‹ Histoire de la PhilosophieChapitre 13 sur 126 · Cité par Laforet, op. cit., p · texte numérisé non relu

Cité par Laforet, op. cit., p

a pénétré jusque dans l'essence du raisonnement, dont il a reconnu les lois nécessaires et immuables. . . Pour expliquer la composition de l'Organon, *il n'est pas besoin de sortir de la Grèce : les sophistes et Platon (et l'Ecole d'Elée) ont fourni plus de matériaux à Aristote que le Nyaya parfaitement traduit, texte et commentaires, expliqué, développé pour son usage, par les plus savants des Brahmanes, n'aurait pu lui en donner. . . Le Nyaya, si Aristote l'eût connu, aurait bien pu exciter sa curiosité, mais certes il ne hii eût rien appris. "

L'âme humaine est le premier objet de la connaissance. Immortelle, soumise à la loi de la transmigration, cette âme ne sera vraiment heureuse que lorsque, débarrassée de tout corps, elle vivra dans une quiétude absolue, exempte de toute action et de tout mouvement. Gotama refuse-t-il aussi à l'âme dégagée du corps, toute intelligence et toute conscience ? On ne saurait l'affirmer catégoriquement, faute de preuves, bien que tout nous porte à le croire. Cependant, il enseigne que l'âme connaît, sent et veut ; mais il confond un peu toutes ces choses, et, pour lui, volonté et sensibilité sont synonymes.

En fait de morale, sa doctrine est celle de Laotseu. Le non-agir, voilà le signe et la condition de la perfection. L'activité est donc la source de la faute et celle-ci pousse à l'action. Quant à Dieu, Etre infiniment parfait, principe et fin dernière de toutes choses, Gotama n'en fait aucune mention. Les faussetés de la philosophie de Gotama sont trop

évidentes pour qu'il soit nécessaire de faire une critique spéciale de son système.

18. Philosophie Weiseshika. — Comme les autres, cette philosophie tire son caractère de son nom. Weiseshika veut dire système de la différence et des atomes. Kanada est réputé le fondateur de ce système. Quand a-t-il vécu ? On ne saurait le dire d'une façon certaine. Quoi qu'il en soit, la philosophie de Kanada a été enseignée peu de temps avant le boudhisme. La doctrine générale de Kanada se ramène aux catégories et à l'atomisme. Les catégories, qu'il appelle objets de preuves, sont au nombre de six : la substance, la qualité, l'action, le commun, le propre ou la différence, l'agrégation ou la relation intime. Il donne la définition de chacune.

L'atomisme de Kanada ne regarde que les substances matérielles. Celles-ci sont composées d'atomes essentiellement différents, simples et éternels. Il n'est donc pas matérialiste. Comment ces atomes, en se multipliant et en s'agrégeant, produisent-ils l'étendue ? Il ne le dit pas. Selon l'expression d'un historien de la philosophie, la doctrine de Kanada n'est " qu'un bégaiement philosophique 1 ".

19. Philosophie Védanta. — " Le Védantisme ou la philosophie Védanta, dit Laforet 2, est un essai d'exposition scientifique et de défense rationnelle des principales doctrines contenues dans le Védas. par conséquent dans le symbole religieux du brah-

i. Laforet, op. cit., p. 16 ^.

& Op. cit., p. 165.

manisme. " Eminemment métaphysique , elle traite de la nature de Dieu dans ses rapports avec le monde et spécialement avec l'homme. Elle fait la guerre aux systèmes athée de Kapila et atomiste de Kanada.

Le Védanta enseigne que l'existence de Dieu ne se démontre pas ; l'idée de Dieu gît au fond de toute intelligence, et, quoi qu'il fasse, l'homme pourra l'amoindrir mais jamais l'anéantir. Ce Dieu est éternel, omniscient, raisonnable, pur esprit ; il jouit de l'ubiquité et du bonheur parfait, Souverain maître de toutes choses, le monde entier lui obéit. Ce Dieu, pur esprit, le Védanta le confond avec la substance de l'univers. Il le regarde " comme une sorte de foyer dont les êtres particuliers ne sont que des étincelles ", il l'appelle " la lumière du monde, dans l'acception sensible du mot, l'élément éthéré et le souffle qui anime tous les êtres 1 ". L'univers se confondant avec Dieu, émane naturellement de lui et n'en est pas substantiellement distinct ; il en procède par voie d'émanation. C'est une métaphysique panthéiste.

L'âme humaine vient de Brahma, elle en est une portion " comme l'étincelle l'est du feu ". Active, elle ne peut cependant pas agir lorsqu'elle est privée des sens et de leurs organes. Elle jouit d'une immortalité impersonnelle. Le mysticisme du Védanta est extravagant et immoral. Avec l'absorption toute

i. Laforet, op. cit., pp. 169-170.

entière de l'âme en Dieu, il enseigne l'indifférence dans les actions ; aussi, le sage peut-il tout se permettre impunément. Comme toutes les philosophies de l'Inde, il va sans dire que celle du Védanta prêche la métempsycose ou migration des âmes. La science qu'elle appelle supérieure, voilà le moyen que doit employer l'âme pour se soustraire complètement à la loi tyrannique de la transmigration et arriver à la délivrance complète qui n'est ni plus ni moins que son absorption dans le Brahma.

Cette philosophie panthéiste du Védanta ne résiste pas à une critique tant soit peu sérieuse.

20. Le Boudhisme. — Le boudhisme est plutôt une religion qu'un système de philosophie. Il eut pour fondateur un solitaire de la famille des Çakyas, appelé Çakya-Mouni. La religion du Boudha est pour le moins étrange : on n'y trouve aucun vestige de la divinité, Dieu y est ignoré complètement. Ce qui, dans le boudhisme, intéresse quelque peu le philosophé, c'est le sort réservé à l'âme humaine après la mort. Le terme de tout être est ce qu'il appelle le nirvana, qui est l'extinction complète de la vie. De sorte que Çakya-Mouni place le suprême bonheur dans le néant.

On est parfois frappé de l'analogie qui existe entre les maximes boudhistes et les préceptes évangéliques. L'explication en est simple. Tout le monde sait que le boudhisme, encore très florissant en Chine, s'introduisit au Thibet vers le VIP siècle de notre ère. Plus tard, vers le XIIIe ou XIVe siècle, il

y prit une organisation extérieure qu'il emprunta à la hiérarchie et à la liturgie catholique \

21. Conclusion. — Ce qui caractérise la philosophie orientale, c'est qu'elle est une philosophie panthéiste et qu'elle enseigne la métempsycose. Les plus graves questions, Dieu et l'âme, l'ont* tour à tour intéressée. A ces questions elle n'a pas toujours répondu d'une manière satisfaisante et, malgré quelques lueurs de vérité, elle se traîne dans les ténèbres des erreurs les plus grossières.

Première Période

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