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LA PHILOSOPHIE CATHOLIQUE

384. Avant le XIXe siècle. — Avant le XIXe siècle, les différents ordres religieux eurent des

1. Iv. Noël, William James, Revue Néo-scolastique, fév. 191 1, p. 57. — Lucien Roure, Eludes, 20 oct. 1910, pp. 198- 203; 5 déc. 1911., pp. 719-720 — Boutroux, William James. Ménard, Analyse et critique des Principes delà Psychologie de William James.

hommes remarquables qui, la plupart, enseignèrent la philosophie scolastique. L'ordre des Jésuites compte Cosmo Alemanni (1559-1634), Sylvester Maurus (1619- 1687) et Boscovich (1711-1787). Tous les trois furent professeurs au Collège Romain. Le plus célèbre est le Père Boscovich, bien connu pour sa théorie sur la dernière composition de la matière. Son système, en réalité, n'est qu'une modification des monades de Leibniz. A l'ordre des Dominicains appartiennent Antoine Goudin (1639- 1695), auteur d'un cours philosophique très estimé, et le cardinal Gerdil (1718-1802) qui défendit le cartésianisme et le malebranchisme. Parmi les Franciscains, il faut citer Claudius Frassen (1620— 1711), dont le principal ouvrage, Scotus Academicus, est réédité par les Pères du collège Saint-Antoine, à Rome.

Durant le XIXe siècle, la philosophie catholique fleurit surtout en France, en Espagne, en Allemagne, en Angleterre et en Italie.

385. En France. — Le Père Gratry (1805- 1872), ancien élève de l'Ecole polytechnique, prêtre de l'Oratoire, professeur de morale à la Sorbonne et membre de l'Académie française, a laissé les ouvrages suivants : De la connaissance de Dieu, De la connaissance de l'âme, La Logique, La Philosophie du Credo. Mgr d'Hulst (1841-1896), ancien recteur de l'Institut catholique de Paris, est l'auteur renommé des Mélanges philosophiques. Léon Ollé- Laprune (1839-1898), membre de l'Académie des sciences morales et politiques, bien connu par des

travaux comme La philosophie de Malebranche, La certitude morale, Essai sur la morale d'Aristote, Le prix de la vie, Les sources de la paix intellectuelle. Abbé de Broglie (1834-1895), professeur à l'Institut catholique de Paris, a composé: Le positivisme et la science expérimentale, La morale sans Dieu et Preuves psychologiques de l'existence de Dieu. Mgr Méric (1838- 1905), professeur de théologie morale à la Sorbonne, a écrit: Du droit et du devoir, L'autre vie, Le merveilleux et la science, L'imagination et les prodiges. Amédée de Margerie (1825-1905), professeur de l'Institut catholique de Lille, est auteur des ouvrages intitulés : Théodicée, Philosophie contemporaine. L'abbé Piat, professeur de l'Institut catholique de Paris, a composé L'Idée, La Liberté, Aristote et Platon. Henry Joly, membre de l'Institut, est l'auteur de L'homme et l'animal. Georges Fonsegrive a écrit : Essai sur le libre arbitre.

386. En Espagne. — Jaime Balmès (1810-1848), est un des plus grands philosophes espagnols. Du 28 août au 12 septembre 1910, à Vich, en Catalogne, par des fêtes splendides et un congrès philosophique auquel prirent part les principaux savants de l'Europe, on a célébré le centenaire de la naissance du célèbre penseur. Les ouvrages de Balmès sont : L'art d'arriver au vrai, Philosophie fondamentale, Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne. Sa philosophie, quelque peu éclectique, est à base thomiste, tout en donnant une large place aux théories de

Descartes, de Leibniz et de l'Ecole écossaise. Le but de Balmès a été tout apologétique, et voilà pourquoi son enseignement a un caractère théologique. Diriger l'humanité dans sa marche vers le Vrai et le Bien, redresser ses erreurs, et écarter de sa route tous les obstacles, telle a été l'œuvre balmésienne. "Malgré le trouble des temps — écrivait-il dans l'avantpropos de sa Filosofta fundamental — il s'opère dans mon pays un développement intellectuel dont on connaîtra plus tard la portée. Il faut empêcher des sophismes que le monde a propagés, de s'établir un jour comme principes. Seules, des études fortes et bien dirigées peuvent prévenir ce malheur. Reprimer ne serait pas assez aujourd'hui ; étouffons le mal sous l'abondance du bien 1." Donoso Cortès (1809-1853), surnommé le "de Maistre de l'Espagne ", n'est pas un philosophe de profession. Cependant, il a une place bien marquée dans l'histoire de la philosophie, à cause de ses écrits qui contribuèrent au réveil et au progrès des saines études philosophiques en Espagne. Il fut un orateur profond et éloquent. Dans son Essai sur le catholicsime, le libéralisme et le socialisme, il énonce des vues neuves et originales.

387. En Allemagne. — Franz Baader (1765- 1841). dont les écrits manifestent quelques tendances sympathiques aux transcendentalistes allemands. En ce qui concerne l'origine de l'âme, il opte

1. Cité par Jean Zaraguëta : La Philosophie de Jaime Balmès, Revue Nêo-scolastique, nov. 1910, pp. 543-572.

pour l'opinion d'Origène. Johann Frohschammer, dans ses tentatives faites pour réfuter les théories anti-chrétiennes, soutint des opinions incompatibles avec la doctrine catholique. Hermès (1775- 1831) professa un rationalisme condamné par l'Eglise. Ses ouvrages furent mis à l'index en 1835. Joseph Gorrës (1776-1848), dans un livre intitulé: Les mystiques chrétiens, défendit l'existence d'un corps subtil, distinct du corps matériel, visible, et formé d'un fluide impondérable, lequel, d'après ce philosophe, resterait uni à l'âme après la mort : hypothèse insoutenable.

388. En Angleterre. — Le cardinal Newman (1801-1892). Dans sa Grammaire de V assentiment, il étudie le problème de la certitude. Il s'y révèle fin psychologue. Quelques auteurs vont jusqu'à le classer parmi les initiateurs du mouvement moderniste 1. Tous les modernistes le réclament pour eux et se plaisent à représenter ses écrits comme opposés aux doctrines de l'Encyclique Pascendi. Ces prétentions sont-elles justifiées? Newman fut-il réellement un moderniste, ou au moins un précurseur du modernisme? Voici ce que répond à ce sujet un récent écrivain 1 : Après avoir déclaré que, " quand même Newman aurait énoncé quelques propositions ou hasardé quelques théories sur l'éclosion de la foi chrétienne dans l'âme humaine, qui ne fussent pas

1. Albert L,eclère, Pragmatisme, Modernisme, Protestantisme, p 93 et suiv.

1. Guibert, Revue pratique d' Apologétique, 15 nov. 1907: Newman et V Encyclique Pascendi, pp. 277-278.

d'une rigueur doctrinale satisfaisante, ce ne serait pas le premier grand docteur de l'Eglise sujet à cette défaillance il ajoute : " toutes les grandes lignes de la vie de Newman interdisent de le ranger parmi les modernistes.

" i° Le moderniste est agnostique: il ne sait rien de l'au delà et des phénomènes du moi ; il professe n'avoir aucune certitude sur le monde suprasensible. Or, toute la vie de Newman, si mystique, si uni à Dieu, si présent aux anges et aux saints, si constamment en communion avec le monde invisible, proteste contre l'agnosticisme.

" 2° Le moderniste est naturaliste dans sa façon de concevoir l'Ecriture et les dogmes : il n'y voit pas un don d'en haut, mais un produit de la conscience humaine. Pour Newman, au contraire, l'Ecriture est vraiment la parole de Dieu, et les dogmes ont été semés dans l'âme humaine par la main divine.

" 3° Le modernisme tient pour Y évolution des dogmes, mais dans un sens tout humain : les germes formés dans le domaine de la subconscience sont arrivés à la surface de la conscience, où ils ont grandi par l'apport d'éléments tout naturels. Newman enseigne aussi l'évolution des dogmes, mais à la manière de saint Vincent de Lérins dans le Commonitorium, à la manière de Wiseman lui-même dans un discours prononcé à Derby, en 1839: un germe 1 se développe, parce que " le royaume des

1. Le R. P. A. -M. Lépicier, professeur de dogme à l'Université de la Propagande, à Rome, dans un ouvrage remar-

cieux est semblable à un grain de sénevé mais le germe est venu d'en haut, et il se développe sous des influences divines.

" 4° Le modernisme conteste Y autorité doctrinale de l'Eglise, parce que cette autorité n'est pas un dépôt divin, mais une usurpation commise par le pouvoir qui s'est humainement fait jour dans la société des fidèles. Newman, au contraire, recherche cette autorité enseignante : il sort de l'anglicanisme, où elle ne réside pas, pour entrer dans le catholicisme où il la découvre. Et il cherche cette autorité parce qu'il voit dans les Ecritures que Jésus-Christ l'a divinement établie. "

La revue anglaise, le Tablât, aux <lates des 4 et 1 1 janvier 1908, publie deux articles signés par le P. Toohey, S. J., qui ont trait à cette question. L'auteur cite de nombreux passages des écrits de Newman. Voici quelques extraits : "La raison naturelle peut, du spectacle du monde, du témoignage des hommes, de l'existence de l'âme. . . inférer l'existence de Dieu." "Je lutte contre le libéralisme; par libéralisme, j'entends le principe antidogmatique et ses

quable intitulé : De stabilitaie et progressu dogmatis, écrit qu'il n'est pas du tout juste de comparer l'évolution du dogme au développement d'un germe, d'une semence qui, plus tard, sera un arbre ou un animal. Le développement du germe ou de la semence comporte une mutation substantielle, laquelle ne peut pas être admise quand on parle de l'évolution du dogme catholique. Cette manière de voir, ajoute le savant auteur, est celle de tous les partisans du modernisme. Et c'est pourquoi, sur ce terrain, il ne faut pas suivre l'illustre cardinal : quapropler deserendus est in hac re celeber Cardinalis. Cf. p. 107.

conséquences. . . Depuis l'âge de quinze ans, le dogme a été le principe fondamental de ma religion. Je ne connais point d'autre religion, je ne puis entrer dans l'idée d'une autre sorte de religion : la religion ramenée à un pur sentiment est à mes yeux un rêve ou une duperie \ " C'est plus qu'il n'en faut pour nous convaincre que le grand Newman ne professait pas la religion moderniste.

389. En Italie. — La philosophie catholique en Italie, au XIXe siècle, se confond, le plus souvent, avec la philosophie scolastique. La plupart des auteurs d'ouvrages de philosophie chrétienne, à cette époque, eurent à cœur de remettre en honneur l'enseignement traditionnel si injustement déprécié. Et voilà pourquoi nous en parlerons dans les pages qui vont suivre.

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