Malebratiche, A la recherche de la vérité
cation morale des plus soignées. Mais, cédant à la fougue de ses passions, et attiré par l'esprit nouveau, pendant quelques années, il vécut d'une façon moins qu'édifiante, et embrassa les erreurs du manichéisme. Carthage, Rome et Milan applaudirent à ses succès, car il fut succesivement professeur de rhétorique dans ces trois villes. Après le manichéisme, le platonisme et le scepticisme eurent tour à tour ses préférences. Les supplications de sa mère, sainte Monique, les bons exemples et les exhortations de saint Ambroise, évêque de Milan, le ramenèrent à la foi catholique dont il se fit l'intrépide défenseur, quarante-trois ans durant (387-430). Il mourut évêque d'Hippone.
Ses principaux ouvrages de philosophie sont : Confessionum, libri VIII ; Contra Academicos, libri III ; De beata vit a; Soliloquiorum, libri II; Liber de immortalitate animœ ; De Trinitate ; De civitate Dei ; Retractationum, libri duo.
127. Caractères de la Philosophie augustinienne. — On peut dire que la philosophie augustinienne est i° gréco-latine, en ce sens qu'elle tâche sans cesse d'unir au goût spéculatif des Grecs le goût pratique des Latins. 2° Tributaire du platonisme : saint Augustin connaissait très bien la philosophie ancienne, et surtout la platonicienne, dont il se servait pour faire l'exposé du dogme catholique. On l'a surnommé le Platon chrétien. Pour lui, Platon est au-dessus d'Aristote. Voici ce qu'il dit au sujet du Stagirite dans la Cité de Dieu L. VIII, ch. XII : vir excellerais ingenii et eloquii : Platoni quidem impar.
3° Mystico-intellectualiste : il faut chercher le vrai, non seulement pour le connaître, mais aussi pour l'aimer : tel est le résumé de toute la philosophie augustinienne. Saint Augustin n'est ni un pur métaphysicien ni un mystique pur, et selon Msr Bougaud " jamais homme n'a uni dans une même âme une si inflexible rigueur de logique avec une telle tendresse de cœur 1 ". Et cette vérité que le philosophe doit chercher de toute son âme, chez saint Augustin, ce n'est pas une vérité abstraite, mais une vérité vivante, Dieu lui-même, qui est le centre de la philosophie.
128. Théodicée et métaphysique augustiniennes. — Saint Augustin démontre l'existence de Dieu a posteriori. Ses arguments sont l'ordre et la contingence du monde, le témoignage de la conscience, le consentement universel, les vérités nécessaires et éternelles. Il n'admet pas le dualisme des manichéens, il enseigne l'existence d'un seul Dieu infiniment bon et infiniment parfait ; contre les néo-platoniciens il défend la thèse de la création substantielle qui ne doit être attribuée qu'à Dieu. Parmi les attributs de Dieu, il insiste surtout sur sa simplicité et sa science. Dieu est simple, c'est-à-dire, en lui il y a absence complète de composition, même métaphysique; Dieu est savant, sa science est suréminente et infinie. Dans une intuition compréhensive, il embrasse toute vérité, tout être réel et possible, et tous les temps. Avant d'appeler les choses à l'exis-
i. Vie de sainte Monique, p. 497, Paris, 1896.
tence, il en a conçu le plan. Chaque être dans le monde est la réalisation d'une idée divine. C'est ce qu'on a appelé la théorie de Yexemplarisme divin. Tous les attributs en Dieu s'identifient avec son essence.
129. Cosmologie augustinienne. — Il y a dans les créatures matière et forme. Pour saint Augustin, ici et là, dans ses ouvrages, la matière semble être une masse cahotique créée par Dieu. Il enseigne aussi que la matière possède des germes latents, que Dieu lui a donnés. Ces germes latents, forces actives, se développent à la faveur des circonstances opportunes et produisent les êtres de ce monde. C'est ce qu'on a appelé la théorie des raisons séminales.
130. Psychologie augustinienne. — Saint Augustin prouve la spiritualité de l'âme par la connaissance qu'elle a d'elle-même, et par la nature des opérations de l'intelligence ; la spiritualité le conduit à l'immortalité. Quant à l'origine de l'âme, il est hésitant. C'est la transmission du péché originel qui l'embarrasse. Tantôt il penche du côté du traducianisme spirituel, tantôt il accepte le crêatianisme. L'unicité de l'âme et sa simplicité ne font pas de doute ; pour ce qui est de son union avec le corps, il semble, durant quelque temps, avoir opté pour l'union accidentelle de Platon. Mais, plus tard, il écrit bel et bien que " l'homme est une substance raisonnable, composée de corps et d'âme : homo est substantia rationalis constans ex anima et corpore " . De Trinitate, L. XV, ch. VII, No. n.
Contre les académiciens, dont les doctrines l'attirèrent dans sa jeunesse, il défend l'existence de la certitude. Ses arguments sont la conscience du moi et le doute : omnis qui se dubitantem intelligit, vent m intelligit, et de hac re quant intelligit certus est. Il admet aussi la certitude des premiers principes. Selon l'évêque d'Hippone, Dieu concourt à la formation de nos connaissances intellectuelles, parce qu'il est le maître intérieur qui instruit l'âme, la lumière dans laquelle nous voyons la vérité. Dans cette doctrine, quelques-uns - ont cru trouver les germes de l'ontologisme. Cette interprétation doit être rejetée, parce que saint Augustin refuse formellement toute vision immédiate de Dieu en cette vie. Il est plus exact de dire que, suivant saint Augustin, l'intelligence, pour atteindre la vérité, a besoin de la lumière divine, comme la volonté a besoin du concours divin pour pratiquer la vertu. Cette théorie de Y illumination de l'intelligence est basée sur ce principe que notre raison, d'elle-même, dans l'ordre surnaturel, est incapable d'arriver au vrai. Par conséquent, contrairement à ce que prétendent les ontologistes, Dieu n'est pas l'objet direct et immédiat de notre vision intellectuelle, mais bien la cause efficiente de nos idées. Le grand philosophe africain en était arrivé à ces conclusions après avoir admis, partiellement, il est vrai, la théorie de la réminiscence de Platon.
Il fait large la part de la volonté dans l'acquisition de la connaissance. En effet, même dans l'ordre purement rationnel, l'intelligence se heurte à des
m\ stères sans nombre, et donc, il faut que la volonté intervienne pour la faire sortir de son état d'hésitation. " La vision du vrai, écrit-il, est l'apanage de celui qui vit bien, qui prie bien et qui étudie bien. " Tout en reconnaissant le rôle de la volonté, il ne l'exagère pas. Il n'est pas un partisan du volontarisme moderne, base de la philosophie de l'action, d'après laquelle la vérité emprunterait sa certitude, non à l'évidence d'un jugement, mais à l'assurance d'un acte de volonté. Par ailleurs, l'intellectualisme excessif ne lui sourit pas. Il se tient clans un juste milieu.
131. Morale augustinienne. — Dieu étant notre souverain bien et notre fin ultime, toute la morale consiste à diriger notre activité libre vers lui. La distinction entre le bien et le mal ne vient pas de la volonté divine, mais de Y ordre essentiel des choses. Ainsi, le vol est mal non pas parce que Dieu le défend, mais Dieu le défend parce qu'il est en opposition avec cet ordre. Le fondement de l'obligation morale est le souverain domaine de Dieu sur toutes choses. Le bien n'oblige pas parce qu'il est bien, mais parce que Dieu nous commande de le faire, lui, notre maître.
132. Quelques autres. — Parmi les Pères latins, on peut citer encore saint Cyprien, évêque de Cartilage (200-258) ; Arnobe qui, au commencement du IVe siècle, écrivit une Apologie du christianisme ; Lactance, disciple d'Arnobe, qui combattit le polythéisme et la philosophie païenne ; saint Hilaire, évêque de Poitiers, et saint Ambroise, évêque de
Milan, qui s'illustrèrent par leurs luttes contre l'arianisme; saint Jérôme, le grand exégète, célèbre aussi par ses attaques contre l'arianisme.
Deuxième Période