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PLATON

55. Vie de Platon. — Platon vit le jour à Athènes ou à Engine, vers l'an 428. Par son père, Ariston, il descendait de Codrus, le dernier roi d'Athènes, et par sa mère, Périctioné, de Solon. De l'âge de vingt à trente ans, il suivit les leçons de Socrate. Après la mort de son maître il entreprit de nombreux voyages à Mégare, à Cyrène, en Egypte, en Sicile et chez Denys l'Ancien. Quelques historiens racontent que le tyran, choqué par la trop grande franchise de Platon, le rit vendre comme esclave. Heureusement, quelques amis le rachetèrent. De retour à Athènes, il enseigna la philosophie dans les jardins d'Académus, d'où le surnom, à lui donné, de fondateur de l'Académie. Il mourut à quatre-vingts ans, laissant un grand nombre d'écrits dont quelquesuns sont apocryphes.

56. Œuvres de Platon. — Ses ouvrages — au nombre de trente-cinq — sont de simples monographies où il expose ses idées sous forme de dialogues dont Socrate est le principal personnage. Parmi ceux dont l'authenticité est incontestable, les principaux sont : le Gorgias (sur la rhétorique), le Banquet (sur l'amour), le Phèdre (sur le beau), le Phédon (sur l'immortalité), les Lois, la République et le Timée.

57. Caractère général de la Philosophie de Platon. — Au lieu de voir dans les contradictions des philosophes précédents une raison de scepticisme, Platon, au contraire, y découvre des vérités partielles

qu'il tente de concilier. Avec les secours de la méthode socratique, en une vaste et puissante synthèse, il tâche de résoudre le problème de la science universelle qui avait préoccupé ses devanciers. Pour lui cette solution consiste à unir ensemble les doctrines de l'école ionienne et éléate, Y éternel devenir d'Héraclite et Yunité permanente de Parménide. Socrate avait démontré contre les sophistes que l'objet de ïa science n'est pas l'individu qui change, qui passe ; mais le concept, Vidée immuable, invariable obtenue par l'induction et formulée par la définition, et que le point de départ de la science était dans le connaistoi toi-même. Mais Socrate ne s'était pas préoccupé de chercher si une réalité correspondait à cette idée générale, et quelle en était la nature. C'est le problème que résout Platon par sa théorie des idées, centre de la philosophie platonicienne qui peut se diviser comme suit: 1° la théorie de la connaissance, 2° la théorie des idées, 30 la théodiece et cosmologie, 40 la psychologie et la morale, 50 la politique.

58. Théorie de la connaissance. — Suivant Platon, il y a deux sortes de connaissances : Yopinion et la science. Chacune de ces connaissances a deux degrés; Yopinion: la conjecture et la foi; la science: le raisonnement et la pure intelligence ou l'intuition directe de la raison, h' opinion a pour objet les choses sensibles, changeantes et variables; la science s'étend aux choses intelligibles, immuables, nécessaires, absolues. Cet immuable, cet éternel, considéré en sa nature, constitue l'objet de la philosophie

qui n'est que la recherche et l'amour de la science ou de la sagesse. Mais comment arrivons-nous à la connaissance des choses invisibles, immuables, éternelles ? En résumé, comment procéder pour arriver à la science ? Entre les apparences, les phénomènes, les choses sensibles et les choses invisibles, immuables, éternelles, il y a une série d'intermédiaires qui nous conduisent des. unes aux autres. C'est par une marche progressive et lente que nous y atteignons, c'est ce qu'il appelle la marche dialectique, ou mieux la dialectique tout court. Ce mouvement donc, par lequel l'esprit s'élève des choses matérielles et périssables aux réalités invisibles et éternelles, c'est la dialectique. Cette marche de l'esprit humain entre le visible et l'invisible est ascendante ou iiiductivc, puis descendante ou déductive. Allant des particuliers à leurs principes, l'esprit monte, il suit une marche ascendante, il fait de l'induction. Une fois les idées atteintes, il descend jusqu'à leurs conséquences, c'est la marche descendante, il déduit. Mais, disciple fidèle de Socrate, Platon ne voit dans sa dialectique que le moyen de rappeler à l'esprit le souvenir des choses qu'il a sues autrefois. La science n'est qu'une réminiscence.

Le inonde des réalités intelligibles et immuables est la vraie patrie de l'âme. Vivant autrefois dans le ciel, avec les dieux, elle contemplait les essences. A la suite d'une faute commise, en punition, elle a été placée dans un corps terrestre. La vie présente est une chute, une déchéance. Bien qu'obscurci, cependant, le souvenir du ciel n'est pas mort en

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nous. Et lorsqu'ici-bas nous voyons l'image de la réalité éternelle que nous avons contemplée jadis, alors les ténèbres sont dissipées, et soudain, se présente, dans notre esprit, l'idée correspondante qui, déjà, s'y trouvait à l'état latent.

Tout naturellement la théorie de la connaissance nous conduit à celle des idées qu'elle suppose.

59. Théorie des idées. — Pour Platon les idées ne sont pas de simples représentations intellectuelles, de pures abstractions de l'esprit, mais des types immuables, éternels, causes exemplaires de toutes choses. Elles ne sont pas seulement les principes de toute connaissance, mais aussi de toute existence et de toute perfection. Ces idées subsistent en elles-mêmes, indépendantes de toutes choses, ce sont des formes séparées. Ainsi il y a l'humanité en soi, la sainteté en soi, etc., auxquelles participent les hommes, les saints.

Il règne un ordre, une hiérarchie dans les idées. Il y a les idées supérieures et les idées inférieures. Celles-ci dépendent de celles-là et s'expliquent par elles, h'idée des idées, celle à laquelle toutes les autres aboutissent et se rapportent, la dernière idée connaissable, c'est l'idée du Bien en soi. Cette idée du Bien qui embrasse toutes les idées, qui concentre en elle toutes leurs perfections, c'est le terme de la dialectique, c'est le principe de l'Etre et de la pensée, c'est Dieu.

60. Théodicée et Cosmologie de Platon. — Cette idée du Bien, l'idée des idées, idée archétype, modèle suprême des idées inférieures, comme nous l'avons

vu, c'est Dieu. Platon admettait donc l'existence de Dieu, et sa démonstration est basée sur l'argument du premier moteur dont l'idée première vient d'Anexagore, et sur celui des causes finales dû à Socrate. Le Dieu de Platon est unique, personnel, éternel, immuable, l'être par soi. Etre intelligent, il connaît le monde; être prévoyant, il le gouverne avec sagesse et bonté. Platon croit à la Providence et en cela il paraît supérieur à Aristote.

Dieu est l'auteur du monde, c'est-à-dire l'ordonnateur, non le créateur au sens chrétien du mot, (Platon ne connaît pas la création substantielle). Le monde est composé d'un corps et d'une âme. Ces deux éléments, Dieu ne les cause pas, car ils lui préexistent. Le rôle de Dieu se borne donc à composer les choses avec les éléments qui existent éternellement hors de lui. L'âme du monde, selon Platon, résulte de trois espèces d'essences : Y essence du chaos, l'essence divine, et une essence intermédiaire qui est faite des deux premières. Dans l'âme du monde, il y a donc une émanation de la divinité. Le chaos est l'état où se trouve à l'origine îa matière éternelle. Le monde est un immense animal qui contient tous les animaux mortels ou immortels. Il est unique, puisqu'il est l'image d'un modèle unique.

61. Psychologie et Morale de Platon. — Dans l'âme humaine, Platon distingue trois parties : l'une ost immortelle et divine, les deux autres sont mortelles. La première partie — sorte d'émanation divine — a son siège dans la tête et- donne à l'homme l'intelligence ou la raison ; la seconde réside dans

la poitrine, elle est le principe de Yénergie et du courage; la troisième gît dans les entrailles, elle est le principe des appétits matériels. Ces trois principes sont-ils trois âmes absolument distinctes ou trois facultés d'une seule et même âme ? La pensée du philosophe est quelque peu flottante sur ce point. La plupart des commentateurs de Platon croient qu'il n'a admis qu'une seule âme composée de principes réellement divers et même opposés. L'âme est immortelle, elle est unie an corps comité le cavalier à son cheval. L'union de l'âme et du corps dans ' ce système, consiste donc en un simple rapport passager et accidentel.

Quant à sa morale, elle est fondée sur trois principes objectifs qui sont les idées du Juste, du Saint et du Beau, idées nécessaires, immuables, éternelles, indépendantes de l'homme et au-dessus de lui. Suivant Platon, la science est le principe de toute vertu et l'ignorance, principe de tout vice. Bon disciple de Socrate, il croit que nul ne fait le mal sciemment et volontairement, parce que nul ne peut vouloir ce qu'il sait lui être nuisible. Or, le mal moral nuit nécessairement et toujours à l'homme qui le commet. En général, la vertu consiste à imiter Dieu autant que possible ; elle rend l'homme heureux, tandis que le vice le fait malheureux. Conséquemment, la morale est la science du bonheur ou Y art d'être heureux. Les vertus ont leur principe dans la sagesse et leur unité dans la justice. Dans sa morale, Platon ne parle nullement de la volonté et du libre arbitre. Il semble les méconnaître complètement.

62. Politique de Platon. — La politique de Platon est l'application des principes de sa morale à la société et à l'Etat. L'Etat se divise en trois ordres, correspondant aux trois parties de l'âme : les magistrats, les guerriers ou défenseurs, les mercenaires ou travailleurs. Les magistrats représentent la partie supérieure, ils symbolisent X intelligence et la raison ; les guerriers correspondent à la partie mitoyenne, ils symbolisent Y énergie et le courage ; les travailleurs enfin, représentent la partie inférieure ; ils symbolisent les appétits matériels. Les magistrats doivent gouverner, les guerriers doivent défendre la patrie, les travailleurs ou mercenaires (artisans, laboureurs) sont chargés de pourvoir aux besoins physiques des autres classes.

Le but de l'Etat est de rendre les citoyens vertueux. Mais la vertu se confond avec la science. L'Etat doit donc instruire ; par conséquent, de droit, la gouverne de la chose publique revient aux savants, c'est-à-dire aux philosophes. Et le gouvernement des philosophes qu'il appelle l'aristocratie est le plus juste des gouvernements.

L'Etat n'existe pas pour l'individu mais celui-ci pour l'Etat. Cette théorie est une conséquence logique de la négation ou de la méconnaissance du libre arbitre dans l'homme. Et dès lors plus de famille, plus de propriété privée. L'Etat devra régler les unions entre les différents membres de la société, c'est à lui qu'incombe l'éducation des enfants. Le communisme seul réalisera cet idéal de justice sociale que sans cesse poursuivent les mem-

bres de la cité. La communauté en tout et partout, telle fut sa thèse. Il est, d'après lui, anti-social et anti-patriotique, qu'un citoyen possède quoi que ce soit. C'est une espèce de socialisme d'Etat paré de toutes les extravagances et de toutes les absurdités.

63. Conclusion. — Platon propose à l'homme un idéal. Il lui montre Dieu comme l'objet principal et de son intelligence et de sa volonté. Aux gouvernants il trace tout un programme, et sa politique est une politique de principes, plutôt que de partis. Voilà pourquoi il demande que les philosophes gouvernent.

Mais sa philosophie n'est pas toujours exempte de blâme. Il ignore la liberté humaine, il prêche l'absorption du citoyen par l'Etat. L'esclavage lui semble juste ; les faibles, les déshérités de toutes sortes ne sont dignes d'aucune commisération. Bref, en politique surtout, il prône des théories qui mènent aux pires conséquences, bien qu'il les ait modifiées quelque peu dans les Lois. Il s'abaisse parfois jusqu'aux dernières brutalités du matérialisme.

Tout de même, Platon n'en reste pas moins un grand philosophe. Idéaliste à l'excès, il a spiritualisé la philosophie et contribué comme son maître, et mieux que lui, à la dégager des sentiers du sensualisme, de l'empirisme, où, trop longtemps, les philosophes de l'âge précédent l'avaient fait marcher.

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