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ÉCOLE SOPHISTIQUE

41. Caractère de la Sophistique. — A n'envisager que le mérite intrinsèque des doctrines de Démocrite, de Zenon et de quelques autres, il faudrait classer ces philosophes parmi les sophistes. C'est ce qu'ont fait certains historiens. " Dans l'histoire de la philosophie grecque, le nom de sophiste a un sens déterminé et plus restreint ; il ne s'applique qu'à un certain nombre d'hommes qui, n'ayant nul souci de la vérité et ne poursuivant que les triomphes d'une dialectique fallacieuse, se jouaient effrontément de tous les principes 1. " Au commencement,- le nom de sophiste n'avait rien de déshonorant. Ceux qui savaient mille belles choses, suivant l'expression de Platon, et les communiquaient aux autres, étaient appelés sophistes. Mais, peu à peu, ce nom fut pris dans un sens défavorable. Pour Platon, " le sophiste est celui qui fait de la dialectique un instrument de fortune et souvent de mensonge " ; pour Aristote, c'est " celui qui gagne de l'argent au moyen d'une science apparente et non réelle ".

Les principales causes de la sophistique en Grèce furent d'abord l'éclosion des doctrines les plus contradictoires sur l'origine du monde, sur l'âme et Dieu, et ensuite, l'envahissement de la démocratie dont le flot menaçant charriait toute une pléiade d'orateurs très habiles à manier les passions du peuple par des babillages vides de raisonnements

i. Laforet, op. cit., p. 326.

utiles, remplis de vaines et trompeuses subtilités. Les plus célèbres d'entre les sophistes furent Protagoras et Gorgias.

42. Protagoras (480-411), disciple de Démocrite, naquit à Abdère, en Thrace. Après avoir vécu quelque temps dans sa patrie, il se rendit à Athènes où il trouva la gloire et la fortune. Il en fut banni parce qu'il révoqua en doute l'existence des dieux. Il se réfugia en Sicile.

Toute sa philosophie prend pour point de départ le système d'Héraclite et peut se ramener à cette maxime célèbre : " L'homme est la mesure de toutes choses. " Toute connaissance est relative à l'esprit qui la connaît. On ne sort pas de soi. Et donc, pour Protagoras, l'être et le non-être peuvent exister en même temps. C'est la négation du principe de contradiction. Une chose peut être vraie et fausse en même temps, car la vérité est subjective. Il en est de même pour la vertu. La morale n'a rien d'absolu, et une action peut être simultanément bonne et mauvaise.

43. Gorgias vit le jour à Léontium, en Sicile, vers l'an 487 av. J.-C. On dit qu'il mourut âgé de plus de cent ans. Il est éléate, c'est-à-dire idéaliste. Toute sa philosophie est contenue dans un ouvrage intitulé : Du non-être ou de la nature, et elle peut se ramener aux trois propositions suivantes : Rien n'existe. — Si quelque chose existe, elle ne peut être connue. — Si quelque chose existe et peut-être connue, elle ne petit être enseignée. Qu'est-ce à dire ? sinon que la vérité nous est interdite.

44. Utilité de la Sophistique. — On ne peut nier que les divagations, les subtilités à outrance d'un Protagoras, d'un Gorgias et de quelques autres n'aient rendu — indirectement du moins — de grands services à la philosophie.

En se moquant des philosophes antérieurs qui dissertaient à l'aveugle sur l'universalité des choses, les sophistes ont concentré la science philosophique sur un objet plus rapproché, plus accessible, sur l'homme. En, montrant à quels abus peuvent conduire et la dialectique et le sophisme, ils ont amené les penseurs à faire une étude plus approfondie, plus rigoureuse du mécanisme de la connaissance et des lois du raisonnement. Bref, ils ont préparé les voies à Socrate qui a donné son nom à la deuxième période de la philosophie ancienne.

Deuxième Période

LA PHILOSOPHIE SOCRATIOU1-:

45. Caractère général de la Philosophie de la deuxième période. — La philosophie de la première période fut toute naturelle, puisqu'elle s'occupa de la nature. Celle de la seconde période a été métaphysique, logique. C'est la philosophie de ridée. A tendance morale, au début, avec Socrate, elle ne perd pas de vue son véritable objet, Y homme, et elle part du connais-toi toi-même comme de son prin-

cipe pour s'élever ensuite, avec Platon et Aristote, aux plus hautes spéculations métaphysiques. Durant toute cette période encore, la philosophie demeure dogmatique. On ne met pas en doute la véracité de nos facultés ou la possibilité d'arriver à la certitude.

46. Divisions. — On peut ramener à deux groupes les philosophes de cette période : les grands socratiques et les petits socratiques. Les premiers sont les représentants fidèles de la philosophie de ce temps. Ce sont Socrate, Platon et Aristote. Quant aux seconds, nous le verrons plus loin, ils s'éloignent beaucoup de la pensée de Socrate.

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