PH1L080PI1IK HOMANI
il est umet difficile d'en saisir le iPéritaMe seM. Mais il serait injuste de la considérer comme un sjatèflM d'athéisme* Sans doute la notion qu'il donne de la divinité est fiiusse et incomplète; mais nous ne loi appliquerons pas 9 a'vecDugald Ste¥rart, ce qoeCScéroa disait d'Épicare : Verbh rèliqmi deos, re sMêêutii. 8m» système est le panthéisme , il est vrai ; mais encore ce n'est point le panthéisme matériel des Éléates. An Heu de considérer uniquement Dieu comme source de Véire^ il fallait avant tout le considérer comme cause créatrice et productrice. L'erreur de Spinosa, déjà commise par un grand nombre de ses prédécesseurs , et particuliérement par Vanini , consistait dans la prédominance du rapport du phénomène à Y être, sur le rapport de Yeffei à la cohh. Quand l'homme n'a point été considM comme une cause volontaire et libre, mais comme on désir impuissant et comme une pensée imparfaite el finie y Dieu , oo le modèle suprême de l'humaDÎté, ne peut être qu'une substance et non une cause, l'être parfait , inini i nécessaire , substance immuable de l'univers^ et non la cause productrice. Dans le sysièiBe de Descartes , la notion de la substance jouait déjà un plus grand rêle que celle de la cause : cette notion de substance, devenue lont-à-fait prédominante, constitue le sf^inosâNue.
lULEBEANClB.
La nature avait donné à Malebranche ( né à Parris en f638 ) une santé fyiUe et un corps mal confbrméf H fut élevé avec beaucoup de soin et de douceur. Sa <fif-
fof*inité lui inspira tependani une certiine misanthropie qui D6 rabandonoa. même pas dans sa vieillesse* Son goût pour la retraite le décida, quand il eut atteint Tâge de tingt-deux ans, à entrer dans la congrégation de l'Oratoire ^ et à se consacrer entièrement à Fétude» Se trouvant un jour ches dn libraire, il y vit exposé le traité de Descartes Jlh homine, qui venait de paraître» Il acheta cet ouvrage , dont la lecture lui ouvrit une nouvelle sphère, et éveilla en lui la conscience d'un lalenl que ni lui ni les autres n'avaient encore sdup^ çonné. Fonteùelle nou9 à laissé dbe peinture très^ animée de l'enthousiasme avec lequel Malebranchè dévora ce premier ouvrage, et il en décrit les effets comme ayant été si puissants sur son sjstèine foervevx ^ qu'il fut forcé de laisser le livre de odté, jusqu'à ce que les palpitations de son cœur se fussent un peu ralenties^ Il consacra dix années à l'étude spéciale de la philosophie cartésienne j aussi passait-il pour un de ceux qui connaissaient le mieux ce système* Enfin il publia les résultats de ses méditations , et mit au jour 6on célèbre ouvrage qui a pOu^ titre ) De la recherche de la vérUé, L'originalité des opinions qu'il y manifesta» et l'élégance de son style,- lui procurèrent une célébrité extraordinaire; mais il ne manqua pas non plus d'w* qemis. Il mourut en 1715, dans la soixdnte-dix-septième année de son âge.
Quelque jugement que Ton porte aujourd'hui sur le mérite philosophique de Malebranchè , son ouvrage n'en sera pas moins à jamiais une lecture intéressante pour les hommes de goât, et une étude utile pour ceux qui aiment à observer la nature humaine. Il est
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peu de livres qui rcuBissent au mémo degré la plus grande profondeur des idées abstrailes, et les saillies les plus agréables de l'imagination et de l'éloquence , et OÙ ceux qui aiment a surprendre Its secrets ressorts de notre intelligence puissent trouver de plus frappants exemples de la force à la fois et de la faiblesse de Tentendement humain. Un fait très-remarquable dans rhistoire de Malebranclie y«c'est que malgré le coloris poétique qui donne tant de grâce et tant de vie à son style j il ne put jamais lire sans dégoût une page des plus beaux vers. Quoique Timagination fût évidemment la qualité distinctive de son génie , les passages les plus finis de ses ouvrages sont ceux où il représ^ite cette perfide faculté comme la mère féconde de nos erreurs les plus funestes.
Le point de départ de Malebranche est la théorie cartésienne, que la pensée humaine ne peut pas se connatlre elle-même comme impariàile et comme relative, sans concevoir Dieu, Tétre parfait et absolu; or, comme il n'y a pas une seule pensée qui ne soit accompagnée du sentiment de l'imperfection d'elle-même , il s'ensuit qu'il n'y a pas une seule pensée qui ne sotC accompagnée nécessairement de la conception de Dieu ; et que tout^ pensée^ étant en elle-même imparfaite, n'aurait point de valeur, si elle n'était accompagnée de cette conception de Dieu, qui lui communique une force et une autorité supérieure. Ainsi l'idée de Dieu est à la fois contemporaine de toutes nos idées et le fondement de leur légitimité; et, par exemple, l'idée que nous nous faisons des corps extérieurs et du monde serait vaine , si cette idée ne nous était donnée dans
celle de Dieu : de là le faVneux principe de Malebranche , que nous vo|obs tout , et le^monde matériel lui-même, en Dieu ; oe qui veut dire que notre vision et notre conception du monde est accompagnée d'une concq>tion de Dieu, de Tôtre infini et parfait, qui ajoute son au« torité au témoignage incertain par lui-même de nos sens ef de notre pensée.
A celte théorie de la vision en Dieu, se joint celle des aoJ&eê occasionnelles , trouvée presque en même temps par Geulinx d'Anvers , mais étendue et développée par Malebranche. Il faut encore remonter au principe de Descartes pour trouver Torigine de cette doctrine , par laquelle il n'accorde aux corps et aux âmes qu'une capacité 'passive, et considère Dieu comme l'unique cause fondamentale de tous les changements qu'ils subissent. La pensée seule, dit Descartes, nous révèle l'être de l'âme, qui est la première réalité et apssi la seule substance que nous puissions ainsi atteindre directement, comme par intuition. Nous n'avons aucune prise directe sur tout ce que nous appelons substance matérielle. Nims ne connaissons rien en effet que par nos idées, et ces idées ne sont autre chose que des modifications de notre âme. Les idées simples de sen* salions, les couleurs, les sons, les saveurs, ne sont certainement qu'en nous-mêmes, et nullement dans les objets qu'elles nous présentent : tout ce«que nous appelons objets ne consiste donc que dan§ nos idées ; et puisque, d'ailleurs il n'y. a d'autre cause ou force que Dieu, qui produit les modifications comme il crée les êtres, le monde sensible n'est qu'apparence, pur phénomène sans réalUé. Ainsi , point de milieu : ou les
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objets sMdentiflent aveo les idées ou les sensalioM <fui les représentent, et alors Les corps et Fétendae ne sont que des phénoDiènes ; ou biea les corps et retendue existent réellement hors de nos idées, sans qu'il doos soit permis d*en douter, par la seule raison que Dieo nous rassure, et en ce cas la séparation des deux substances matérielle et immatérielleest compléteetalMolue; mais aussi leur communication, leur influence réciproque est naturellement impossible ; elle ne peut aloir lieu que par un miracle, et demande TinterventioR continuelle et non interrompue de la divinité. De Tliétérpgénéité naturelle des deux substances , il suit rigoureusement que l'âme ne peut réellement mouvoir le corps, pas plus qu'un corps ne peut communiquer son mouvement à un autre, si Dieu n'intervient pour mouvoir, à l'occasion du désir de l'âme ou de la ren« contre et du choc des corps. Telle est la théorie des rotcM» occoêianneUêi.
Il suit encore du même principe , ou de la séparation des êtres en deux classes tranchées, sans intermédiaires, que les animaux sont tous matériels ou de pures machines (1), qui ne sentent pas, par la seule raison qu'ils ne pensent pas comme nous, ou qu'ils n'ont pas une âme immortelle comme la nôtre.
Quelque absurde que parusse maintenant cette idée, aucune des «doctrines de Descartes ne fut reçue avec plus de conllsinoe par quelques-uns des plus profonds penseurs do TEurope. Legraml PascaU'admirait^omme
(1) Lamotle a dit que celle opiuion sur les animaux élail une débauche defàisonnemeni. On sali avec quel bon sens admirable LarontaineTa réfutée dans «on ditcoors à madame de la Sablière. { L» X ^ F. 1. )
tm deg «rtidteft les plus précieux du système csttésiea ^ et Midabrincbe a donné lai-mème en présence de FontMidle une preuve décrive de l'impression profonde que ce système avait produite sur son esprit (1).
Les idées de Malebranche sur la vision en Dim furent 4»mlNittues avec un grand talent par Antoine Arnauld, l'un' des plus célèbres écrivains de Port-Royal , mais qui professait néanmoins, avec ses illustres confrères Pascal et Nicou , les doctrines du cartésianisme. Ar^ nauld , dans son ouvrage sur les vraies et fausses idées , qu'il écrivit en opposition au système de Maleturancbey porta , suivant le témoignage du docteur Reid , un coup mortel à la théorie des idées-images , et s'approcha de très-près de la réfutation que ce dernier fit avec tant de netteté , comme nous le verrons plus tard > de ce préjugé* si ancien et si invétéré. Il ne se distingua pas moins par son traité de VAri de penser , connu plus généralement sous le nom de Logique de Port^Hogal. Ce traité fut écrit par Arnauld et son ami Nicole ; et , si l'on considère le temps ou il fut publié , aucun éloge ne parait au-dessus de son mérite. 11 serait impossible, dit M. Dugald Ste^wart^ et ce témoignage est précieux dans la bouche d'un écrivain étranger, de citer, avant la publication de l'Essai de Locke, un seul ouvrage qui renfermât un aussi grand nombre de choses justes
(1) Fontenelle étant allé voir Malebranche aux Pères de VOratoire de la me BU-Honoré , une grosse chienne de la maison , et qui était pleine, entra dans la salle où ils se promenaient , ?int cnresser Malebranche et se rouler à SOS pieds. Après quelques mouvements inutiles pour la chasser , le philosophe lui donna un grand coup de pied qui fit jeter à la chienne un cri de douleur et à Fontenelle un cri de compassion. Ek quoi l lui dit firoidement ftfalobranche, ne savez-vous pas bien qus sela nt sent point !
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et un aussi petit nombre de raisonnements Irivoles, sur la science et la logique ; et il n'en a paru depuis . sur le même sujet qu'un bien petit nombre qui puisseat lui être proférés pour rutiU^é publique.
On sait que la plus grande partie de la carrière du grand Arnauld (c'est le nom que lui donnèrent ses contemporains ) se consuma au milieu de discussions théologiques , entreprises dans l'intentidii de maintenir la pureté de la foi catholique. 11 vécut jusqu*i quatrevingt-trois ans, et continua jusqu'à sa dernière heure à écrire contre les opinions de Malebranche (1)^ sur la nature et la grâce. < 11 mourut , dit son biographe^ dans une obscure retraite , à Bruxelles , en 1692 , trop pauvre pour avoir un domestique, lui dont le neveu avait été ministre d'état et qui aurait pu ètire lui-même cardinal. Le plaisir de pouvoir publier ses sentiments était pour lui un dédommagement suffisant. »
Cet examen des systèmes issus des deux écoles élevées au commencement du dix-septième siècle par Bacon et Descartes nous a conduits jusqu'au milieu du dix-huitième. Ici nous pouvons clore ta liste des philosophes dogmatiques les plus distingués qui^ placés soH dans le point de vue sensualiste, soit dans le point de vue idéaliste, ont illustré cette épo(]^u1e : désormais ce ne seraient plus, à proprement parler^ de nouveaux systèmes que nous aurions à examiner, mais des modifications plus ou moins essentielles à ceux dont nous avons déjà pré-
(1) Nicole , son ami et son coUâboratenr , fatigué à la in de ces intennînables disputes , lui exprimait un jour le désir de se retirer du champ de bataille , et de Jouir du repos. Du repos ! s'écria Anuttld , n'arez-TOUS doue pas toute réternité pour vous reposer ?
DE|}Xlill£ ÉPOQUE. 384
sente Tapalyse». La première moitié du dîx4iuitiôaie ' siècle n'est guère autre chose que la lutte des deux écoles rivales. Locke avait combattu les idées innées de Descartes , et !§ vision en Dieu de Malebranche ; dans la patrie même de Locke, Lée , Norris, et même l'élève et l'ami de Locke., lord Ashley , comte de.Shaftesbury , combattirent à leur tour les principes et les conséquences de V Essai sur r entendement humain.
Les extra vaganceiu de l'école empirique, et surtout les funestes doctrines de Gollins et de Mandeville , soulevèrent pareillement contre elles l'illustre Newton ^ les deux Clarke et surtout Samuel , Wollaston et R. GuMfiERLAND. Eufiu GoLLiER ct Berkelet , pour cu finir avec le matérialisme, nièrent l'existence de la matière.
En Italie, Fardella reproduisit ou trouva de luimême l'iiéalisme de Malebranche ; et le célèbre Vico de Naples, tout en combattant avec force le mépris fort condamnable qu'avait affiché Descartes pour l'autori|é de l'histoire et des langues, n'en adopta pas moins sa philosophie généralç. Vico est l'auteur du second monument élevé à l'histoire de l'humanité ; car déjà le grand Bossuet, attaché lui-môme aux doctrines cartésiennes, avaitcomposé son Discours sur l'Histoire universelle. Bossuet avait considéré l'histoire de l'humanité sous le rapport de la religion ; Vico s'attacha à la faire revivre sous le rapport de ses institutions civiles ; plus tard viendra Herder qui^ embrassant dans un cadre plus vaste les deux éléments étudiés par ses prédécesseurs, y comprendra de plus ceux que Bossuet et Vico avaient sacrifiés (i).
(1] Nous cQDiiaissoii» peu de livres aossi inléresMoU que les deux ouvragiw
an PHILOMMIK HOMftVE.
Qiielqua célàbreft que loieiit les noms que noua nons de citer (et nous pourrions y en ajouter une foule d'autres I par eiempie, celui de Gudworth, auteur du SffêHme intellectuel , idéaliste et platonicien ingénieur nous ne pouvons donner le moindre développemaot i l'eiposition de leurs doctrines^ La raison en est que , dans cette revue rapide de la marche de la raison, phi* losophique i travers les siècles^ nous n'avons à nous occuper que *des systèmes qui, par leur nouveauté, leur originalité ou leur grandeur, ont exercé sur la pensée humaine une longue et puissante influence. Cependant, avant d'arriver au plus grand philosophe de cette époque , à Leibnits , dont le vaste géoii esaay a de concilier les deux écoles rivales, nous ne pouvons nous dispenser d'exposer avec un peu plus dedëtsûls le système de G. Berkeley. Penseur judicieux et profond, animé d^un vrai zèle pour la dignité derespèce humaine, et digne lui-même de respect pour la moralité de son caractère, Berkeley fut vivement frappé des inconvénients que présentait la doctrine de l'empirisme dans ses conséquences. Par là il fut conduit à penser que le principe de toutes ses aberrations était la croyance chimérique à la réalité d'un monde corporel, et il vit dans l'idéalisme l'unique route à suivre, le seul vrai système de connaissance. C'est avec une sagacité peu commune que Berkeley fait voir toutes les difficultés de l'expérience extérieure, l'obscurité de l'idée d'une substance
de Herderei de F'ico y nous voudrions les voir plus souvent entre les mains de la jeunesse française , qui serait inexcusable de négliger le moyen qu'elle a de les étudier dans les élégantes traduclions.ftt'en ont données Altf . Bdfftnl Qninet etMicbelet.
étendue; soulenant que par les sens nous ne percevons autre chose que les qualîlés sensibles (ainsi que l'avait cléjà démontré Locke ) , nullement Texistence ou la 8ub$tantialité d'aucun ol^et sensible; et qu'admettre un monde corporel , distinct et indépendant de nos sensations, c'est se créer une pure chimère. En conséquence, il n'existe selon lui que des esprits; l'homme ne perçoit rien autre Qhose que ses idées, mais il ne les prodjiiit point lui-même; leur multitude et leur variété. Tordre et la proportion qui régnent entre elles et qui repoussent toute idée d'arbitraire, attestent qu'elles sont communiquées à l'âme humaine par un esprit doué de perfections infinies. Néanmoins , en vertu de la liberté absolue qui lui est aussi donnée , Vhomme est par lui-même l'auteur de ses erreurs et denses mauvaises actions.
C'est ainsi que Berkeley, dans ses élégants dialogues , se flatta d'avoir démontré l'idéalisme auquel Malebranche avait préparé la voie, et d'avoir sapé dans tous leurs fondements le scepticisme et l'athéisme. Tout son système reposait sur la théorie mal définie du phénomène ^ delà perception. Nous verrons plus tard comment Hume est parti du même point pour établir un scepticisme universel , et comment le docteur Reid , en détruisant à jamais l'hypothèse des idées-images, a renversé complètement le double édifice construit avec un si merveilleux talent par Hume et Berkeley sur cette base fragile.