‹ Histoire de la philosophie ancienne et moderneChapitre 8 sur 72 · ÉCOLE 510NIE · texte numérisé non relu

ÉCOLE 510NIE

* Le passage des spéculatioos casmogODiques, parties 'de l'observation immédiate des phénomènes naturels, base sur laquelle était fdndée la religion populaire des (frets y à une phîlos(^bie libre et indépendante » ne sa fit pui en ttffjour et «ans dififculté. Entne Tinstitution des mystères ^ attribuée à ÛRPHte , institution que Ton .pourrait regarder comme le premier pas fwit hors du 4pmaine' religieux , «t Tepoque où les physiciens de ' J'Ionie se livrèrent i leurs recherches, il s'était écoulé . plus de six cents annâis ,. véritable moyen-àge de la Grèce, époque d'inspiration, d'enthQwiafOM, pendant laquelle des chantres divins enseignèrent aux hommes, dans une poésie bar monieiise; première languede bous Iw peuples, les maximes les plus utiles et les pliis pures de la religion et de la morale. Dans lel; poésies d'Homère ^ da Musée et d*Hésiode, cette nation spirituelle et sensible réçôl une sorte d'éducation esthétique et inteU lectueUe , qui servit comme d'introduction aux études scientifiques. Elle trouva des secours analogues dans les leçans de ses législateurs , de ses poètes lyriques »

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de ses fabulistes. Les sentences des sept Sages (ly, eiprimées avec une concision énergique , éleT^ient sa raison , épuraient ses meurs , et la préparaient enfin à entrer dans la route scientifique où les philosophis ioniens guidèrent ses premiers pas.

Thalès, de Milet, eut la gloire d^uvrir dette immense carrié»^. Quoiqu'on lui attribue h fameuse ^if* tence : Conncns-toi toi-même, ce ne fbt. point sur l'homme et ses facultés que se portèrent ses premières réflexions. Dans le premier essai de ses forces , la* pensée humaine devait nécessairement être entraînée hors d'elle-même, et attirée vers ce monde extérieur, dont elle ne se distinguait pas encore bien clairement*

Thaïes et ses suceesseurs songèrent d*'abord à trouver le principe constitutif de la réalité d^ phéaom^nes. Ce fut dans l'eau que Thaïes ctut le reneontrer. Mais il ne se borna pas à une aftirmlition simple et gratuite ; il essaya d'appuyer sur des presves l'assertion qu'il avançait ; il chercha ces preuves dans l'analogie déduite de l'expérience ; il généralisa l'observation qu'il avait faite sur la manière dont se nourrissent les corps organisés ; enfin , au lieu de considérer les phénom^ènes naturels comme isolés , détachés les uns des avtres , il voulut saisir le nœud qui les unit : il j^hercba ce nœud dans une Ioi« Le premier, donc, if eut l'idée des lois générales de la nature. En feisant provenir toutes

(1) Voici les noms de ces sept Sages » donl l'histoire a été défifitirée par des fables que la saine critique réprouve : Pittacus de Mytiiène» Selon d*Atkènes , Cléobule de Liadi; s , Périandre , tyran ou prince de Gorinlhe , à la fîaee duquel d'autres nomment Myson , Chilon d^ Lacédémone , Bias de Priéne , et enin Tlialèa* «

3S ' PlUtOSOPBIE ANCIENNE.

'Choses.de l'eau, îhalê& reconnaissait un principe moteur , un es|jrit ; tout était rempli de Dieu. Gomment combinait-il ses âmes ou ses Dieux avec son principe matériel ? c'est ce ^u^il n'est pas facile d'expliquer : aussi le débal sur son théisme remOnte-t-il i une époque fort reculée.

^ A^AXiMANDRE voulot rendre plus rigoureuse la dé-

* monstration sur laquelle s'était appuyé Thaïes : îl en scruta les fondements , et se trouva conduit à lui donner un principe nouveau : Rien ne se fait de rien; axiome

• célèbre, autour duquel tourna longtemps comme sur son pivot la philosophie des écoles grecques. Parti de ce principe fondamental , ce philosophe arriva à une conséquence qui étonne par sa profondeur, si l'on con* sidèjre les circonstances où elle fut mise au jour : < ^ L'infini est le principe de toutes choses , un infini tout ensemble immuable et immense* » En eflet, rien de ce qui est incomplet et borné ne lui paraissait pouvoir suffire à la génératioa universelle et perpétuelle des êtres. Mais Anaximandre ne > considère

\ ^s l'infini, tel que le donne une abstraction légitime , comme un idéal dégagé de toute divisibilité et de toute composition; c'est, selon lui , une substance réelle qui tient le milieu entre l'air et l'eau. C'est ainsi qu'après avoir essayé una théorie métaphysique, il retomba sur un principe matériel.

PHÉRÉCYDE^de Syros, professait, à peu de différences près , les doctrines d' Anaximandre : il regardait, diton, l'âme de Thomme comme impérissable.

Anaximène , voulant déterminer d'une manière plus précisé cette substance infinie , qu' Anaximandre, son

maitre et son ami , regardait comme le principe des choses , la matérialisa davantage. Cherchant dans l'espace le siège de ce principe , il crut trouver dans Vair, qui se plie à toutes les formes, la propriété la plus appropriée à l'élément général : il lui attribua la vie, le mouvement, et même la pensée.

Héraqlite , d'Éphèse (1). le dernier et le plus illustre représentant de cette école , regarda le feu comme rélément , le substraium , et Tagent universel de la nature. Le monde , suivant ce philosophe, n'est l'ouvrage ni des Dieux ni des hommes; c'est un feu toitjours vivant qui anime et détruit toutes choses : de là la théorie, que tout change , passe et se métamorphose sans cesse , et que le caractère commun de tous les phénomènes du monde est une contradiction perpétuelle^ une guerre, mais une guerre constituée; car la variété et la contradiction ont aussi leurs lois, qui sont les lois mêmes de ce monde , lois fatales et irrésistibles. '

Voilà donc la fatalité et le matérialisme déduits , comme nous aurons l'occasion de le voir plus d'une fois , de l'observation philosophique exclusivement appliquée aux phénomènes du mon^ie* Us se constituent d'une manière plus forte et plus systématique dans l'école atomistique de Leucippe et de Démocrite.

Le premier est peu connu; on ignore sa patrie, et l'on ne connaît qu'imparfaitement l'époque à laquelle il vécut. Les détails historiques sont plus nombreux sur Démocrite , auquel on a donné un caractère mo-*

(1) Sa naissattce Tappelail au trône; mais il céda ses droib à son frère pour «c livrer à la philosopliie.

queur (i) en opposition à celui d'Heraclite , son contemporain. 11 naquit â Abdère , en 469 ou 470 , selon l'opinion la plus générale. Animé de l'amour le plus ardent pour la science , il visita l'Egypte , la Perse , TEthiopie , les différentes viHes de la Grèce , et revint dans sa patrie , où il se livra avec passion à ses goto scientifiques. 11 vivait dans une retraite profonde, Élisant marcher de front l'étude de l'histoire naturelle , de l'anatomie , de la médecine , de la physique , de la géométrie et des lettres : on peut juger de son extrême activité par la liste nombreuse des ouvrages qu'il avait composés, et dont le catalogue est consigné dans l'ou* vrage de Diogène-Laêrce.

Dans l'état où se trouvait la science, c'était une idée très - philosophique que d'expliquer par des atomes errants dans le vide le principe primordial de l'univers, et les changements de forme que subissent tous les corps de la nature. Le premier principe devant présenter lui-même tout ce qui appartient aux objets qu'il compose, celui qu'admit Leucippe s'accordait mieux avec l'expérience que ceux qu'avaient admis ses pré^ decesseurs. Il n'accordait pas la simplicité aux atomes, dans un sens aussi absolu que l'ont fait les modernes : il admettait cette simplicité, telle qu'on parvient à la connaître par le témoignage des sens. Les atomes sont invariables , indivisibles, imperceptibles à cause de leur

(i) On a révoqué en doule rentreviie qu'il eut , suivant un grand nombre dliistonens , avec le célèbre médecin Hippocrate , de Gos , que les Abdéri«» taiBsavaient appelé auprès denémocrile pour le guérir d'une prétendue folie* Hippocrate le trouva , dit^-on» environné d'animadx qull disséquait, et dans lesqnelft il cberchaii à surprendre queiquesHUs des syslèees de l'eiigaBitoiion.

FliEMlÈRE iPOQUE. 8B

petitesse; ils remplissent l'espace et affectent des fermes d'une variété infinie ; la propriété du mouvement est inhérente à ceux qui sont ronds. Toutes les propriétés ^ toutes les modifications des corps, sont déterminées par la position et Tordre , la combinaison et la séparation des atomes. L'âme est un composé d'atomes ronds , d'une nature ignée.

Démocrite, dans ses nombreux ouvrages y dont aucun ne s'est conservé, développa ce système, qui devint plus tard la base de la métaphysique d'Epicure. Il concluait l'éternité des atomes de l'impossibilité où nous sommes d'assigner un commencement au temps. Il alléguait aussi un argument en faveur de Téternité de ces atomes : la divisibilité des corps ne peut pas aller au*» delà du terme où les parties cessent d'être sensibles; cela supposé , ou il reste soit une étendue , soit un point sans étendue, ou il ne reste rien. Dans le pr^ mier cas, l'étendue serait encore divisible; le second cas est impossible, car un corps ou quelque chose d'étendu ne saurait résulter d'un point sans étendue : si l'on admet enfin la troisième supposition et qu'il ne rester rien , tout le monde physique sera formé de rien; ce qui est absurde. Donc il faut nécessairement que les éléments de la nature soient des corps simples.

D'après le prindpe qu'il n^y aque de$ 9emMaMes qiA pmiwni agir les tms sttr les mitres , Démœrite ajoutait que toute influence active ou passive n'était autre chose qu'un mouvement produit par le contact. 11 distinguait le mouvement dérivé , dans l'inipii^îo/i et la réaction , d'où résulte le mouvement en taurbitkm : c'est en cela que consistait la loi de la nécessité.

36 PuiLOSOPHiE A^C1E^^E.

GoDséqueDt dans son système , il exposait ainsi la théorie de la connaissance humaine : les eorps sont toujours en mouvement , et par conséquent en perpétuelle émission de quelques-uns de leurs atomes. Ces émanations des corps extérieurs en sont des images; en contact avec les organes , ces images produisent la sensation , et cette sensation^produit la pensée.

Le hasard qui fit avec le» atomes des créatures vivantes ou non vivantes , créa ^ussi djds êtres aériens bons et mécliants, d'une taille démesurée, mais sujets à périr , comme toutes fes choses composées d*atpmes. Quelle pouvait être la morale d'une doctrine si nettement athée et matérialiste ? Elle ne pouvait avoir d'autre règle que la prudence, et d'autre but que le bien-être par l'égalité .d'humeur.

L'école atomistique est l'école d'Ionie élevée à sa plus haute expression. Prenant comme elle son point de départ dans le sensualisme, elle était arrivée aux conséquences qu'il a toujours été dans la destinée de ce système d'amener avec le temps.

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