‹ Histoire de la philosophie ancienne et moderneChapitre 63 sur 72 · EN FRANCE · texte numérisé non relu

EN FRANCE

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Spurzheim. m. 1833

Brottwais.

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Il aiae de Birai. m. 18M

Rojer-CoUard.

Degérando.

Cousin.

Fréd. Schlécel. Damiron.

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«Mreal Demaistre. m. «819

Amj^«« «M«i«MM«^OT« DçBoiiald.

aOOIiB SOBVXIfVa. DelaMenaiia.

Brn. Schulze. Ballanche.

Beautaini

▲près la grapdaéfioque que noua venons do parcourir, il doit d'abord semUer peu prbiMible que Teâprît huinain , malgré sa hardiesse el son acUvîtô , puisse prendre un nouvel essor et reculer encore les limites de la seienoe. Avec Baoon et Deseartes , le xv!!"* siècle a ans au monde la vraie méthode philosophique ; II a marqué à la philosophie la base inébranlaMe sur laquelle devront s'appuyer ses travaux ultérieurs. Grâce à l'impulsion donnée par ces deux grands hommes , toutes les branches de la connaissance humaine ont feit d'admirables progrès : dans l'étude des faits , dans l'observation, dans l'analyse patiente et laborieuse /Thoïkime

8M FULOsÔpm MOMftias.

a trouvé te levier au moyen duquel il peut soumettre la nature entière à son action puissante* Un homme prodigieux semble résumer à lui seul oe grand siècle , c'est Leibniu ! « Leibnîtz , dit un des penseurs les plus profonds de notre époque (1), a étonné les plus grands hommes du plus grand siècle qui ait paru sur la terre, et le degré d'admiration qu'excitera ce vaste génie sera toujours la mesure de l'intelligence de ses lecteurs* » L'éloge est mérité sans doute ; mais , en lui donnant notre assentiment, distinguons bien le génie de cet iUnstre philosophe , du sy tème qu'il a mis au jour. Quelque admirable qu'il soit, quelque force de tète qu'il suppose dans son inventeur^ ce n'est après tout qu'un système ; et un système , comme on Ta fort bien dit , est le roman et non l'histoire de la nature. Le siècle qui a vu naître l'auteur de la Monadologie , de la Raison suffMmie et de V Harmonie préétabliey a fait de bien grandes choses; mais un examen attentif ne tarde pas à prouver que les résultats produits par ces philosophes sont plus brillants que solide^ ^ plus ingénieux que vrais ; c'est en ce sens que, pour ce qui concerne la science qui nous occupe, nous avons dit qu'il se résumait dans la . personne de Leibnitz. Mis en possession de la vraie méthode, les philosophes de ce siècle n'en ont pas fait une application rigoureuse. Descartes, en effet, par la position de son fameux principe : Je pense, doncyexitie, . avait fixé à jamais dans la conscience le point de départ de toute la science philosophique. Il ne lui restait plus . qu'à appliquer à l'élude des phénomènes intérieurs les . règles de cette méthode expérimentale, qu'il avait lui-

(1) M. Hoyer-Gollard.

noisiiME tPOQJX. 913

même si nettement tracées ; mais ce poissant génie , abandonnant, dés le second pas, le fil qui devait le guider dans ses recherches^ s'était égaré, et, au Jieu de se boirner à constater et à décrire des faits , il avait mieux aimé expliquer les faits par des hypothèses. De plus , en concentrant toute certitude dans le fait extérieur de la conscience^ il avait mis la philosophie dans la nécessité de démontrer l'existence du monde matériel. Getabtme qu'il avait ouvert entre le dedans et le dehors , il crut ravoir comblé par sa foi à la véracité divine. Contestant avec raison la preuve de Descartes , Malebranche crut en trouver une plus solide en invoquant le témoignage de la révélation, et Leibnitz en imaginant l'hypothèse de l'harmonie préétablie. Le judicieux Locke ne put se contenter des solutions données. Il comprend et ap-* plique mieux que ses prédécesseurs la méthode d'observation et d'analyse ; ses recherches psychologiques sont empreintes d'un esprit de sagesse remarquable. Mais lui-môme croit avoir résolu la question , tandis qu'il n'a fait aussi que mettre au jour une nouvelle hypothèse : celle de la conformité de nos idées avec les corps. Quels pouvaient être les résultats de pareilles hypothèses? Nous les connaissons. Après avoir admis l'existence du monde extérieur. Descartes ^ Malebranche et Locke ont prétendu prouver la réalité en la déduisant de la réalité des idées. L'hypothèse des idées admise, le seul système conséquent devait être celui de Berkeley : le monde extérieur est supprimé ; les idées sont les corps ; il n'y a dans la nature que des idées. Contre de pareilles absurdités , le bon sens humain a protesté par un scepticisme universel, et l'esprit religieux par le mysticisme.

8M PS&MMnB KMUITE.

Nous «ilfaiii aiaintmaat dans mie épo^pie bqi dans celle oà dm pereB oBt reça te jovr et qn M eièole qui noiu a tu naître. De mène que le xi sîède s'explique par celui qui précède, ainsi le mSue s'expliquera par rinfluence exercée sur lui par le xviu* : ear cette chaîne non interroinpue, doat nous ctojtqbs «voir fiât ressortir avec quelque évidence les principaux anneaux^ depuis TorigiDe de la philosophie , ne sera pas brisée ; comme tous les honunes des siédes ptécédents, nous hériterons des idées de nos pères ; comme «ix f nous comprendrons la néceasité de leor fiure fidre un nouveau progrès.

ÉCOLE SEI<SUALISTE.

COKDnXAC.

Ls philosophie du xviii* siècle est Tapplication universelle de la méthode cartésienne. A une époque dont le caractère essentiel est une foi exclusive dans Tobservation et l'expérience, les systèmes fondés sur des hypothèses devront naturellement avoir peu de crédit ; et en même temps , comme une extrême liberté de penser sera devenue le privilège des philosophes , nous devons nous attendre à voir se développer dans toute leur étendue les conséquences qui résultent néoessurement de principes posés avec une entière indépendance. Aucun obstacle ne s'opposera au libre développement des systèmes : nous pourrons donc définit!* vement les juger par leurs résultats.

La France, où tout s'use plus vite que chez les autres nations de l'Europe, avait été la première à se défier

TMISilÊlfB iMftra. HB

de» hypothèses hanrdées 4es discnpks de Deseirtst. YivMMDt frappée des résultats obtenus par leasdenoes physiques^ elle ne peavait accorder son attentioo Mx . spéoulatioûs philosophiques , qu'à la coudition de les vmr procéder par la méthode prudente et sûre à hqaelle rastronomie et la physique étaient redevaUes de leurs immenses suocés.

Alors se présenta un homme doué au plus haut degré de l'esprit dont était animé son siècle* Condoxac avait puisé dans l'étude aj^rofondie des écrits de Locke la goût de cette méthode dont Tauteur de YEêmd $wr rêHiaidemeni humdn avait o£fert un si remarquable modèle. U y joignit un talent extraordinaire d'esposition et de style. Procédant ûteo une facilité rare du ccmau à Vinoonnu s sachant répandre sur toutes les matières la lumière et l'agrément > il présenta sous une forme simple et claire à la fois les principes métaphysiques de la philosophie empirique développée avant lui , mais avec bien moins de précision , par Gassendi et Locke , et n'eut pas de peine à les rendre populaires chez une nation déjà disposée à adopter les doctrines fondées sur reipérietice sensible.

Pour bien comprendre le lien commun qui rattache à l'unité cartésienne les différents systèmes de philo* Sophie qui se sont produits pendant le xvui' siècle (car heureusement celui de Gondillac n'a pas été le seul) , il est essentiel que l'on se fasse une idée exacte de celte méthode analytique à laquelle il faut rapporter une partie des succès qui les ont accueillis* Deicartes a établi que c'est par la psychologie que doit débuter toute philosophie qui voudra s'appuyer sur une base

396 PBtLOso^nc moderne.

solide. L^homme ne sait que ce dont il a oonacience : il connaît sa propre existence, en développant son actiirité ; il conçoit Dieu et le monde extérieur par les idées et les représentations qu'aperçoit son întelligaice : c*est donc en partant de l'analyse des faits qui se manifestent dans sa conscience, c'est-i-dire de ses idées, qu'il pourra arriver i la certitude. Mais il ne suffira pas d'observer les phénomènes fugitife et variés de ce monde intérieur : après avoir fait le compte exact des idées , la conscience ne sera pas faite encore ; il faudra remonter à leur origine, puis approfondir l'importante question de leur légitimité, afin que l'esprit satis&it se repose dans la conviction et la certitude de la réalité des phénomènes qu'elles représentent.

Si la méthode analytique eût été employée d'une manière aussi complète par les philosophes du xvnr siècle, nous croyons qu'ils eussent laissé peu à faire à leurs successeurs. Mais.cen'est jamais au début d'une révolution philosophique que les théories s'appliquent d'une manière complète; heureux et fiers de posséder une méthode dont les résultats leur paraissaient avec raison devoir être aussi positifs que certains, ils ne la développèrent pas dans toute leur étendue ; et, chose singulière ! les principales écoles de cette époque , ainsi que l'a remarqué judicieusement M. Cousin , se partagèrent les différentes parties qui constituent la véritable méthode. L'école de Gondillac , au lieu de constater les caractères actuels des connaissances humaines , s'occupa d'abord d'en rechercher l'origine ; l'école écossaise , fondée par Reid , se distingua surtout par le soin qu'elle mit à faire le compte exact des idées que possède Tin-

TROISIÈME ÉMOUE. 397

telligence développée ; enfin , c'est principalement la profondeur avec laquelle le célèbre Kant a développé la question de la portée légitime de nos représentations qui fait l'originalité de sa philosophie. Et ce n'est pas impunément, comme nous allons le voir , que ces trois hommes distingués négligèrent un des points de cette méthode qu'il fallait appliquer dans toute sa rigueur et toute sa portée : la science, par leurs soins , gagna sans d^ute en étendue^ en profondeur et en certitude ; mais leur philosophie ne fut pas encore la vraie philosophie ; mais leurs systèmes, quoique appuyés sur des faits réels , ne furent pas assez conformes aux vérités reconnues par le sens commun de l'humanilé, pour obtenir l'assentiment de tous les bons esprits.

Le premier ouvrage dans lequel Condillac essaya d'expliquer le mécanisme des opérations intellectuelles de l'esprit humain , fut son Essai sur Parigine des coH" naissances humaines (!)• L'origine de nos connaissances fut, selon lui , la sensation; mais il reconnut lui-même qu'il avait glissé trop légèrement sur les premiers actes de notre intelligence , et il crut en présenter une analyse complète dans son Traité des sensations , qu'il fit suivre d'un Traité des animaux , appendice néces* saire pour étendre ses observations à toute la classe des êtres animés.

Dans son Traité des sensations , le plus achevé de ses écrits, il imagina la statue d'un homme qui ne serait pourvu que d'un seul sens et à qui tous les autres manqueraient, afin de faire voir comment certaines facultés se développeraient par rapport à ce sens ; puis,

(1) Publié en 1746.

300 riUUHIOMlC MMEME.

aocordant suceem^eoDieat d'aotres sent i cette statue , il finit ptr lui donner tou9 ceux dont rbomme est pooira y et indiqua alors , avec beaucoup de pénétraUoA et de sagacité, q^ieb defaieot être lea rérattats de sa wppoeition.

Mais ^fuéique ingéniewea que fossmt iea dédoctiotts tirées par Gondillae du développement inteHectnel de aM koîMm'^sta^ie y il faut avouer que c*était là ime singulière application de la méthode d^obserfalioB. Partir d'une fiction y et analyser les conséquences probables qui en résultent , ce n'est pas observer la nature teHe qu'Ole se présente au pbitoaophe; c'est firire Tbintoire d'une nature imaginaire. A cette première sdmrration, Condîilac en joint une autre dont les oonséquenoes u^oat pas été moins fuaestes. Selon iuî , la métbode d'dbseraaiioa ne coosifile pas «eulemenC è ooBStaier , k énoméffer , a ciaasar les fiôls^ mais èîen & les «ysténaatiser , à les ranMner à un priuetpe coaMMUi, à leur origine, à VmkUé en nn mot. Mais s'il arrivait par haaaird que cette unité , chenehée avec tant de soin , n'existât |}as^ iftudnaûtrjl eu imaginer une à laquelle on raparAeratt de gré ou de force tous les éléineKts divers trouvés par l'analyse? Serait^oe Uen \k ia mètbode cfe Bacon ? Après avoir débuté par «ne taunlyae incomplète, ne serait-^ce pas terminer jMir une egrodièse ftUégilfioie ? On jpeut iatre à GonéiUac «e doMible reproobe. U lui iaut d'abord un principe, dont jl se .chargera enaaile de dé^elofiper «toutes les 'conséquences : ce l^incipe c'est la sensibilité; c'e^ dans la sensibilité qu'il voit rintelligence tout entière ; toutes les faouliés de l'homme ne lui paraissent que le dévelcfi^i^Bnt

TROISIÈME ÊTOOUC. 9M

Tftrié d'une première sensatîoii. Loeke ftTuH dH : tmoes leê idée$ viermenî de la MMMkn, ou de ta réflexim éê VesprH mr ses propres opiraûons. CondillM dî\ A son tour : toutes les idées et to réflexion elle-niAmê, qnél que sort l'objet auquel elle s'applique , Tiennent de ta sensatien. il faut voir au reste comment s'enchaînent toutes les parties de son système, landais le nécanismn de f entendement humain n'avait été expliqué d'une Hianfère plus simple et plus inteHigible.

€ A la première odeur , dit-il , la capacité de sentir est tout entière à l'impression qu'elle éprouve; voilà l'attention.

L'attention que nous donnons à un objet n'est de la ^rt de l'Ame que la sensaftîon que cet objet (bit sur nous» Un objet est ou absent ou présent : s'il est présent , l'attention est la sensation qu'il fait actuellement sur nous; s*il eist absent, l'attention est le souvenir de la sensation qu'il a faite. Voilà la mémoire.

Nous ne pouvons comparer deux objets , ni éprouver les deux sensations qu'ils font exclusivement sur nous, qu'aussitôt nous n'apercevions qûlls se ressembler eu qu'ils diffèrent : or apercevoir ^des resseioMaRces ou des différences, c'est juger; le jugement n'est donc encore que sensation.

La réOexion n'est qu'une swite de comparaisons» La réflexion , lorsqu'elle perte sur des images, 'prend le nom d'imagination.

Haisonner , «'est tirer un jugement d'un autro juge^ ment qui le renfernaait ; il n'y a donc dans le raison* nement que des jugements et par craséquent des sensotie^ns*

L'ensemble de toutes ces facultés se nomme entendement : on ne saurait s'en faire une idée plus exacte.

En ^nsidérant nos sensations comme représentatives, itous venons d'en voir sortir toutes les facultés de l'entendement : si nous les considérons comine agréables, nous en verrons sortir toutes les £aicultés qu'on rapporte à la volonté.

La soufifrance qui résulte de la privation d'une chose dont la jouissance était une habitude, est le besoin.

Le besoin a divers degrés : plus laible, c'est le malaise; plus vif, il prend le nom d'inquiétude; l'inquiétude croissante devient un tourment.

Le besoin dirige toutes les facultés sur son objet ; cette direction de toutes les forces de nos facultés sur un seul objet, est le désir.

Le désir tourné en habitude est la passion.

Le désir rendu plus énergique et plus fixe par l'espérance, le désir absolu, est la volonté. Telle est Tacception propre du mot volonté ; mais souvent on lui donne une signification plus étendue, et on la prend pour la réunion de toutes les habitudes qui naissent des désirs et des passions.

En résumé , la sensation , considérée comme représentative, devient, par suite de (nmrfarmations successives, attention, comparaison^ mémoire, jugement, réflexion, imagination^ raisonnement; voilà pour l'aitendemenu Par des transformations analogues, la sensation, considérée comme agréable ou désagréable, devient besoin, malaise, inquiétude, désir, passion; voilà la volonté.

La petuée est la réunion de toutes les lacoltés qui se

TROÏSlÈltfE ÉPOQUE. 401

rapportent à Veniendment , et de toutes celles qui se rapportent à la voUmié; et comme Félément générateur de la Yolonté et de fentendement est la sensation représentative ou affective, Téiément générateur de la pensée est, en d^nière analyse , la sensation. »

Tel est 9 selon Gondillac, le système des facultés de rame. Ainsi disparurent toutes les obscurités et toutes les difficultés qui avaient fait jusqu'alors de la mélaphy* êiqtie une science inaeccessible au vulgaire ; on trouva fort commode sans doute de pouvoir expliquer d'une manière si sipiple le jeu compliqué de nos facultés intellectuelles. Au mérite de la clarté^ le système de Gondillac joignait celui de celte analyse expérimentale que resprit du temps exigeait dans toutes les recherches scientifiques. Les ouvrages de Gondillac furent considérés en France comme renfermant le Gode de la raison et du bon sens, et la doctrine de la senstaîm transformée devint la doctrine de tous les philosophes qui suivirent.

On oublia que si cette doctrine expliquait d'une manière assez satisfaisante les ressorts qui font agir une des facultés de l'esprit humain, il y en avait d'autres tout aussi réelles et non moins importantes, dont elle ne tenait aucun compte; c'était un singulier système que celui qui méconnaissait l'activité de l'âme^ au point de l'identifier avec la sensation, phénomène fetal et passif. Gomment se pouvait-il que la volonté, qui combat si souvent la sensation, qui si souvent sort victorieuse de celte lutte , fût confondue avec la sensation? Quant à ces idées absolues, nécessaires^ d espace, de temps, de substance, de cause, à ces vérités mathématiques qu'aperçoit rîutelligence elquela sensation

ti6

403 raiLOfowE voMurs.

est impuissante à produire, otMimeot la himi% sortir de Texpérience? C'est ee dont on ae s'inqwéta que médiocrement : l'eifNrit satisfait se re|Misa au saia du système de la sensation traasforoiée; c'élail 09 système fondé sur !*qbserf%tioa et Texpéneacet à c^ titre, il devait obtenir rasseatimeat général. C'est ainsi que semblèrent avoir raisonné , sauf un bieo petit nombre d'exceptions , les philosophes français du imat siècle. Pendant près d'un siècle, le oondillacisaie a régné en France sans contestation , et ce n'est que de nos jours qu'il a succombé sans retour sous les attaques vigoureuses du professeur célèbre (i) auquel nous nous plaisons à faire remonter Torigine d'une révolotioD philosophique, dont les conséquences seront, naas devons l'espérer , aussi heureuses que fécondes.

I^a plupart des conséquences tirées par Gondillae de ce principe de Bacon : que tout ce que nous umau$ dtnm de Inexpérience ; et de cet autre principe de Locke : çw toutes nos connaissances résultent de la sensation et de la réflexion j avaient été déjà dévelopées, mais avec moiiis de clarté , par le philosophe anglais Hartust , dont nous avons déjà parlé , et qui, comme Gondillao , avait outré la doctrine de liocke. < Toutes nos ichëes les plus complexes 9 avait dit Hartiey, dérivent de la seoaatiaa , et la réflexion ne forme potni une sqêu^ particuHùf^ d'idées, comme le pepse M. Locl^e« 9 Un disciple da Uartiey, physicien célèbre, le dooteuir PaïKatun, professa la même doctrine et en tira plus rigouMa* sèment encore toutes les conséquences. Si rhcHama

(1) Voyei les Fragments des leçons de M. aoyer-CoHard , remis ptr M. Jouffiroy el imprunét à la suile de sa traducU<m d» Ttoonu aaid.

TMWita fi ÉPOQUE. 408

n'est considéré que comifie une ooUecHM de smsaiims y il devient assez diflBcile d'expliquer la liberté et la spiritualité (|e l'âme. Aussi Priestley est-il trèg*-disposé à nier Tune et Tautre : « Il n'y a pas, dit-il, dans l-he»fnedepx prindpes aussi dllfôreMg l'un de l'autre que kl maiiire et Vesprii* L'homme tout entier est un eomposé homogène , et des deux natures matértelle et immatérielle que Ton fait entrer dans le système universel du monde, il y en a une de superflue. » Mais si l'homme est up être purement matériel, si la fiioia)(é de penser est le résultat d'une organisation particulière du cerveau , ne s'ensuit-il pas que toutes ses fonctions doivent être réglées par des lois méca-> niqves , et dès lors que toutes ses actions sont déterminées par une irrésistible nécessité? C'est ce dont ne craint pas de convenir le docteur Priestley, qui feit observer ailleurs « que la doctrine de la nécessité déeottle immédiatement de la matérialité de l'homme , parce que le mécanisme est une conséquence inévitable du matérialisme. »

Darv^in, autre philosophe anglais, successeur de Priestley > s'oprima avec plus d^ netteté encore sur cette question. « Les idées, dit-il, sont des choses matérielles. » La conséquence immédiate qui résultait de cette doctrine devait être. qu'il ne peut y avoif d'autre principe ippra| que id'éviler les sepsalions pénibles et de chercher les sensations agréables. Edouard Search, autre philosophe de la même époque, rapporta en effet tous nos motifs d'action à l'intérêt personnel.

Voilà donc encore la philosophie de la sensation

404 PHILOSOPBIB HODMNE.

conduisant irrésistiblement au matérialisme ci à la morale intéressée. Condillae et (Hartley avaient protesté d'avance contre une pareille interprétation de leur système des facultés de Tâme. < La mali^^ et le mouvement^ di^ Hartley , quelque division qu'on puisse ea faire, de quelque manière qu'on en raisonne, ne donneront jamais que de la matière et du mouvement. » En ^conséquence , il demande qu'on ne tire en aucune façon de ses paroles des conclusions contraires à l'immatérialité de l'âme. Les ouvrages de Condillae offrent de même un grand nombre de passages dans lesquels il témoigne de son respect pour les vérités morales et religieuses. Mais ce n'est pas impunément que l'on pose et que l'on fidt adopter un faux principe : la logique a bientôt brisé les faibles obstacles que la timidité veut opposera sa marche rapide. Mais, en Angleterre, une école spiritualiste (i), s élevant à côté de celle de Locke, vint diminuer du moins son influence et arrêter son action destructive. En France, la philosophie de Condillae ne rencontra pas d'obstacles. De généreuses protestations osèrent en vain s'élever contre elle; la voix du siècle parla plus fort et ne permit pas de les entendre. Les tristes doctrines de l'athéisme et du matérialisme s'élevèrent bientôt sur les ruines de la religion et de la morale.

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