ÉCOLE ATOMISTIQUE
39. Caractère de l'Ecole Atomistique. — Pour réagir contre l'idéalisme de l'école d'Elée, les philosophes d'Abdère sont tombés dans le matérialisme le plus grossier. Ce sont les principes de l'école ionienne, poussés à leur extrême conséquence, qui font toute la doctrine de l'école atomistique. Les matérialistes de notre temps s'inspirent des théories de Leucippe et de Démocrite qui furent les deux représentants de cette école. Tout ce que nous savons de Leucippe, c'est qu'il fut contemporain de Parménide et maître de Démocrite. C'est pourquoi nous n'en parlerons pas d'une façon spéciale.
40. Démocrite. — Il naquit à Abdère, colonie grecque de la Thrace, au commencement du Ve siècle av. J.-C. Il fut un voyageur renommé et la tradition nous le présente comme un homme d'un savoir prodigieux. Au dire de Diogène Laërce, Démocrite a composé soixante-douze ouvragrs qui embrassent la logique, la morale, la physique, les mathématiques, l'astronomie, la médecine, la poésie, la grammaire, la musique, la peinture, la stratégie. . .
Toute la philosophie de Démocrite se ramène à un pur mécanisme. Les corps sont composés d'atomes ne différant entre eux que par la forme et la figure. Ces atomes ne sont doués d'aucune force, d'aucune énergie interne : c'est donc un mécanisme qui exclut tout dynamisme. Les atomes sont insécables, étendus, en nombre infini, éternels et spécifique m eut identiques. Il n'y a pas d'autre marque
distinctive des corps, que les différentes positions occupées par les atomes qui les constituent.
Comme tout ce qui existe, il va sans dire que l'âme est aussi composée d'atomes, mais avec cette différence que ceux-ci sont plus légers, plus subtils et de forme sphérique. D'où, pas de distinction essentielle entre le corps et l'âme. La source unique de nos conaissances, c'est la sensation. Il s'échappe des corps, des émanations ou effluves que Démocrite appelle images. Ces images représentent les corps d'où elles émanent. Elles arrivent à l'âme en traversant les pores des organes des sens et s'impriment en elles. Alors l'âme prend contact avec ces images et acquiert la connaissance des objets dont elles sont la représentation. Ces images, cependant, n'expriment pas l'essence des choses extérieures, mais seulement les impressions qu'elles causent en nous. Dans le langage moderne, on appelle ce mécanisme de la connaissance la théorie des idéesimages.
Pour ce qui est de la morale, elle va de pair avec le reste. C'est la morale du bien-être, de la jouissance et de l'égoïsme. Il n'y a pas de bien et de mal en soi. Tout se mesure sur l'intérêt propre. Ce qui peut procurer notre bonheur est un bien. Ce qui contribue à notre malheur est un mal. Il y a la nécessité qui gouverne tout. . . Et le suprême bonheur de l'homme consiste à s'y soumettre avec une parfaite égalité d'âme.