Platon : il traite môme les anciena sceptiques, dont la méthode philosophique aurait ^pii loi inspirer qudque intérêt , avec aussi peu de cérémonie que les dogmatistes les plus extravagants. On Ta souvent accusé de pencher vers le plus absurde de tous les systèmes I vers le manichéisme; nfais,.quoi^'ii n'y ait en effet aucun système en Jbveur duquel il Bit si souvent et si habilement déployé ses talents , un examen attentif de ses ouvrages prouve d'une manière évidente qu'il ne mérite nullement un pareil reproche.
Le DiDiiannaire phitoêophiqtue et crUique de Bajle contribua puissamment à la propagation des lumières : il s'y montre plutôt paradoxal que sceptique, de même qu'on trouve en lui plutôt un érudit qu'un penseur; il ne semble pas avoir été doué d'une grande lécondité d'invention; et un auteur anglais, M. Dugald Stewart, tout en rendant h^nmage à l'étendue de ses connaissances ^ ne le range que parmi ces auteurs si estimables et si utiles, mais quelquefois si mal récompensés ,
auxquels le docteur Jonhmn a donné le nom de pUm-^ Merê de la UUérature.
Oq trouve un scepticisme plus prononcé dans Son* BIÈRE i l'ami et le disoiple de Gassendi ^ qui traduisit et commenta les ouvrages de Sextus Empirions ^ et dans l'abbé FocGBBB^ que ses contemporains surnommèrent U restaurateur de la nouvelle académie , et qui a écrit un livfe contre le dogmatisme de Descartes et de Maie* bfanèbe. Mail le soeptique systématique du dix-septième siècle est l'Anglais Joseph Glanvill » remarquable surtout par Mn argumentation contre Vidée de cause : ses attaques ont vraisemblablement préparé celles que Hume dirigea plus tard contre cette notion avec plus de talent^ de sagaeité et d'étendue.
U nous reste à parler d'une classe de sceptiques
qu'il faut bien se garder de confondre avec ceux que
nous venons de mentionner» Nous avons déjà remarqué
que les attaques dirigées contre l'infaillibilité de la
raison humaine n'ont pas été toujours dictées par les
mêmes motifs , et inspirées par les mômes smtiments«
En essa;ant| par exemfdci de faire ressortir l'incertitude
des connaissances humaines, Pyrrhon et Sextus n'avaient
point eu l'intention de substituer d^autres dogmes aux
dogmes qu'ils combattaient ; mais il n^en avait pas été
tout-à-fait ainsi des intentions que les nouveaux acadé-
miciensy et plus tard quelques Pères de l'Eglise, avaient
cachées sous les fausses apparences d'un universel
scepticisme. Pour eux, évidemment, le scepticisme
n'avait été qu'un moyen adroit d'assurer le triomphe
' de leurs doctrines, et, s'ils avaient mis tant de soin
à débarrasser le sol des systèmes étrangers qui leur
380 raiLOSoraiE moderne.
disaient obstacle , c'est qu'ils se persuadaient qu'ils y élèveraient plus aisément TédiGce dogmatique qu'ils se proposaient de construire.
Au dix-septième siècle, la philosophie, devenue tout-à-fait indépendante de la théologie, ne. pouvail manquer d'exciter l'inquiétude de l'autorité ecclésiastique, et d'être de sa part l'objet d'une active suryeîllance. Les écrivains qui prirent la défense de l'ortho*
doxie ne se bornèrent pas à faire sentir la supériorité
des dogmes du christianisme sur les systèmes philosophiques, produits par la raison livrée à elle-même; ils attaquèrent ces systèmes , et s'efforcèrent de montrer à l'esprit humain combien il s'égare, toutes les fois qu'il ne s'appuie pas sur l'inébranlable base de la religion révélée. Ce scepticisme apparent, que nous avons vu de nos jours se renouveler d'une manière si brillante dans les premiers écrits de l'éloquent abbé La Mennais, se fait remarquer, à l'époque qui nous occupe, dans les ouvrages de Lamothe-le-Yayer , de Jérôme Hirnsaîh, du savant évèque d' Avranches , Huet, et de Pascal.
Lamothe-le-Yayer a écrit, à l'imitation des anciens, et sous le nom ûctif d'Horatius Tubéron, des dialogues où l'on trouve à chaque instant ce principe, que, puisque la raison humaifae ne peut arriver à la vérité, il faut qu'elle s'adresse à l'autorité religieuse.
Jérôme Hirnhaîm était un religieux piémontais, docteur en théologie à Prague. Le titre seul de son livre indique suffisamment la nature et le but de son scepticisme : il annonce qu'il fera connaître la fausseté, l'orgueil, la présomption, la Tanîté, la difficulté, le néant de la science fondée sur la raison, qu'il appelle
h peste f \e^ typhus de Fespècc humaine, en montrant les avantages de la vraie science qui a pour base la simplicité et la pureté du cœur.
Pierre Daniel Huet, né à Gaen en 1630, se livra avec ardeur à l'étude de la littérature classique, des mathématiques et de la philosophie. Étant encore fort jeune ^ il étudia les écrits de Descartes, dont le système philosophique excita d'abord son admiration et son enthousiasme : plus tard il en devint l'antagoniste déclaré. Nommé avec Bossuet instituteur du dauphin, il se fixa à Paris, et commença alors à publier ses savantes apologies du christianisme. Il est de toute évidence que les arguments par lesquels il attaqua les prétentions de tous les philosophes, à quelque secte qu'ils appartinssent , et qu'il emprunta à Pyrrhon et à Sextus Empiricus', dont il avait fait une étude particulière, n'étaient point le dernier mot de sa philosophie , et qu'il ne s'attachait à faire ressortir la faiblesse de tèsprit humain que dans l'intention de le ramener à la foi. C'est uniquement dans l'intérêt de la révélation qu'il se plaît à énumérer les erreurs qui sont l'inévitable résultat de la raison abandonnée à ses seules forces. Il a raison sans doute de rappeler l'esprit humain à la conscience de sa faiblesse ; et quoique le service qu'il lui rend par ses critiques ne soit pas tout-à'fait désintéressé, nous devons lui en tenir compte. Mais il ne fallait pas pousser à l'extrême cette défiance envers la raison^ qui, après tout, est le seul moyen que le Créateur nous ait donné d'arriver à la connaissance de la vérité, sans en excepter même celle de la vérité révélée. Après avoir tant déclamé contre la raison ,
contre la faiblesse de Tesprit humain, dans qeel e^[iDip Huet publiait-il sa DémansiraîUm évangéliqtief A. qui prétendait-^ii prouver la certitude des faits énoneés daii# TÉvangile? C'était sans doute à l'esprit bumaia ! mais, après avoir convaincu l'esprit humain de ne peuveir atteindre la vérité , n'était-ce pas une eontradieCieB singulière que de venir lui proposer use dénonetnCioa évangélique? De deux choses Tune i oa la raiaoa est capable de connaître la vérité , et alors s'écroule UhK l'échafaudage des arguments sceptiques dirigés par HueC contre sa faiblesse; ou elle est incapable de la saistr, et alors pourquoi essayer de lui démontrer quelque chose?
Le scepticisme de Biaise Pascal dil^e de celui d^ révèque d' Avranches , en ce que loin d'être uo époavantail évoqué à plaisir , une combinaison inventée de sang-froid pour faire peur à l'esprit humaia de luimême et le ramener à la foi , il est chez lui prolbndé* ment sincère et sérieux. Doué d'un génie hardi et d'un caractère énergique, Pascal se laisserait volontiers lAer à la tendance sceptique d'un esprit qui, pénétrant ao fond des choses, et peu satisfait du résultat <ie ses recherches, se retourne mécontent, prend en {^Ôé la science qu'il trouve trop bornée, et ne ^oit de tons côtés que des motife de dojute et d'inc^rticude. Mais i ees dispositions naturelles se réunit, dans TasQai, nne foi profonde : il a besoin de croire , il cherche la véiité dans tous les systèmes philosophiques , et, désespéré de n'y pas trouver un dogmatisme qui satisfasse à ses habitudes géométriques, il ne se repose qu'an sein de cette religion qui promet avee autorité ce qu'il vent
DCQUÈMB iMQIIB4 988
espérer sans crainte. Néanmoins , jusqae dans lea bras de la fiN, le fantôme du scepticisme le poursuit encore et Teffi^aie : de là le caractère mélancolique de son style, de li le vif intérêt qui s'attache à la lecture d'an livre où est représentée d'une manière presque dramaiique la lutte que soutioanent Tune contre l'autre une raison nalurellemeat sceptique et une foi vive et sin^ cére.
Les PeméêM de Pascal tir la reUgUm sont nn recueil de fragments trouvé^, après la mort de l'^uleur, dans ses papiers , et destinés à faire partie d'un grand oor vrage où il se proposait de démontrer la fausseté de toutes les religions profanes, de prouver le besoin que l'homme éprouve d'un système religieux, d'indiquer les caractères auxquels on peut connaître une vraie rdiglon , et de faire voir que le christianisme est en accord parfait avec ces caractères. On voit que ee grand homme tombait encoive dans cette inconséquence que nous avons déjà reprochée à ses prédécesseurs , et qm consiste à soumettre au jugement de la raison humaine des preuves et des arguments logiques en feveur de la vérité, après avoir cherché à lui démontrer à eUer même qu'elle est , par sa nature , incapable d'en sairâr les earactères.
ll¥STICiSME«
Les mystiqioes sont {4us conséquents : persuadés que nous ne pouvons espérer d^arriver à la connaissancs de la vérité par les procédés réguliers de la actence , ce «'est pas du moins à ces procédés scientifiques qu'ils
384 PHitosoraiE moderne.
ont recours pour exposer leurs crojances ; ils ne nû« soDuent pas pour prouver que la raison humaine est essentiellement sujette à Terreur. Ce n'est ni par Tintermédiairedes sens, ni par l'intermédiaire de b raison, mais par l'intuition immédiate , qu'ils annoncent que nous pouvons directement atteindre le principe absolu de toute vérité, c'est-à-dire Dieu.
Les philosophes dogmatiques du dix-septième siècle avaient , comme on a pu le voir , usé largement de cette liberté de penser , dont les progrès des temps leur avaient pour jamais assuré la jouissance. Aussi, ce qui frappe d'abord l'historien qui veut étudier les systèmes développés pendant cette mémorable époque, c'est leur nombre et leur hardiesse. Mais cette liberté même, devenue la source de tant de découvertes utiles, avait dû nécessairement produire au^si les Inconvénients attachés à toute amélioration naissante ; et la critique pouvait relever, à côté des incontestables progrès qu'avait faits la raison humaine, de nouvelles et de déplorables aberrations. Le scepticisme avait donc dû se répandre en raison directe du dogmatisme ; et , par une conséquence naturelle, le mysticisme devait acquérir d'autant plus d'importance, qu'il venait à la suite d'un dogmatisme plus hardi et d'un scepticisme plus énergique. La liste des mystiques de cet âge est donc fort nombreuse ; mais, s'ils ont tous ce commun caractère de recourir aux moyens surnaturels pour arriver à la science , ils diffèrent entièrement quant à la tournure de leur esprit et au genre de leurs travaux. Il faut remarquer en effet que le mysticisme, dans son impatience de trouver immédiatement Dieu, le
D£UllÈMfi ÉPOQUE. 385
principe absolu des choses , peut le chercher ou dans Vâme, ou dans la nature : c'est dans le premier cas un mysticisme moral et métaphysique ; dans le second^ un mysticisme physique et naturaliste, si Ton peut s'exprimer de la sorte.
Ainsi nous trouvons d'abord, dans la patrie de Bôhme, le (ils de ce Yanhelmont dont nous avons déjà parlé, savoir, Mercurius Yanhelmont, mystique naturaliste, livré à l'étude des sciences occultes et à toutes les superstitions qu'elle produit. Il croyait ou feignait de croire à la métempsycose, à la panacée universelle , à la pierre pfailosophale ; et conime ses libéralités , ses profusions môme, semblaient peu compatibles avec la médiocrité de sa fortune, ses comtemporains suppo-» sèrent qu'il possédait le secret de faire de l'or. Doué d'un esprit singulier et très-vif, il avait appris dans sa jeunesse les procédés de tous les arts libéraux et de presque tous les métiers. 11 avait eu la fantaisie de se joindre à une caravane de Bohémiens , pour connaître leur langue et leurs ouvrages ; et il parcourut avec eux une partie de l'Europe. A son retour , il publia qu'il avait trouvé la langue que tout homme parlait naturelletnent, avant la corruption de Tètat social, et alla jusqu'à prétendre qu'un muet de naissance en articulerait les caractères à la première vue. Après une vie fort agitée, il mourut en 1699.
L'Allemagne produisit encore à cette époque, outre If ARGUS Marci de Kronland , mort en 1676 , et Jean Engel de Silésie , mort en 1677 , Jean Amos , né en 1592 à Gomma en Moravie et appelé pour cela Goménius, mort en Hollande en 1611 , et dont l'ouvrage
386 PBaosoMiE moeme.
est UB essai de réforme de la métaphysiqoe par le fliysUcisine ; il a pour liire : Syncfris pkgskes ad banen émnrnn refermatoBj 1633. Amoft suppose deux substances, la matière et Tesprit, el la lumière comme intermédiaire.
On pourrait compter au nombre des mystiques les philosophes anglais Téophiie Gale et Cudworth ; mais (Mi les considère plutôt comme des idéafistes sans grande méthode; quant 4 H. Morus, il est décidément mystique» Morus avait été d'abord ardent cartésien , et Descartes lui avait adressé plusieurs lettres; ensuite il passa du cartésianisme au mysticisme , ce qui est assee naturel, car on doit se rappeler que^ comme le scepticisme est presque toujours sorti de Terapinsme , de même nous avons vu , et nous voyons encore , le mysticisme sortir de Fidéalisme. Un autre écrivaiB anglais^ Jean Pordage, prédicateur et médecin , intro* duisit en Angleterre le supcrnaturalisme de Bôhme , et ie présenta sous une forme régulière et systématiqne : il prétendit avoir reconnu la réalité des idées de son maître dans des révélations qu'il avait eues leinnême.
En France , Pierre Poiret , né à Mels en 4646 , et mort en 1719, développa dans un grand nombre d'ôa* vrages les maximes de ce spiritualisme mystique et Antérieur, qui plaît tant aux, âmes pieoses et sensibles, et dont on pourrait tronver des traces dans les écrits 4' un de ses plus illustres contemporains » le di^ et ;yertueux Fénélon. Le quiétisme, ou. la doctrine d« pur amour de Dieu, vers lequel avait été entraîné l'auteur des Maximes des Samis , trouva dans Poiret un ardcQt apologiste. Un de ses ouvrages les plus aai^
DEXJ&li^B ÉPOQUE. 387
cjMLiite est VÉcKm^mie dimm , oa SyMème taûpenel tUs œtt»re$ H de$ de^emê de Dku divers les hommsB. Seioa Poiret^ le mysticisme, a paur foadeiiaeiii, d'une paii rifitt^uissanee de h raîsoa ^ et de l'autre la eorruptioa de là volooié { de là la nécesaité de tout reûsvok d(i Die«, la vérité ^r la foi et la révélation, la iReiiii |^ In grâ^e.
l^ Qûyatieiaaie de Poi«et est surtout momI et pra? tique « tandis que celui de Pordage, d'Amqs et de VaAbelmottt est plufc6t mfstiqfm et naturaliste. €eLiii qui fijtt déiieloppé fim terd par SwÉnfiNBpAG, àm^ le nom clôt la liate des pUleaopbes de cette é|)«que^ réwtfticedouible caractère.
Né à Slackbotoi en 4668, Si^édenborg aivaît mçu de %&B pi^e.9 doiainé par des idées mystMfiies , une éduca-* tion ^n'i eiceioça sur son tcefaace .une ÂBOsuenee wuMjpiée ^ fe« an^e« parlent par sa bouche , disaient les amis de eon f)iére« Cependant , mA^m i^m impressiem ^ ;pl«8 tard reforirent totut leur em^ir^^ ce ne fut fMMAt par la Gaivière reUgieif^e ijju'iil détMMa. U ee dieliingua d'atond i^mne iittéi^ateur , ccwoie phyaictien, eoome luécar* liK)i^, ^maae géouiètre^ comaBae nûnôralogiate^ L'Aca* déoui^ ides sqi«AK)es (de Pws fit traduire un itraité .qu'il fmibJria^ en 1734^ sur le fer , oemMie ^'éerît k 9k» 9(itisfaisai]A qui e^ûstàt alors sur cette inaliiéiie.
Ce Skki l'année suivante qu'il ât paraltne siui Eeem ew l^i^ni., la omae finale de (g oréatian H le mé^anismeée Vmnkm de d'âme, ^ec le oerfis. A ,dater ^de ce moiwnt^ sa moation fut déternâuée. fiientât il annonce qu'il a des eommuniçations avec Iqs ôtces i^>ipituets, et desiaéwér lations sur le culte de Pieu et des eaMtte&JÊoriàuAeSi
388 philosophije: moderne.
Chargé^ prétend-il , du ministère sacré d'éclairer les hommes , on le voit , à la tète d'une fortune immense , relever et soutenir une foule de maisons de commerce d'Allemagne, par des bienfaits qui s'élevaient à plusieurs millions; il croit qu'il est de son devoir, en sa qualité d'intermédiaire entre le monde visible et le monde invisible , de ne s'occuper que des objets qu'il apprend des anges , et de les feire connaître aux hommes. Depuis cette époque jusqu'à sa mort, il publia une foule d'ouvrages où il exposa , dans un langage simple et dépourvu de tout ornement, le résultat de ses entretiens avec les esprits célestes. Dans tous , il parle en témoin oculaire , attestant ses conversations avec Dieu et les anges. A mesure qu'il achevait un de ces traités, il s'embarquait pour aller le faire imprim» à Londres ou à Amsterdam , et ils y étaient lus avec le plus vif intérêt.
Swedenborg était-il de bonne foi ? C'est ce qu'il est bien diflBcile de constater, mais ce que paraissent croire la plupart des historiens qui se sont occupés de cet homme extraordinaire. M. Grégoire (i), qui ne lui est pas très-favorable, s'explique cependant ainsi : c Ses visions sont un phénomène psychologique assez étrange. 11 les a , dit-on , débitées avec bonne foi , parce qu'il ne se défiait pas de l'illusion de ses sens. » Le même auteur cite ensuite l'exemple d'un savant de Berlin, qui avait éprouvé les mêmes phénomènes dans le cours d'une maladie, mais qui, toujours maître de sa raison, les avait étudiés en observateur. Ce qui pourrait confirmer ce soupçon , que justifieraient d'ail-
> (1) Histoire des sectes religtenses , 1. 1 , pag. 223.
leurs des observations récentes sur le magoétisme, c'est qu'il se forma, en 1737 , à Stockholm , une société dont le duc de Sudermanie et le prince Charles de Hesse étaient membres, et qui essaya de rattacher la doctrine de Swedenborg aux phénomènes magnétiques. Tous ceux qui ont été en relation avec Swedenborg s'accordent à reconnaître qu'il avait dans son extérieur une grande simplicité , et dans le commerce de la vie un abandon de franchise qui n'est pas ordinaire aux charlatans. Dupe de l'illusion de ses sens et de son imagination , ainsi qu'il était arrivé à l'antique Hermotime, à quelques alexandrins enthousiastes, à plusieurs illuminés du moyen-âge , il se plut sans doute à se plonger dans cet état d'extase, dont la science moderne est peut-être au moment de reconnaître les causes physiques , et au sein duquel il crut recevoir , par une révélation surnaturelle, la doctrine religieuse qu'il développa ensuite avec force et conviction.
Quoi qu'il en soit, il a fait secte. Les Swédenbor* gistes professent dans plusieurs contrées de l'Europe le culte dont il est le fondateur. En Angleterre , ils jouissent, depuis 1783, d'une tolérance publique et avouée par le gouvernement , comme les autres cultes dissidents. L'opinion qui règne parmi eux^ que la nouvelle Jérusalem existe parfaitement organisée av centre de l'Afrique, les a déterminés à envoyer des laissions et à faire des voyages dans cette partie du monde : ils ne se contentent pas de condamner l'esclavage des Nègres , mais ils font encore de continuels efforts pour abolir la traite ; heureux du moins d'être soumis à des croyances qui leur imposent l'obligation de se dévouer ù la sainte cause de V humanité!
PHiLOSOPfliC «OBCIUIE.
ffMMsÊOt ÉfOQim. — Depuis le milieu du dn«4iuitîdi
siècle jusqu'à nos jours*
î général de la méthode, avec un vaete dévehppetnent d*éruditian et de critique.
RE8UMÉ GÉNtRAL.
SMHiii AUsnoË.
C<mdittte.
irao
kotnsetu. il«
tm
Diderot»
Turgol.
D*A1efflbefl.
Hutdiesoli.